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Le 13 mai 2019

- Par Ericka Muzzo

Un peu moins d’un mois après la réunion publique qui a tout fait basculer, le comité de travail de Vision Évangéline jette l’éponge. Les tensions dans la communauté au cours des dernières semaines ont eu raison de ce projet d’unir la région en une seule municipalité, sur lequel planchait le comité depuis 2017.

 

«On est vraiment déçus. On pensait faire quelque chose de bien pour la communauté, mais visiblement le projet nefaisait pas l’unanimité», témoigne le maire d’Abram-Village, Roger Gallant, qui faisait partie du comité de travail. 

 

À la suite de la dernière réunion publique, qui a eu lieu le 15 avril dernier au Centre scolaire-communautaire Évangéline, un groupe s’est formé pour s’opposer au projet d’amalgamation de la région. C’est le résident de Saint-Timothée John Gallant qui a pris l’initiative de réunir les citoyens «contre». S’il déplore les tensions qui se sont développées dans la région aucours des dernières semaines, il se dit toutefois très fier que la communauté se soit exprimée pour faire connaître son avis défavorable. 

 

«Je ne m’attendais pas à ce que ça aille jusqu’à ce point-là, mais je pense que si l’amalgamation avait été forcée dans la région, ça aurait été encore pire. Le problème vient du gouvernement provincial et de la manière dont ils passent les lois, pour ensuite transférer la bataille de Charlottetown à Évangéline», déplore le résident d’une communauté non incorporée. 

 

À qui la faute?

 

Il fait notamment référence à des actes de vandalisme ayant eu lieu à l’égard des maires de Wellington et d’Abram-Village. Des pneus de leurs automobiles ont été crevés alors qu’elles se trouvaient dans l’allée de leurs résidences respectives. Rien ne prouve que ces actions soient liées au projet d’amalgamation, mais des tensions étaient bel et bien installées dans la région à ce sujet. 

 

«C’est vraiment dommage que ça se soit rendu à un niveau personnel comme ça, c’est quelque chose de sérieux et ça n’est pas comme ça qu’on voulait que ça se passe. Ça n’est pas le fun du tout, dans Évangéline on travaille tous ensemble. Là, on était contre des gens avec qui on travaille sur d’autres projets, ça n’était pas une belle situation», regrette John Gallant. 

 

À ses yeux, c’est le gouvernement provincial qui est le premier fautif dans ce dossier. «On a eu des exemples ailleurs de communautés qui ont été incorporées alors que les résidents s’étaient clairement prononcés contre. Ça nous a fait peur pour notre région, on savait qu’on ne voulait pas se rendre là. Il faut que les voix rurales soient entendues, parce qu’elles sont importantes autant au niveau culturel qu’économique», estime le résident de Saint-Timothée. 

 

Des détails à finaliser

 

Le projet Vision Évangéline est définitivement arrêté, mais le comité de travail prendra tout de même le temps de clore le dossier comme il faut. «On va terminer le rapport de la phase 2 avec les consultants, et répondre aux questions qui sont restées en suspens. Le fait qu’un nouveau gouvernement ait été élu laisse beaucoup d’inconnu, tout peut changer maintenant au niveau de la loi», explique Roger Gallant, maire d’Abram-Village. 

 

Il déplore lui aussi que la situation se soit à ce point envenimée dans les dernières semaines. «Personne ne voulait ça. Le vandalisme, ça a affecté tout le monde autour de nous, nos familles ont eu peur. Je suis surpris que ça soit arrivé et ça n’était vraiment pas nécessaire. Mais on ne sait pas qui est derrière ça, donc on ne blâme personne», nuance-t-il. 

 

L’élément déclencheur de toute cette saga a été la proclamation de la nouvelle Loi sur les municipalités, en décembre 2017. Celle-ci visait à encourager les régions à s’amalgamer, avec notamment des obligations comme l’ouverture d’un bureau municipal, accessible au moins 20 heures par semaine, pour toutes les communautés de l’Île. 

 

Alors qu’il était dans l’opposition, le Parti progressiste-conservateur s’était clairement prononcé en défaveur de cette loi dans sa forme actuelle. La balle est désormais dans le camp du nouveau premier ministre désigné de l’Î.-P.-É., Dennis King, pour y apporter des modifications. Dans la région Évangéline, les attentes sont élevées à cet effet. 

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