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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 13 mars 2019
- Par Jacinthe Laforest

Joey Arsenault, natif d’Abram-Village, est considéré comme un héro par sa famile et ses très nombreux amis.  Malgré son lourd handicap, il sourit à la vie!


Toute sa vie, Joey Arsenault a eu à surmonter des obstacles, en raison de son handicap sévère.  Atteint de paralysies cérébrales, en raison d’un manque d’oxygène à la naissance, son corps ne lui obéit pas. 

À 36 ans, vivant à Charlottetown depuis trois ans, il a encore le sourire désarmant qu’il affichait lorsqu’il était enfant puis adolescent, durant ses années à l’école Évangéline, où il a obtenu son diplôme d’études secondaires. 

Sa condition n’a pas de secrets pour lui.  Grâce à son ordinateur doté d’un programme qui l’aide à communiquer avec les gens, et qui lui permet d’accéder à Internet, il se documente.  «Je suis atteint de tétraplégie spastique.  C’est la forme la plus grave de paralysie cérébrale parce qu’elle affecte tout le corps», dit Joey, par l’entremise de son ordinateur. 

Il y a quelques semaines, Joey a été invité à s’adresser aux membres d’un groupe d’aide aux personnes handicapées, «Rockers for Recovery», à Summerside.  À leur intention, il a écrit une conférence très détaillée, où il parle de sa vie.  Il y dit entre autres que son handicap lui a permis d’acquérir «une perspective unique» sur la vie.  «Je dépends des autres pour les plus petites choses.  Ça demande que je leur fasse confiance entièrement.  C’est pourquoi je choisis avec soin les personnes qui m’entourent, à l’extérieur de ma famille», dit-il. 

En plus de son père, Jerry, de sa mère, Sally et de son frère, Jeremy, et des autres membres de sa famille, Joey compte sur Jeff Hicken, colocataire, qui aide Joey dans ses besoins quotidiens.  «Il a huit ans de moins que moi donc il m’aide à rester jeune…  J’ai rencontré Jeff en 2002, lorsque je faisais du travail administratif pour le hockey mineur à Summerside.  Jeff était arbitre.  Nous sommes devenus amis et depuis six ans, il est mon colocataire.  C’est lui qui va me chercher mes cafés au Tim Hortons juste à côté.  Onrit et on regarde le basketball à la télé», dit Joey que ses quelque 1 600 amis Facebook connaissent sous le nom de Goodtimes Joey MacDaniels. 

«Joey vit dans le présent»

Le père de Joey, Jerry, qui habite maintenant à Miscouche, a beaucoup d’admiration pour son fils.  «Joey, il vit dans le présent.  Nous, on est toujours dans le passé et dans l’avenir, on a des regrets pour hier et on s’inquiète pour demain.  Quand les gens nous parlent, on n’écoute pas.  On pense à autre chose, on prépare notre réplique.  Mais Joey, quand il te parle, avec sa machine, il est là à 100 %.  Il se concentre», dit Jerry.

Joey n’a jamais parlé.  «C’est seulement quand il a appris à écrire à l’école qu’on a pu enfin communiquer avec lui.  C’est trop dommage qu’il ne puisse pas parler.  Et la seule raison qu’il ne peut pas parler, c’est que sa langue est paralysée», dit le père chez qui Joey passe un weekend par mois. 

Joey avait environ un an lorsque ses parents ont eu la confirmation de sa condition.  Après cela, suivi de nombreux traitements et même des interventions chirurgicales pour lui redresser le dos. 

Avec les années, à force de ne pas être sollicités, ses muscles se sont atrophiés et ont raidi dans des angles qui semblent douloureux.  Cependant, Joey affirme qu’il ne ressent pas de douleur aiguë.  «Mon cou est raide parfois», dit-il.   

Il a cependant encore l’usage de son bras droit, ce qui lui permet de taper sur son clavier et de maintenir son lien avec le monde, ainsi qu’avec ses nombreux amis Facebook, qu’il côtoie de huit à neuf heures par jour. 

«Je vais au gym de l’Université de l’Î.-P.-É.  Cette semaine, j’ai levé 25 livres avec mon bras droit.  Comme je pèse 75 livres, j’ai soulevé le tiers de mon poids», dit-il avec la fierté d’un guerrier qui aurait vaincu une armée entière.

D’ailleurs, son héros sportif de tous les temps s’appelle «The Ultimate Warrior».  C’est un lutteur, maintenant décédé, que Joey a cependant eu le bonheur de rencontrer. 

Mettre les stéréotypeshors combat

«Je sais que la lutte, c’est un spectacle.  Quand j’étais jeune, j’aimais le rythme rapide, les expressions faciales et les rivalités, ce que je voyais en surface.  Mais en grandissant, et surtout depuis l’avènement d’Internet, je découvre que les lutteurs ont des vies remarquables.  Ce sont des personnes intelligentes et sensibles», dit Joey qui est un maître dans l’art de ne pas se fier aux apparences.  Il aimerait mettre hors-combat tous les stéréotypes, surtout ceux dont il se sent parfois victime. 

«Quand les gens me voient pour la première fois, ils sont intimidés, et souvent, ils pensent que je suis handicapé mental.  Ça me fait de la peine… les gens sont toujours trop pressés pour dépasser leur première impression», dit Joey, en tapant laborieusement sur son clavier. 

Joey ne peut pas faire ce que ses héros lutteurs font.  Au lieu d’être jaloux d’eux, il s’en inspire.  «À ma façon, moi aussi j’essaie de dépasser mes limites», dit Joey qui a même convaincu son père, le grimpeur de poteau de l’Exposition agricole, de l’intégrer dans son spectacle il y a quelques années.  «J’avais un peu peur, mais j’avais confiance aussi», dit celui qui a suscité l’admiration du public en 2016. 

Son intérêt pour la lutte est une passion pour laquelle il mobilise une somme impressionnante d’énergie et de ressources.  Il a même fait des voyages aux États-Unis, pour assister à des événements reliés à la lutte, avec l’aide entre autres de Lionel Poirier, un grand ami, et de son oncle Marcel, qui l’a conduit jusqu’en Floride, en 2018, pour qu’il embarque sur une croisière pour amateurs de lutte. 

«Je souhaite à tout le monde de trouver dans leur vie une passion.  Ça n’a pas besoin d’être une carrière, mais ça doit être quelque chose qui vous donne envie de vous lever le matin, et qui vous stimule, dès que vous y pensez.  C’est ce que la lutte fait pour moi», résume Joey Arsenault qui, pour bien des gens, est lui-même un «Guerrier ultime». 

Pour communiquer, Joey Arsenault utilise un ordinateur sur lequel il tape laborieusement ses réponses.  Ça lui demande beaucoup de concentration.  (Photo : J.L.)





En 2016, voulant repousser ses limites un peu plus loin, Joey Arsenault a convaincu son père Jerry de l’intégrer dans le spectacle des grimpeurs de poteaux à l’Exposition agricole et le Festival acadien de la région Évangéline.  (Photos : Archives)

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