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Le 21 décembre 2018

Plus de cinquante personnes ont participé à la construction de l’oeuvre, dont tous les matériaux ont été donnés ou achetés grâce à des dons commémoratifs.  (Photo : E.M.)


Depuis le mois de novembre, un arbre de Noël formé de casiers à homard illumine le parvis de l’église Saint-Simon et Saint-Jude, à Tignish.  Plusieurs membres de la communauté viennent encore s’y recueillir chaque soir en l’honneur des pêcheurs disparus en mer, et de ceux qui pratiquent quotidiennement ce métier risqué. 

C’est à la suite de la tragédie du 18 septembre, où les pêcheurs Glen DesRoches et Maurice (Moe) Getson ont perdu la vie en mer, que le village de Tignish a mis ce projet sur pied.  «La communauté était en deuil, et j’ai aussi pensé aux familles qui souffrent encore d’avoir perdu des proches au cours des années.  J’avais déjà remarqué des œuvres similaires au Cap-Breton et à Terre-Neuve, donc je me suis dit qu’on pouvait le faire ici aussi», raconte la directrice des loisirs de Tignish, Tina Richard. 

Contrairement à d’autres endroits, les pêcheurs du coin utilisent des cages rondes plutôt que carrées, un facteur qui n’a pas été négligé dans la construction de l’arbre de Noël.  Cela a pris quelques jours, au cours desquels de nombreux membres de la communauté sont venus prêter main-forte.  «Ce sont des pêcheurs qui l’ont bâti, ce sont les mieux placés pour savoir comment faire.  Mais tout le monde voulait être aux alentours, plusieurs adolescents ont aussi participé», note Tina Richard.


Une cérémonie d’envergure

Les organisateurs s’attendaient à une foule d’une soixantaine de personnes pour l’inauguration, le dimanche 25 novembre.  Ce sont dix fois plus de gens qui se sont déplacés pour assister à la première illumination de l’arbre.  «C’était très émouvant, ça a été un moment très fort», se souvient Mark Arsenault.  Lui-même pêcheur, il connaissait bien Glen DesRoches et Moe Getson, et a composé une chanson en leur honneur.  «Je m’attendais à la chanter devant quelques personnes, mais il y avait vraiment une foule! C’est un honneur, et les familles étaient contentes», ajoute-t-il.  Le musicien s’est accompagné de sa guitare pour interpréter le morceau, intitulé «18 septembre». 

L’arbre haut de 25 pieds et composé de 147 casiers à homard devrait rester en place au moins jusqu’après le Nouvel An.  D’après Tina Richard, plusieurs familles comptent l’inclure dans leurs traditions de Noël.  Une heure de chants est également prévue dans la soirée du 23 décembre.  «C’était important que l’endroit soit accessible à tous, et de fait, on voit chaque soir plusieurs autos qui viennent stationner près de l’arbre.  Tout le monde ici est lié à des pêcheurs, et le fait d’avoir connu deux tragédies en même temps, c’est très difficile», explique la directrice. 


Jamais bien loin

Le retour au travail est toujours douloureux pour les pêcheurs, après un tel événement.  «C’est un stress de retourner en mer, de reprendre le quotidien quand tu sais que tes amis sont encore dans l’eau, quelque part.  C’est toujours dans ta tête», confie Mark Arsenault. 

«Je pense qu’il n’y a pas un seul pêcheur qui dirait qu’il n’a jamais eu de mauvaise passe, c’est la même chose pour un conducteur ou un pilote, par exemple.  Quelqu’un, quelque part, fait une erreur, et parfois tu t’en tires, ou tu en payes le prix ultime.  On est tous passés par là, donc il n’y a pas de jugement là-dessus», enchaîne Mark Arsenault. 

Le 18 septembre, lui-même était en mer, quelques heures avant le naufrage du bateau Kyla Anne.  «Ils ont été au mauvais endroit, au mauvais moment, avec les mauvaises vagues.  C’est la seule différence entre eux et moi», déclare Mark Arsenault. 

La municipalité de Tignish compte un peu plus de 800 habitants, et la pêche en est la «colonne vertébrale».  Pour Noël, l’arbre en l’honneur des pêcheurs est une manière de mettre un peu de baume sur la douleur de cette communauté tissée serrée. 

L’arbre de Tignish illuminé.  (Photo : J.L.)



- Par Ericka Muzzo

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