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06 septembre 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Photo : Daniel Schludi, Unsplash

En cette veille de rentrée scolaire, le variant Delta est sur toutes les lèvres. Il préoccupe les scientifiques et suscite des craintes chez les plus jeunes. Mais que sait-on de cette mutation du coronavirus qui pourrait mettre à rude épreuve les stratégies vaccinales contre la COVID-19? Décryptage. 

Détecté pour la première fois en Inde en octobre 2020, le variant Delta est redouté pour sa plus grande contagiosité et transmissibilité. Classé «préoccupant» par l’Organisation mondiale de la santé, il est susceptible de dégrader la situation épidémiologique. Ce variant est désormais présent à l’Île-du-Prince-Édouard. Selon la docteure Heather Morrison, sur les 17 cas de COVID-19 annoncés en août, 12 étaient dus au variant. Mais qui est Delta et faut-il s’en inquiéter? 

Pourquoi le variant Delta fait-il reculer le seuil de l’immunité collective ?

Nettement plus transmissible que les variants précédents, le variant Delta, devenu prédominant, augmente la proportion de la population à vacciner pour atteindre l’immunité collective (ou de groupe). L’immunité collective désigne un phénomène permettant la protection des personnes non immunisées lorsqu’une certaine proportion de la population est protégée soit par infection naturelle, soit par la vaccination. Toutes deux entraînent en effet une réponse immunitaire et la production d’anticorps.

L’immunité collective se calcule également avec le R0, ce fameux chiffre qui représente le nombre de contaminations secondaires qu’une personne peut entraîner. Avec un R0 de 2 par exemple, chaque malade contamine en moyenne deux personnes. Plus le R0 est élevé, plus le pourcentage de personnes immunisées doit être élevé pour faire baisser l’incidence du virus.

Pour la COVID-19, au début de l’épidémie, avec un R0 de 3, on pouvait espérer atteindre l’immunité collective avec 66 % de la population immunisée. Mais le variant Delta a un R0 autour de 6. Cela augmente le taux d’immunisation requis à plus de 83 %. Autrement dit, il faut que plus de 80 % de la population soit vaccinée pour atteindre l’immunité de groupe, d’autant que Delta échappe en partie à l’immunité naturelle développée par les personnes qui ont déjà eu la COVID-19. À l’Île, en date du 26 août, 79,6 % de la population admissible était entièrement vaccinée et l’objectif est de 80 % d’ici fin août.

Les données sur le variant Delta montrent que si le vaccin protège contre les formes graves et la mortalité, il ne sera pas suffisant pour enrayer la circulation du nouveau coronavirus dans la population. Dans une prépublication postée le 9 août sur le portail MedRxiv, des chercheurs proposent la première estimation comparative et chiffrée de l’efficience des deux vaccins à ARN messager. 

Ces données suggèrent le maintien d’un haut niveau de protection, supérieur à 75 %, contre les formes graves de la maladie, face au Delta. Mais la protection contre l’infection – symptomatique ou non – chute devant le variant apparu en Inde et descend jusqu’à peine plus de 40 % pour le Pfizer. Le Moderna conserve quant à lui un haut niveau de protection. Ainsi, la perspective d’atteindre rapidement l’immunité de groupe grâce à la seule vaccination s’éloigne. 

Faut-il vacciner,toujours vacciner ?

Tous les experts s’accordent sur le fait qu’une vaccination la plus large possible reste indispensable pour lutter contre le virus. Si les vaccins ne bloquent pas entièrement la transmission du virus, les personnes vaccinées et infectées le transmettent moins, leur charge virale et leur durée d’incubation étant moindres. Les gens non vaccinés bénéficient malgré tout de la vaccination des autres. C’est aussi le cas des sujets immunodéprimés, que la vaccination ne protège pas, ou peu. 

Ainsi, plus le nombre de personnes immunisées est grand, moins les vagues, même sans mesure de protection, sont hautes. Et surtout, la vaccination reste le meilleur moyen d’éviter l’hospitalisation et de mourir de la COVID-19. 

Mais pour atteindre plus de 80 % de couverture vaccinale de l’ensemble de la population, vacciner 100 % des plus de 12 ans ne suffira pas. C’est pourquoi la question de la vaccination des enfants va se poser avec force. Des études cliniques sont actuellement en cours pour déterminer si ces vaccins sont efficaces et sûrs pour les 5-12 ans, mais aussi combien de doses seront nécessaires pour les protéger. Les résultats sont attendus avant fin 2021 pour les vaccins de Pfizer et Moderna.

Peut-on espérer l’éradication du virus?

Pour beaucoup de scientifiques, l’éradication du virus semble hors de portée, il faudra vivre avec. Il est en effet difficile d’éliminer des maladies virales. Pour l’heure, la couverture vaccinale à grande échelle n’a permis d’éradiquer qu’une seule infection dans l’histoire, celle de la variole. Une étude, parue dans la revue scientifique Nature, début juillet, extrapole trois scénarios de fin de pandémie, et aucun d’eux ne postule la disparition de ce coronavirus. 

Le meilleur scénario implique la mutation naturelle du virus en un variant aux effets limités sur la santé, plus faibles que ceux de la grippe commune. Le pire scénario suppose que la pandémie demeure longtemps non maîtrisée. Le scénario le plus probable repose sur la rétrogradation de la pandémie en épidémie. Cette transition implique la distribution de masse de traitements efficaces pour prévenir la progression de la maladie. Les conséquences de la COVID-19 deviendraient alors semblables à celles de la grippe. 

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