Le 24 avril 2020
- Par Jacinthe Laforest
Chérine Soliman Stevula s’est installée à l’Île-du-Prince-Édouard avec son mari et ses deux enfants, il y a presque trois ans. Une des raisons de ce changement de vie? La famille ne pouvait pas avoir de poules dans le condo où elle vivait en Ontario.
Actuellement sans emploi, Chérine Soliman Stevula admet profiter de son temps pour s’adonner à une de ses passions : la cuisine. Son compte Instagram donne l’eau à la bouche, avec de superbes photos de mets préparés avec un savoir-faire évident.
«J’aime la cuisine internationale. Mon père est Égyptien et aimait la cuisine et lorsque j’étais très jeune, il nous emmenait dans des restaurants de cuisine internationale, dont la cuisine vietnamienne qui m’a le plus influencée. Et j’ai développé mon goût pour cette cuisine savoureuse, sans jamais espérer un jour pouvoir reproduire ce bon goût à la maison. J’ai commencé par un mets, puis j’en ai conquis un autre et un autre, et au bout d’un certain temps, j’ai gagné confiance en moi. Je découvre encore cependant, et c’est vrai que ces temps-ci, j’en profite».
La mère de famille ne cuisine cependant pas toute la journée. Elle gère une PME de quatre personnes avec ce que cela implique dans les conditions actuelles, incluant l’école à la maison. «Nous sommes dans une zone assez rurale, à Bethel, entre Stratford et Montague. Ces temps-ci, parce que tout le monde est à la maison, l’internet est lent. Ça n’aide pas pour les travaux scolaires, et en plus, nous avons seulement un ordinateur à la maison que nous nous partageons, mes deux fils et moi. On se chicane un peu là-dessus. J’espère que l’école va pouvoir nous fournir des outils, mais je sais que nous ne sommes pas seuls dans le même bateau et que la CSLF développe actuellement une stratégie pour adresser les différents besoins», dit Chérine.
On tente de maintenir une routine stable pour les travaux scolaires, mais la réalité est que c’est difficile. Et comme le temps passe, Chérine trouve que ses fils ont de la difficulté à rester motivés et à se concentrer.
Le mari de Chérine, Rod, consultant en marketing pour la Financière Sun Life depuis plusieurs années, a conservé son emploi en dépit du déménagement à l’île, car son employeur lui a offert de travailler de chez lui. Sa situation est donc restée stable.
Fermette en croissance
C’est lui qui supervise la fermette familiale, avec ses deux fils, Sascha (15 ans) et Rémi (12 ans). «Il a aménagé le poulailler, il a acheté nos premières poules pondeuses. Au début, nous en avions une vingtaine et ça faisait beaucoup d’œufs. Maintenant, on a 12 poules. On en a de nouvelles depuis peu de temps qui pondent des œufs bleu vert. C’est assez joli. Les poules sont un croisement de deux races, Americana et Easter-Egger. En famille, on mange au moins une douzaine d’œufs par semaine. On en vend, on fait des échanges, et ça nous arrive d’en donner aussi, mais ça se conserve tout de même assez longtemps».
Curieusement, le plus jeune fils de la famille qui était allergique aux œufs a toujours eu de la difficulté à tolérer les œufs du commerce. Il fait des réactions. «Même lorsqu’on était en Ontario, il supportait beaucoup mieux les œufs du marché des fermiers que ceux du commerce. Et il n’a aucune misère à tolérer les œufs qu’on produit ici».
Les deux garçons aident beaucoup au bon fonctionnement de la fermette. L’aîné nourrit les poules le matin et fait sa ronde. Le plus jeune ferme le poulailler le soir, et c’est aussi lui qui s’occupe des lapins, élevés pour la viande. Et bientôt, la famille accueillera ses deux premières chèvres laitières. «Notre prochain projet, c’est de produire notre propre lait. Je ne sais pas trop comment ça va aller. Avec tous nos projets, on apprend à mesure. Les garçons ne savaient pas comment les poules pondaient, et nous les adultes, avons aussi appris beaucoup de trucs et de bonnes façons de faire», assure Chérine.
En mode économie
Présentement, la famille fonctionne sur un salaire. Le projet contractuel sur lequel Chérine travaillait a été écourté, à cause de la COVID-19. Elle a fait une demande à la prestation canadienne d’urgence et elle a aussi présenté un dossier pour la prestation du gouvernement provincial. «Ce ne sont pas de gros montants, mais ça aide. Et on réduit nos dépenses. Nécessairement, parce que je ne vais pas en ville chaque jour, je dépense moins, mais on en profite pour regarder nos autres dépenses. Les forfaits téléphoniques de données cellulaires reviennent chers, et on pense qu’on a trouvé une solution pour réduire nos frais. On va voir ce qui en ressortira», dit la cogestionnaire familiale.
Comme d’autres personnes, Chérine Stevula s’interroge sur ce qu’il va advenir de tout cela. «C’est inquiétant que dans certains pays, comme les États-Unis actuellement, la situation semble précaire alors que dans d’autres pays comme le Canada, ça semble beaucoup plus stable. Je nous considère très, à l’Île, de la situation beaucoup moins prononcée et des mesures entreprises jusqu’à maintenant pour nous garder en sécurité. Je suis les informations comme la plupart des gens, et j’espère que tout va bien aller», explique Chérine.


Le fils aîné, Sascha, fait sa ronde au poulailler.