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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 21 février 2019
- Par Jacinthe Laforest

Fière de ses racines, Isabelle Dasylva-Gill espère communiquer cette fierté à ses enfants, qui eux sont métissés.


Partout au Canada, février est connu comme le Mois de l’histoire des Noirs.  À l’Île-du-Prince-Édouard, le thème lancé par la «Black Cultural Society» est la «migration noire», qui met l’accent sur le mouvement de personnes d’origine africaine vers de nouvelles destinations et donc vers de nouvelles réalités sociales. 

Isabelle Dasylva-Gill habite à l’Île depuis de nombreuses années.  Avant cela, elle a vécu au Nouveau-Brunswick et avant cela, en France, où elle est née et a grandi.

Sa mère, native du Sénégal, et son père, de la Guinée Bissau, ont décidé d’émigrer en France pour des raisons économiques avec l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie.  Isabelle a grandi en français, comme une Française, à peu de choses près.

«À la maison, c’était notre petite Afrique.  Mes parents ont toujours fait de grands efforts pour me transmettre la culture africaine.  La nourriture, les tenues traditionnelles et surtout la langue... mais lorsque je suis allée au Sénégal la première fois pour rencontrer mes cousins et cousines du côté de ma mère, je me suis tout de même sentie étrangère.  J’avais la même couleur de peau qu’eux, mais mon vécu était différent. J’avais de la difficulté à me sentir “comme à la maison”. Ça m’a étonnée», a raconté Isabelle.

Mettre en valeur la communauté de l'Î.-P.-É.

Pour celle qui dirige la Société Saint-Thomas-d’Aquin depuis 2018, l’idée de consacrer un mois à la célébration de l’Histoire des Noirs permet de mettre en lumière les contributions souvent encore mal connues des Noirs à la construction du pays.

«Quand je suis arrivée à l’Île, je me suis intéressée à la communauté Noire, par l’entremise de la “Black Cultural Society” de l’Île.  Comme bien des gens, j’ai assisté à une représentation de la pièce “The Olde Stock” de Scott Parsons. J’ai découvert qu’il y avait des Noirs à l’Île depuis longtemps et qu’ils y sont arrivés en tant qu’esclaves et noirs libres, mais surtout qu’ils se sont fait une vie à l’Île et y ont contribué», a précisé Isabelle.

Cette dernière reconnaît que ce serait difficile de parler de l’histoire des Noirs sans au moins une référence à l’esclavage.  «Ça a marqué mon peuple, c’est certain. Si je faisais ma généalogie sur plusieurs générations, je découvrirais peut-être des horreurs, mais je ne me suis jamais rendue là et ça n’a pas d’emprise sur moi aujourd’hui.  Cependant, il est toujours bon de se rappeler de ce genre d’événements historiques pour que justement ça ne se reproduise pas.

À ce point de vue là, je pense que ma langue, et mon besoin de la défendre me définissent davantage aujourd’hui que la couleur de ma peau.  Dans un groupe, je vais graviter plus naturellement vers ceux ou celles avec qui je sens qu’il y a une certaine affinité ou certains points communs... par exemple, ceux qui parlent français, qui ont des enfants et pas nécessairement par rapport à la couleur de leur peau», illustre la mère de famille.

Mariée à «un Blanc» anglophone, Isabelle a trois enfants qui sont un peu plus pâles qu’elle.  «Je n’ai jamais voulu être Blanche, je suis fière d’être une femme noire et j’ai toujours été fière de mes origines.  Pour moi, mon identité a toujours été très claire. Mais je pense que pour mes enfants, c’est une autre affaire, ils ne sont ni blancs ni noirs, et donc ce sera intéressant de voir comment ils vivent le fait d’être métisses.  Avec mon mari, nous allons les accompagner dans leur construction identitaire, les aider à trouver leurs chemins respectifs, c’est évident. Pour ma part, j’espère être en mesure de leur transmettre ma fierté d’être Noire et d’être francophone, ainsi que le sentiment d’avoir leur place à part entière dans la société de l’Île-du-Prince-Édouard.


Isabelle Dasylva-Gill et Kirby Gill avec leurs enfants, Yani, Odell et Femka. (Photo : J.L.)

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