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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 23 mars 2020

Par Marine Ernoult / Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

Avec la fermeture des frontières, Claire Linder est effrayée «de ne plus pouvoir rentrer» en France.

 

Des expatriés francophones, français et belges, installés à l’Île-du-Prince-Édouard, partagent leur état d’esprit face à la pandémie de COVID-19 qui frappe notre planète.

 

«Mon corps est au Canada, mon esprit est en Belgique», témoigne Virginie Georges, installée à l’Île-du-Prince-Édouard depuis deux ans. La trentenaire est tiraillée entre son pays d’accueil et sa patrie d’origine. Un état d’esprit partagé par Claire Linder, jeune Française arrivée dans la province en juin 2018. «Je ne suis pas complètement ici, c’est comme si chaque jour j’étais transportée un peu là-bas», confie-t-elle.

 

Vivre en expatrié la crise de la COVID-19, c’est subir de plein fouet la distance. «Je sens ma famille, la France, vraiment très loin de moi», réagit Claire Linder dont les proches habitent en Alsace, un des foyers de l’épidémie en France. La jeune femme a dû mal à s’imaginer le pays décrit par les médias et ses amis. «Les grandes villes à l’heure du confinement, avec les rues désertes, ça doit être à la fois incroyable et cauchemardesque», raconte-t-elle. Elle est parfois prise d’un vertige quand elle pense à ses proches dans l’Hexagone. «Une heure par jour, j’ai un petit coup de stress, témoigne-t-elle. Je me dis ‘oh mon dieu si mamie, meurt je ne pourrai pas aller à ses funérailles’.»

 

Rester ou partir ?

 

À l’image de l’Alsacienne, les expatriés sont inquiets pour leurs familles restées en Europe. Par les réseaux sociaux et les sites d’actualités, ils suivent tous l’évolution de la situation en France ou en Belgique. Ils prennent chaque jour des nouvelles de leurs proches. Anaïs Quillac, une autre Française arrivée à l’Île il y a près d’un an, n’est pas rassurée : ses deux parents sont infirmiers (dont l’un à la retraite) dans l’Oise, l’une des régions les plus durement touchées par la pandémie. «Ils peuvent être appelés à tout moment pour prêter main forte dans les hôpitaux», explique-t-elle. Emmanuel Nicaise, lui, «se culpabilise» pour sa fille restée en Belgique. «Je ne suis pas avec elle alors qu’elle a besoin de moi», regrette le Belge installé dans la province depuis un an.

 

Anaïs Quillac n’a jamais eu envie de rentrer en France : «C’est terrible ce qui se passe en Europe, mais j’ai ma vie ici, mon travail, je ne vais pas tout quitter».

 

La fermeture des frontières rend également la séparation plus difficile. Alors que jusqu’à récemment on pouvait acheter un billet d’avion en cinq minutes, être en 24 heures de l’autre côté de l’océan, Claire Linder est effrayée «de ne plus pouvoir rentrer». Virginie Georges s’angoisse à l’idée «d’être bloquée avec tous les avions à l’arrêt».

 

Que faire : rester ou partir ? «J’ai songé à rentrer, reconnaît Virginie Georges. Après, je me suis dit que ça ne servirait pas à grand-chose. Même sur place, je ne pourrai pas être proche des miens». Avant d’ajouter : «Ici ou là-bas, c’est pareil». Rentrer en France a également traversé l’esprit de Claire Linder. «Mais très vite, je me suis dis : ‘Rentrer où ? En Alsace ?' Ça n’a pas de sens», se raisonne-t-elle.

 

«Chanceux» d’être à l’Île

 

Craignant de favoriser la propagation du virus et de ne plus pouvoir revenir au Canada, Anaïs Quillac n’a jamais eu envie de traverser l’Atlantique. «C’est terrible ce qui se passe en Europe mais j’ai ma vie ici, mon travail, je ne vais pas tout quitter pour m’enfermer avec mes parents», souligne-t-elle. De son côté, Emmanuel Nicaise n’a pas non plus l’intention de reprendre le chemin de la Belgique. Il espère que sa fille pourra venir cet été à l’Île.

 

Les expatriés, qui prennent la mesure de la menace sanitaire, veulent rester positifs. «Ma famille fait attention, ils ont tout de suite réalisé ce qui se passait et se sont confinés très tôt, se rassure Claire Linder. Et de mon côté, ça va, j’ai un logement, un job, aucun problème financier.»

 

Surtout, ils se disent «chanceux» d’être à l’Île et «confiants» dans la riposte à la COVID-19 organisée par la province. «On est plus en sécurité ici qu’en Europe, le gouvernement anticipe les mesures», assure Anaïs Quillac. «L’esprit de solidarité de la communauté et le respect des consignes sont incroyables ici», ajoute Claire Linder.

 

Cet optimisme est tempéré par l’incertitude quant au futur. «Personne ne sait où il sera et ce qu’il fera dans les mois à venir», résume Virginie Georges qui n’exclut pas de mettre le Canada «en pause» pour rentrer en Belgique aux côtés de ses proches. Claire Linder, elle, compte prendre des vacances en France cet été : «Ça n’était pas prévu, mais j’ai vraiment besoin de voir ma famille».

 

Emmanuel Nicaise se dit «chanceux» d’être à l’Île et «confiant» dans la riposte à la COVID-19 organisée par la province.

 

Virginie Georges, originaire de Belgique, est tiraillée entre son pays d’accueil et sa contrée d’origine.

 

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