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05 Janvier 2022 Par Jacinthe Laforest
Janelle Arsenault. (Photo : J.L.)

Janelle Arsenault de Saint-Chrysostome dans la région Évangéline a obtenu son diplôme d’études collégiales en septembre 2020.  Elle a passé son examen professionnel national de soins infirmiers auxiliaires haut la main.  Malgré cela, pour une raison qu’elle estime injuste et discriminatoire, elle n’a jamais pu exercer à l’Île. 

Estimant avoir été flouée par le Collège de l’Île, elle réclame maintenant à l’institution ses frais d’étude et d’autres frais pour compenser les pertes monétaires qu’elle estime avoir subies.  Pour le reste : «Personne ne peut me redonner les deux années que j’ai perdues à étudier au Collège de l’Île», dit-elle.

Depuis environ un an, Janelle Arsenault occupe un poste de préposée aux soins dans un foyer pour personnes âgées de Summerside.  «Ce n’est pas du tout le travail que j’espérais faire pour ma carrière.  J’avais choisi le programme d’infirmière auxiliaire parce que c’est ce que je voulais faire», dit la jeune femme, outrée par la manière dont elle dit avoir été traitée. 

Au cœur du litige se situe la «nécessité» de réussir un examen d’anglais (Isle Exam) imposé par l’association des infirmiers et infirmières auxiliaires de l’Île.  Il s’agit, rappelons-le, d’un examen très poussé sur la connaissance de la langue anglaise, et non pas un examen sur le métier d’infirmière auxiliaire. 

«Quand j’ai commencé au Collège, on m’a dit que je n’aurais pas besoin de passer cet examen, parce que je ne suis pas une étudiante internationale.  J’avais entendu parler de cet examen qui est très difficile.  Ça me soulageait de ne pas avoir à le passer.  Puis, je pense que c’était à la dernière journée de cours, deux ans plus tard, j’ai appris que je serais obligée de passer l’examen.  J’ai confronté la personne qui m’avait dit que je n’aurais pas besoin de le passer, et elle m’a dit que j’aurais dû tricher, ou cacher que j’avais fait mon école en français, ce que je n’aurais pas accepté de faire».

Les frustrations s’accumulent

La frustration de Janelle Arsenault, et de sa mère, Pierrette Arsenault, est palpable et alourdit le quotidien des deux femmes.  Elles reprochent au Collège d’avoir été attentif seulement aux besoins des étudiants internationaux, alors qu’elle, étudiante native de l’Île, a été laissée à elle-même.  Plus encore, elle a l’impression que le Collège a profité d’elle, en lui demandant, lors des stages vers Charlottetown, de prendre en passant les deux étudiants internationaux qui habitaient à Summerside.  «Je l’ai fait, il fallait que jeparte plus tôt le matin, ça rallongeait ma journée, mais je l’ai fait.  À un moment, pour les stages à Prince-Ouest, le Collège m’a demandé d’aller chercher les deux étudiantes à Summerside pour les conduire à Prince-Ouest.  J’ai refusé.  Le Collège a alors payé quelqu’un pour aller chercher les étudiantes à Summerside jusqu’à Harmony Road, et on faisait le reste du trajet ensemble.  Le soir, si le “taxi “était en retard, je devais attendre.  Plus tard, j’ai appris que les étudiants internationaux qui venaientde Charlottetown à Wellington étaient payés.  Et pire que ça, les deux étudiants ou étudiantes qui faisaient le trajet comme passagers étaient aussi payés.  De mon côté, le Collège n’a jamais fait mine de me dédommager, même si j’ai rempli les formulaires qu’on m’a dit de remplir».

Examen clairement pour les étudiants internationaux

En mars 2021, environ six mois après avoir reçu son diplôme, Janelle a pu s’inscrire pour passer l’examen d’anglais.  «Je ne savais rien à propos du Isle Exam, il y avait des dizaines de sites internet qui parlaient de cet examen, je ne savais pas lequel était le bon.  J’ai demandé au Collège de m’aider mais finalement, j’ai dû tout faire moi-même.» 

Janelle a trouvé l’expérience de l’examen très stressante.  «La sécurité était pire que dans un aéroport.  Tous les étudiants venaient d’autres pays et moi, la petite Canadienne, j’ai dû renouveler mon passeport et obtenir des papiers comme une immigrante, alors que je suis Canadienne.  C’était clair que ceux qui donnaient l’examen se demandaient ce que je faisais là.  En bout de ligne, j’ai réussi des parties de l’examen mais j’en ai aussi échoué, alors je n’ai pas réussi.  Une des étudiantes internationales qui a gradué avec moi s’y est reprise à trois fois pour le réussir.  Je pourrais faire la même chose, mais je trouve que je ne devrais pas avoir à faire ce test.  Ce n’est pas normal.  Je suis Canadienne et bilingue en plus.  Lors de mes stages, je servais d’interprète entre les patients et les infirmières et médecins qui parlaient anglais avec un fort accent.»

Au bout du rouleau

La dernière année a été difficile.  Toutes les démarches faites auprès du Collège de l’Île, du Secrétariat aux affaires acadiennes et francophones, au Réseau Santé en français Î.-P.-É., auprès de l’association des infirmiers et infirmières auxiliaires n’ont donné que très peu de résultats. 

Janelle Arsenault estime avoir été lésée.  Elle a fait parvenir une copie de sa lettre de réclamation à La Voix acadienne.  «Ce que je veux, c’est éviter que d’autres étudiants aient à traverser ce que j’ai traversé.