À l’aube de son 35e Noël aux commandes d’un couple à la veille de la retraite, le magasin de jouets bien connu de New Glasgow, « The Toy Factory », s’apprête à changer de mains. Inauguré en 1972, ce lieu aura nourri l’imaginaire de plusieurs générations grâce à ses camions en bois, ses poupées dansantes et ses bilboquets produits sur place.
Cathy Viau et son conjoint Dan ont vu les modes se succéder. Des «Care Bears» aux consoles «Nintendo», ils ont été témoins de l’évolution des goûts des tout-petits — et de ceux de leurs parents. «Il faut comprendre que ce sont les parents qui achètent les jouets», raconte Cathy, qui a accueilli le représentant de La Voix acadienne dans sa demeure voisine du commerce. Elle se souvient notamment de la folie entourant les «Cabbage Patch Dolls» «À l’époque, les bousculades, c’était les parents qui jouaient du coude de façon si déplaisante. Les enfants, eux, étaient bien tranquilles à la maison pendant ce temps-là», dit-elle en riant.
Le magasin ne suit pas les modes. Ne l’a jamais fait. Cathy et Dan souhaitent d’ailleurs que les acquéreurs du commerce perpétuent cette tradition.
À l’arrière-boutique se dissimule un véritable atelier, où scie à ruban, perceuses, sableuse et autres outils de travail du bois sont disposés de manière à accueillir un projet en un rien de temps. Cathy découpe un petit morceau de bois qu’elle dépose ensuite sur une tablette. Après y avoir fixé 4 roues, on reconnaît les débuts d’un petit camion.
«On remarque un réel engouement pour les jouets classiques, explique-t-elle. Depuis une trentaine d’années, les ventes de jouets de bonne qualité, soigneusement fabriqués à la main, sont en hausse. Les nouveaux parents d’aujourd’hui préfèrent investir un peu plus pour offrir quelque chose qui ne se brisera pas de sitôt. Mais surtout un jouet que leurs enfants pourront, à leur tour, offrir aux leurs. Cette tendance est actuellement très forte. Les habitudes de consommation ont, heureusement, changé. »

La boutique propose également une vaste sélection de produits européens. On y trouve de petites figurines en caoutchouc fabriquées en France, ainsi que des casse-têtes provenant d’Allemagne. Les maisons de poupées et les casse-noisettes ornent les tablettes bien fournies du magasin, tandis que l’éventail de jouets en bois — camions, chiots et voitures fabriqués sur place — part comme des petits pains chauds.
«Une tendance qui me fait chaud au cœur, ajoute Cathy, est la façon dont les parents d’aujourd’hui accordent une liberté rafraîchissante aux choix de jouets de leurs enfants. Tout récemment encore, un petit garçon s’est précipité vers un jouet qui lui avait accroché l’œil. Ses parents n’ont pas hésité à le lui offrir. Ce petit garçon blanc a quitté la boutique en serrant dans ses bras une poupée représentant une petite fille noire vêtue d’un costume de soccer. Il avait un sourire éclatant, tellement il était heureux. C’est un phénomène que j’observe de plus en plus souvent. »

Les filles, pour leur part, sont, elles aussi, de plus en plus libres de choisir des jouets traditionnellement associés aux garçons. Un changement de mentalité que Cathy accueille avec enthousiasme. «Le monde change et nous changeons avec lui. Le temps est venu pour nous de tirer notre révérence et de laisser la place aux prochains marchands de bonheur», conclut-elle.


The Toy Factory situé au 5607, route 13, à New Glasgow, Î.-P.-É. fermera ses portes pour la saison hivernale à compter de janvier 2026. Le magasin virtuel demeurera toutefois ouvert à l’année. On peut le visiter à l’adresse suivante : www.toy-factory.ca/