FacebookTwitterRSS

 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 12 décembre 2018

Robert Bullen vit à l’Île-du-Prince-Édouard depuis l’année 2006, mais par son travail au Collège de l’Île (anciennement Collège de l’Acadie, Université Sainte-Anne, Collège Acadie), il participe à la vie prince-édouardienne depuis 1994.  Malgré cela, très peu de gens le connaissent. 

«C’est vrai que je ne suis pas très connu, et je suis à l’aise avec ça.  Je pense que je laisse une marque par le nombre de personnes que je côtoie et que j’aide à former, et ça me suffit.  J’aime travailler dans l’ombre, je n’aime pas revendiquer.  Je suis plutôt du style médiateur», dit le pédagogue. 

Originaire de Petit-de-Gras sur l’Île-Madame en Nouvelle-Écosse, il est issu d’une famille exogame, même s’il considère que cet adjectif ne s’applique pas à lui.  «Depuis mon jeune âge, même si mon père est anglophone et natif de Terre-Neuve et Labrador, je me suis toujours considéré comme un francophone.  J’ai grandi près des Landry, la famille acadienne de ma mère, avec mes grands-parents, mes oncles et mes tantes acadiens.  Mon identité est acadienne francophone», dit Robert Bullen. 

À l’Île-Madame, lorsque Robert, ainsi que ses frères et sœurs étaient enfants, il n’y avait pas d’écoles françaises ni même de programmes d’immersion.  «Tous les enfants de l’île allaient à la même école.  L’enseignement se faisait en anglais, sauf le cours de français qu’on donnait aux élèves qui parlaient français et ça c’était une heure par semaine.  À cette époque-là, je parlais un français très local.  Peut-être que mon anglais était même un peu plus standard, mais je n’ai jamais envisagé de faire des études en anglais parce que ce n’était pas mon identité», dit Robert Bullen. 


Enseignant dans l’âme

Ce dernier a toujours voulu être enseignant et il planifiait ses études postsecondaires en ce sens à l’Université Sainte-Anne.  Cependant, influencé par la famille de sa mère, qui avait son bien à cœur, il a plutôt opté pour l’administration.  «J’ai complété mon baccalauréat, mais je savais que je ne travaillerais jamais en administration.  Parallèlement à mes cours, je faisais partie de la troupe Les Araignées du Boui-Boui, et j’étais aussi moniteur de langue dans les écoles, ce qui me rapprochait de mon but de devenir enseignant.  Après mon baccalauréat en administration, j’ai travaillé quelques années, toujours dans des milieux francophones.  J’ai même travaillé deux ans au Château Frontenac à Québec.  Puis, j’ai complété ma pédagogie pour devenir enseignant».


Aux premières heures du Collège de l’Acadie

Son diplôme en poche, Robert Bullen s’est vu offrir un poste d’enseignement à la nouvelle école française de son village natal, Petit-de–Gras.  Mais il n’a jamais travaillé là parce que sur les entrefaites, on lui a offert de prendre la direction du tout nouveau campus du Collège de l’Acadie qui ouvrait à Petit-de-Gras. 

«Le Collège de l’Acadie était en formation.  Il fallait monter de zéro chacun des cinq ou six campus en Nouvelle-Écosse.  Je n’avais pas d’expérience, j’étais jeune, et c’était un poste que je ne pouvais pas refuser.  Alors j’ai accepté.  Il fallait créer les programmes, établir les protocoles d’enseignement, installer les systèmes de vidéo-conférence, etc.  Tout était à faire et c’était très motivant», raconte Robert Bullen, sur ces années du début des 1990. 

Arrive sur la scène, la Société éducative de l’Île-du-Prince-Édouard qui devient officiellement un campus du Collège de l’Acadie en 1994.  «J’ai commencé à enseigner à des gens de l’Île dès cette année-là, et je n’ai jamais cessé depuis.  Jusqu’en 2006, je travaillais à partir de la Nouvelle-Écosse et je venais rencontrer mes étudiants quelques fois dans l’année.  J’ai toujours aimé l’Île-du-Prince-Édouard et depuis longtemps, j’avais envie de venir vivre ici», dit Robert Bullen.

L’enseignant ne ment pas lorsqu’il dit que «depuis longtemps», il voulait vivre à l’Île.  «Depuis que j’ai 10 ans, j’ai envie de vivre ici.  J’avais une tante qui venait passer ses étés ici et je venais passer du temps avec elle.  J’ai toujours aimé ça.  Quand j’ai eu l’occasion de me rapprocher, je l’ai saisie», dit celui qui s’est acheté une maison à Miscouche, un village qui lui plait beaucoup. 

Maintenant coordonnateur des programmes d’enseignement en administration du Collège de l’Île, il donne aussi cinq cours environ, tous reliés à la langue française.  «Enseigner, c’est un très beau métier.  Ce n’est jamais pareil parce que chacun apprend différemment.  Le facteur humain est très important et personnellement, je ressens une grande satisfaction lorsque je sens que mes étudiants font des progrès.  Je ne pourrais pas faire autre chose».

Robert Bullen, qui a toujours enseigné au postsecondaire, conserve une petite curiosité par rapport au système public.  «J’ai continué à apprendre toute ma vie.  Pour enseigner, c’est essentiel.  Mais ça change aussi tellement vite.  Je serais curieux de voir si je trouverais mes marques dans le système public», avoue-t-il. 


Héritage terre-neuvien 

Comme nous l’avons dit plus tôt, Robert Bullen est le fils d’un Terre-Neuvien qui est arrivé à l’Île-Madame avec ses parents lorsqu’il avait 14 ans.  «C’est là que mon père a vécu toute sa vie et c’est là qu’il va finir ses jours», souligne Robert. 

Obligatoirement, Robert Bullen a de la famille à Terre-Neuve.  «J’ai déjà participé à des réunions de famille et j’ai vu des gens qui me ressemblaient physiquement.  C’est d’ailleurs assez déstabilisant.  Je suis curieux de savoir comment ils vivent, si nous avons des affinités, mais je n’ai pas l’impression que c’est ma culture, mon identité.  Éventuellement, j’aimerais connaître l’origine du nom Bullen.  Certains disent que ce serait allemand, d’autres essaient de me convaincre que je serais un descendant d’une des reines décapitées par Henry VIII, Anne Boleyn.  Je ne sais pas, mais c’est une des théories qui gravitent autour du nom de notre famille», résume Robert Bullen. 

Robert Bullen est membre du comité régional La Belle-Alliance et il est aussi président de La Voix acadienne. 

Robert Bullen est fier d’avoir contribué à la formation professionnelle d’un grand nombre d’étudiants et d’étudiantes de l’Î.-P.-É.



- Par Jacinthe Laforest

L'Île-du-Prince-Édouard en images