FacebookTwitterRSS

 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 14 juillet 2020

- Par Jacinthe Laforest

 

Pêcheur de métier, et le dernier gardien du phare de Cap-Egmont, Édouard Arsenault avait 70 ans à son décès en 1984.  Il avait complété sa troisième maison faite en bouteilles de verre et mortier.  Son petit-fils Étienne ne l’a pas vraiment connu.  Il n’avait que 2 ans quand son pépé est mort.

 

«Je n’ai pas connu mon grand-père, mais je connais bien les maisons de bouteilles qu’il a construites.  Lorsque j’étais jeune, ça faisait partie de mes tâches de nettoyer les bouteilles.  On mettait un chiffon au bout d’un bâton et on le passait à l’intérieur de toutes les bouteilles».

 

Venu du Nouveau-Brunswick où il vit avec sa jeune famille pour la première activité de célébration du 40e anniversaire du début de la construction des maisons, Étienne Gallant était assis dans l’herbe le matin du 11 juillet et ne pouvaits’empêcher de réfléchir à ce qui avait motivé son grand-père.  «Je me demande combien de maisons il aurait construites s’il n’était pas mort si rapidement», se demande-t-il sans pour autant espérer de réponses. 

 

Il faut dire que la beauté et la sérénité des jardins qui servent d’écrin aux trois maisons originales sont propices à l’introspection, peu importe d’où on vient.  «C’est un lieu de mémoire qui raconte une histoire de courage et de persévérance.  C’est un lieu paisible et d’une grande beauté», dit Fatiha Enniri, qui a vécu dans la région Évangéline quelques années, avant d’élire domicile plus près de la capitale. 

 

Le créateur des maisons n’est plus de ce monde, mais le samedi 11 juillet, il était très présent.  Plusieurs personnes ont dit être convaincues que d’où il est, il doit sûrement suivre les changements et le développement du site avec fierté. 

 

«J’ai connu Édouard, dit Georges Arsenault.  J’ai même travaillé avec lui quand j’étais employé du Festival acadien.   Il avait toujours beaucoup d’idées, des idées grandioses, je dirais.  On finissait toujours par faire ce qu’il voulait, mais en plus petit», a raconté Georges Arsenault. 

 

Réjeanne Arsenault elle aussi pensait à son père.  «Je pense que lui et ma mère continuent de veiller sur nous.  Lorsque j’ai commencé à chercher un acheteur, un soir, je leur ai demandé de m’aiderà trouver quelqu’un qui pourrait poursuivre le développement sans dénaturer le site.  Le lendemain, sans avertissement, parce que je ne lui en avais jamais parlé, Angie Cormier m’a appelée.  Ça m’a pris quelques jours pour comprendre pourquoi son appel m’avait troublée à ce point», a-t-elle raconté, entre deux conversations. 

 

Angie Cormier, qui habite non loin de l’établissement, a pris la relève en 2017, alors que Diane Gallant, qui était déjà la gérante de l’attraction depuis quelques années, a poursuivi dans le même rôle.  Les jardins sont en constante évolution, ayant profité au fils des années des bons soins de fées jardinières. 

 

Georges Arsenault et Léona Arsenault partagent des souvenirs et les nouvelles du jour, à l’occasion de la première activité du 40e anniversaire de l’été.  (Photo : J.L.)

 

Des bouteilles, encore

 

On estime que la construction des Maisons de bouteilles a nécessité autour de 25 000 bouteilles.  «Jeune homme, je vivais à Summerside et quand on avait des partys, on gardait les bouteilles.  Je lui en ai donné quelques-unes», dit Georges Arsenault.  Caroline Arsenault pour sa part, se souvient de l’époque où Édouard ramassait les bouteilles.  Il a fait du recyclage bien avant que ce soit à la mode.  En ce temps-là, on jetait les bouteilles dans le canal», a-t-elle dit, avec un peu de regret. 

 

Les gens continuent d’apporter des bouteilles pour qu’elles trouvent une place sur le site.  «Parfois, j’ai l’impression qu’on devra faire un petit musée de la bouteille en verre», dit Angie Cormier. 

 

Chaque printemps, tout comme le fils de Réjeanne le faisait dans le passé, les bouteilles sont nettoyées.  «On y trouve parfois des messages, que des gens se laissent à eux-mêmes, ou à d’autres personnes, des vœux de santé.  Nous les conservons», dit Angie Cormier, qui est heureuse d’avoir pu contribuer à la continuité de l’établissement qui continue de susciter la fierté dans toute la communauté.  Pendant la fête, les gens étaient éparpillés sur le terrain, certains portaient des masques, les autres essayant de respecter les consignes sanitaires.  Dans un coin, Faustin et Evelyn Gallant profitaient du soleil en dégustant une bonne poutine fabriquée sur place par Mathieu Gallant avec son fromage extra frais. 

 

Sur le terrain, les kiosques des photographes et artistes multidisciplinaires Léona Arsenault, Lucie Bellemare et Angèle Arsenault attiraient les curieux et partageaient leur appréciation du site. 

 

«J’admire le courage qu’il a fallu pour commencer ce projet, ne sachant pas ce que ça allait devenir», a insisté Léona Arsenault.

 

Le fils de Réjeanne et le petit-fils d’Édouard, Étienne, est celui qui a construit la grosse bouteille à l’entrée du site, sur le bord de la route.  Sur ses genoux est son fils, Miguel.  (Photo : J.L.)

 

Lucie Bellemare, artiste en résidence aux Maisons de bouteille depuis quelques années.   (Photo : M.E) 

 

Les Frisbee et ballons de soccer étaient au rendez-vous. (Photo : J.L.)

 

Angèle Arsenault, à droite, avait son kiosque d’art avec de la cire qui a été très populaire.  (Photo : M.E) 

 

Angie Cormier, la propriétaire depuis 2017, poursuit la tradition d’accueil et d’inclusion du site.  (Photo : J.L.)

L'Île-du-Prince-Édouard en images