La province de l’Île-du-Prince-Édouard présente ses nouvelles mesures pour aider l’industrie ostréicole à traverser la crise du MSX et du Dermo.
Après l’annonce d’une aide financière d’Ottawa le 8 mai dernier, voilà que le gouvernement provincial tente maintenant d’empêcher un effondrement plus important de l’industrie ostréicole avant les saisons estivale et automnale.
Les ministres et représentants de l’industrie ont présenté des aides financières, des soutiens aux travailleurs et des efforts collaboratifs visant à stabiliser la production et à protéger les emplois alors que le secteur entame sa reprise.
Selon Ernie Hudson, ministre des Pêches, du Développement rural et du Tourisme, l’industrie réclamait depuis longtemps une aide concrète afin d’aider producteurs, pêcheurs et transformateurs à traverser cette période particulièrement difficile. «Nous voulons aider les entreprises à gérer les défis actuels tout en apportant une certaine stabilité pour les mois à venir.»

Ernie Hudson, ministre des Pêches, du Développement rural et du Tourisme, affirme avoir constaté directement les effets du MSX et du Dermo dans plusieurs communautés côtières de l’ouest de l’Île. « Au début des saisons, le stationnement près du pont Gully était rempli de camions. Ce printemps, j’en ai vu peut-être deux ou trois seulement », raconte-t-il. Le ministre soutient maintenant espérer que les nouvelles mesures provinciales permettront à davantage d’entreprises de demeurer en activité pendant que l’industrie tente de traverser cette période particulièrement difficile.
Impacts du MSX et du dermo sur le secteur des huîtres
Depuis maintenant près de deux ans, le MSX et le Dermo continuent de bouleverser l’industrie ostréicole insulaire. Les mortalités massives d’huîtres ont réduit les récoltes dans plusieurs baies tout en augmentant paradoxalement la charge de travail dans les usines et chez les producteurs, où davantage de tri, de nettoyage et de manipulation sont maintenant nécessaires. Il est maintenant question d’un climat d’incertitude particulièrement lourd pour les familles qui vivent directement de l’industrie.
« On ne peut pas imaginer le stress mental et financier que cela provoque à moins de vivre cette réalité avec nous », résume Monique Horne, vice-présidente du Island Oyster Growers Group.
La province affirme ainsi vouloir éviter que certaines entreprises ferment définitivement avant même qu’une éventuelle reprise puisse s’amorcer. Même au sein de l’industrie, plusieurs reconnaissent toutefois que le redressement risque de prendre encore plusieurs années.
Annonce des soutiens financiers et opérationnels
Parmi les mesures annoncées, la province rouvrira le Oyster Growers Income Stabilization Program pour la saison 2026 et mettra également en place un programme d’allègement des intérêts destiné aux pêcheurs, producteurs et transformateurs touchés par les pertes liées au MSX et au Dermo.
Le gouvernement provincial affirme vouloir collaborer directement dans le cadre de Finance PEI et différents créanciers afin de permettre certains reports de paiements et alléger les pressions financières immédiates qui pèsent sur plusieurs entreprises du secteur. La province couvrira également certains frais liés aux sites où les remorques des pêcheurs sont stationnées durant la saison.
«Nous avons travaillé avec plusieurs groupes de l’industrie afin de mieux comprendre les besoins immédiats sur le terrain», explique Ernie Hudson, ministre des Pêches, du Développement rural et du Tourisme. «Ce dossier demandera une collaboration constante entre l’industrie, la province et le gouvernement fédéral.»
Pour plusieurs producteurs, cette aide vise surtout à donner un peu de temps à des entreprises déjà fragilisées par deux années difficiles.
«L’allègement des intérêts sur nos prêts commerciaux permettra aux familles de prendre le temps d’élaborer un plan financier avec leurs créanciers afin de préserver leurs entreprises et leurs actifs pendant la reprise», affirme Monique Horne, vice-présidente du Island Oyster Growers Group.

«L’industrie existe ici depuis des générations et elle sera encore là pour les générations à venir.» - Monique Horne, vice-présidente du Island Oyster Growers Group.
Programmes et formations axés sur les travailleurs
La province a également annoncé la création du Oyster Relief Wage Assistance Program, une mesure visant à couvrir une partie des coûts de paie liés au travail supplémentaire causé par les mortalités d’huîtres. Le programme s’adressera aux pêcheurs, producteurs et transformateurs qui doivent maintenant consacrer davantage de temps au tri, à la manipulation et au nettoyage.
Le gouvernement confirme aussi le maintien du Oyster Fishers Training Fund, qui continuera d’offrir des formations liées à la sécurité et au développement des compétences par l’entremise de SkillsPEI.
Selon le ministre de la Main-d’œuvre et de l’Enseignement avancé, Zack Bell, ces mesures visent surtout à empêcher une perte importante de main-d’œuvre dans l’industrie.
«À mesure que les mortalités augmentent, cela demande beaucoup plus de travail pour traiter les huîtres mortes. Ce programme vise à donner davantage de certitude aux travailleurs pendant les mois du printemps et de l’été et, toutsimplement, à garder les gens au travail », affirme-t-il.
Dans des régions comme Tyne Valley et l’ouest de l’Île, plusieurs craignent déjà de voir certains travailleurs quitter définitivement le secteur si les entreprises ne parviennent plus à les garder en poste.

