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Femmes des premières lignes

Le 9 juin 2020

- Par Marine Ernoult

Freda Perry est caissière à la Coop à Wellington depuis 2017.  Elle est l’une de celles qui ont affronté la crise de la COVID-19 comme caissière.  (Photos : Marcia Enman)

 

NDLR : Actions Femmes Î.-P.-É., vous présente les chroniques «Femmes des premières lignes», des portraits de femmes qui occupent des emplois essentiels pendant la pandémie.  Des chroniques pour mettre des visages sur ces métiers de l’ombre, bien souvent peu reconnus, parfois même très précaires et principalement occupés par des femmes.  En donnant la parole à ces travailleuses, nous souhaitons valoriser ces métiers afin d’apporter un peu plus de reconnaissance à ces femmes essentielles, que ce soit pendant la pandémie ou en temps normal.

 

Freda Perry est caissière à l’épicerie de la Coop à Wellington depuis 2017.  Elle a été en première ligne de la crise de la COVID-19.  Face à l’afflux de clients parfois imprudents, l’Acadienne a su garder son sang-froid. 

 

Freda Perry a subi l’assaut de la clientèle au début du confinement, décrété la semaine du 15 mars.  «Ça arrivait de partout, ça n’arrêtait pas, le samedi, il y avait la ligne dehors», raconte la caissière qui travaille à la Coop à Wellington.  À 72 ans, l’Acadienne officie à la caisse de l’épicerie depuis trois ans.  À la mort de son mari Richard, la retraitée s’est décidée à reprendre une activité.  «Ça me fait sortir et ça m’aide à payer les factures», confie-t-elle. 

 

Au cœur de la bataille de la COVID-19, Freda Perry était au front trois jours par semaine avec le bataillon de la vingtaine d’employés du magasin.  Alors que les commerces non indispensables étaient fermés, elle est restée fidèle au poste de 9 h à 18 h et parfois le soir jusqu’à 21 h.  «On était vraiment très occupés», souligne la caissière. 

 

Atmosphère irréelle 

 

Pour une grande ruée, c’en était une.  Les clients ont vidé des rayons entiers de papier toilette et de farine.  Les samedis, la Coop a dû recruter un agent de sécurité pour réguler les entrées.  Seulement vingt personnes étaient autorisées dans l’enceinte du magasin.  Les clients «s’entassaient» aux caisses, selon Freda Perry, et ne respectaient pas toujours les distances de sécurité.  Les responsables de l’épicerie devaient gérer les plus récalcitrants, les faire avancer, leur indiquer où patienter, quand poser leurs produits sur le comptoir.  «Personne ne faisait attention, au commencement, c’était difficile pour tous», reconnaît l’Acadienne.  L’atmosphère était presque irréelle avec certaines personnes qui faisaient leurs courses, armées de gants et de masques. 

 

Mais Freda Perry s’est toujours sentie protégée.  «Je n’ai pas eu peur, c’était mon choix d’y aller, je préférais être avec les employés de l’épicerie, témoigne-t-elle.  J’étais juste un peu nerveuse».  Dès le mois de mars, la caissière a pu s’abriter derrière une vitre en Plexiglas.  Elle a toujours eu du désinfectant à portée de main pour nettoyer son comptoir et la machine à carte après le passage de chaque client.  «On le fait aussi souvent qu’on peut», précise-t-elle.  «Si les clients apportent leurs propres sacs, je ne les touche pas».  Freda ne porte ni gants ni masque, «Ça ne sert à rien, il faudrait les changer trop souvent», explique-t-elle.

 

«Ils ont tout fait pour que l’on ne contracte pas le virus» 

 

Sur le sol de la Coop, des dessins marquent l’espacement obligatoire de deux mètres entre chaque personne.  Une bouteille de gel hydroalcoolique, changée toutes les trente minutes, attend les clients à l’entrée, des conseils d’hygiène sont également délivrés régulièrement.  Et le magasin est complètement désinfecté deux fois par jour.  Freda Perry apprécie l’ensemble de ces précautions prises par la direction : «C’est un bon travail, mis en place très tôt, ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour que l’on ne contracte pas le virus». 

 

Aujourd’hui, l’heure du reflux a sonné.  «Ça s’est calmé, on a toujours du monde, mais pas autant qu’au début», affirme Freda Perry.  «Et les clients ont fini par prendre de bonnes habitudes».  Après deux mois de travail intense, la caissière se réjouit d’une augmentation de salaire accordée par la direction pour la période de la pandémie.  Celle qui veut continuer à travailler «tant que sa santé lui permet», croit profondément en l’importance de son métier qui contribue à l’effort pour que les habitants de la région Évangéline puissent toujours acheter à manger localement.

 

 

Derrière sa vitre de protection en Plexiglas, Freda Perry désinfecte son comptoir de caisse après le passage de chaque client.

 

Freda Perry en compagnie de l’une de ses petites filles Jodi McNeill et de son défunt mari Richard Perry prise la soirée du bal de graduation de celle-ci. (Photo : Gracieuseté)

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