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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 14 juillet 2020

- Par Jacinthe Laforest

 

Élodie Lerho est éducatrice en petite enfance au Jardin des étoiles à Summerside depuis deux ans.  Arrivée de Belgique avec un permis de travail fermé, elle a tout fait pour répondre à l’appel du Canada et il y a environ un mois, ses démarches pour obtenir sa résidence permanente ont été couronnées de succès.

 

«J’ai toujours eu le voyage en moi.  Plus jeune, je pensais que je m’en irais en Australie.  Puis, dans un centre où je travaillais en Belgique, un des papas était québécois.  Il est venu parler des Grands Lacs, des montagnes, de la nature, mais c’est surtout sa façon de parler qui m’a interpellée.  Il parlait français, mais ce n’était ni le français de Belgique ni celui de France, et j’ai été intriguée par cet accent et par l’idée qu’on parlait français au Canada».

 

Tiraillée entre l’Australie et ce nouvel intérêt pour le Canada, elle s’est tournée vers Internet.  «Quand j’ai su qu’il y avait des serpents et des insectes venimeux en Australie, j’ai opté pour le Canada.  J’ai postulé pour un permis vacances travail et j’ai passé un an au Québec, pour travailler et visiter.  Puis, je suis rentrée un an en Belgique avant de revenir au Canada.  Et me voici».

 

Élodie est Belge de parole, de culture, de famille, mais elle est aussi née à Madagascar, en Afrique.  «Mes parents en Belgique sont Blancs alors j’ai toujours su, je pense, que j’étais adoptée.  Ma mère me dit que je me regardais souvent dans la glace étant jeune.  Je devais être consciente, quelque part, de la différence».

 

Grâce à son dossier d’adoption, elle connaît le nom de sa mère biologique, et elle sait qu’elle a des frères et des sœurs biologiques, mais cela ne l’interpelle pas, du moins pas pour le moment. 

 

«Je sais que c’est ma mère qui m’a déposée à l’orphelinat.  Je sais qu’elle est revenue me voir régulièrement, jusqu’à ce que mon adoption soit arrangée.  Après, à ce qu’on m’a dit, elle s’est retirée de ma vie.  J’ai quitté Madagascar à l’âge de 18 mois et je ne marchais pas encore parce que je manquais de stimulation.  Mon adoption a été officielle lorsque j’avais trois ans».

 

Comme les «Kinder surprises»

 

Ayant grandi en Belgique, avec très peu de contact avec la culture de son continent d’origine, Élodie oublie parfois qu’elle est Noire.  «Mon grand frère me dit que je suis comme les “Kinder”.  La mince couche de chocolat qui me recouvre n’est pas représentative de ma culture et de ma vie.  Par contre, avec les années, je me rapproche de la culture africaine, peu importe le pays.  Je suis curieuse, je pense.  Dans mon enfance, mes parents se sont rapprochés de familles africaines, car ils ne savaient pas quoi faire avec mes cheveux crépus.  Ce n’est pas tout le monde qui sait faire les tresses.  Et en grandissant, les personnes noires que je voyais avaient les cheveux lisses, et je voulais avoir les cheveux lisses moi aussi.  Cela fait seulement quelques années que j’ai finalement fait la paix avec mes cheveux et que je les laisse pousser naturellement».

 

Envie de rester au Canada

 

Ayant obtenu sa résidence permanente, Élodie pourrait explorer plus avant les possibilités qui s’ouvrent devant elle.  Mais pour le moment, elle se plaît dans la communauté acadienne et francophone de l’Île. 

 

«Lorsque j’ai annoncé à mes parents que j’avais reçu mes papiers, ils ont aussi compris que je ne reviendrais pas vivre en Belgique.  Ça me fait de la peine.  Mes parents m’ont pratiquement sauvée en m’adoptant.  Et si ma mère biologique m’avait gardée, peut-être que je n’aurais pas survécu, et ma vie serait très différente.  Je pense que c’est un peu pour ça que je me sens libre de me poser n’importe où», dit Élodie. 

 

Élodie Lerho vit à Wellington.  Ses dossiers d’adoption la suivent où elle va.  Elle apprécie en particulier le livre que ses parents ont écrit pour elle et où sont compilées les étapes de sa jeune vie : à quel âge elle a parlé en français, marché, ses mets et jouets préférés, etc.  (Photos : J.L.)

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