Zack Bell, ministre de la Main-d’œuvre et de l’Enseignement avancé, affirme que le nouveau programme d’aide salariale vise principalement à permettre aux pêcheurs, producteurs et transformateurs d’huîtres de conserver leurs travailleurs malgré l’augmentation du travail de tri et de manipulation causé par les mortalités liées au MSX et au Dermo.
«Ce sont des travailleurs spécialisés. Le tri, le classement et toute la manipulation des huîtres demandent énormément d’expérience. Si ces travailleurs quittent maintenant, ce sera très difficile de les ramener plus tard lorsque l’industrie va éventuellement reprendre», soutient le député Hilton MacLennan.

Selon Hilton MacLennan, député provincial de Tyne Valley–Sherbrooke, plusieurs entreprises de l’ouest de l’Île espèrent maintenant pouvoir garder leurs travailleurs en poste suffisamment longtemps pour traverser les prochaines saisons difficiles.
Collaboration avec l’industrie, recherche et voies de redressement
Le gouvernement provincial affirme également poursuivre sa collaboration avec des chercheurs canadiens et américains afin d’aider l’industrie à traverser les prochaines années. L’approbation récente par Ottawa de l’importation de naissain américain résistant au MSX et au Dermo est d’ailleurs présentée comme une solution temporaire permettant de maintenir une certaine production pendant que les recherches locales se poursuivent.
«L’importation de naissain résistant servira de pont à court terme afin de maintenir la production et les marchés pendant que nos écloseries locales continuent leur travail pour développer une résistance avec leur stock natif», explique Monique Horne, vice-présidente du Island Oyster Growers Group.
Du côté des élus provinciaux, on reconnaît également que le rétablissement de l’industrie passera autant par la recherche que par l’aide financière immédiate.
«Les chercheurs tentent actuellement de mélanger ces lignées résistantes avec l’huître Malpeque afin de voir comment elles s’adaptent aux conditions de l’Île. Le but est de développer un naissain capable de mieux résister aux maladies tout en étant adapté à nos eaux», affirme le député Hilton MacLennan.
Montant total à investir
Selon Ernie Hudson, le montant total des mesures provinciales annoncées se situerait autour de 6 millions $. Une partie de cette somme proviendrait directement du fonds de contingence réservé à l’industrie ostréicole dans le plus récent budget provincial, un fonds qui est passé de 3 millions $ l’an dernier à 6 millions $ cette année.
Le ministre précise toutefois que l’ensemble des mesures ne sera pas financé à même ce seul fonds. « Le programme de subvention salariale et la prolongation du programme de stabilisation des revenus seront financés à partir du fonds de contingence de l’industrie ostréicole », explique M. Hudson. «Mais l’allègement des intérêts relève aussi du ministère de Zack Bell. »
Le ministre soutient également que la province souhaite conserver une certaine marge de manœuvre financière si la situation devait continuer de se détériorer dans les prochains mois.
«On ne peut pas tout dépenser immédiatement. Nous devons garder une certaine capacité d’intervention si d’autres besoins apparaissent», affirme-t-il.

Demeurer un incontournable dans le marché
Au-delà de l’aide financière immédiate, la province affirme également vouloir maintenir les marchés déjà développés pour les huîtres de l’Île pendant que l’industrie traverse cette crise. Selon le ministre Ernie Hudson, le maintien des acheteurs et le développement de nouveaux débouchés demeureront essentiels au cours des prochaines années.
«Nous avons bâti une excellente réputation pour nos produits de la mer, incluant les huîtres. Nous devons maintenir ces marchés autant que possible pendant cette crise», affirme-t-il.
Le ministre a également mentionné l’Espagne comme exemple de marché en croissance pour certains produits marins insulaires, tout en rappelant l’importance qu’a eu le retrait récent de certains tarifs liés au marché chinois pour l’ensemble de l’industrie des produits de la mer.

Des représentants du gouvernement provincial, de la PEI Aquaculture Alliance, de la PEI Seafood Processors Association, de la PEI Oyster Processors Association ainsi que de la PEI Shellfish Association ont participé à la rencontre entourant les nouvelles mesures d’aide destinées à l’industrie ostréicole. Un comité consultatif regroupant ces différents acteurs a également été créé afin d’aider à guider la distribution des programmes et des fonds annoncés. (Photos : Eric Bergeron)