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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 22 septembre 2020

- Par Jacinthe Laforest

À Charlottetown, John A. MacDonald n’est pas sur un piédestal, mais est présenté comme un gars qui voudrait jaser avec quelqu’un.  Malgré cela, il a subi des dommages à deux reprises.  Cette photo a été prise le 28 août, presque en même temps que les événements de Montréal.  Le 8 septembre, il a été vandalisé.  (Photo : J.L.)

 

En plein dans le courant mondial de déboulonnage et de décapitation des statues de personnages historiques, le directeur général de Musée et Fondation du patrimoine de l’Île-du-Prince-Édouard, Matthew McRae, a abordé la question devant les membres de l’Association du Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard, le 15 septembre, en tant que conférencier.

 

D’entrée de jeu, il a offert plusieurs affirmations très pertinentes :

1. Les statues et les monuments ne sont pas l’histoire.  Ils sont un effort pour se souvenir du passé d’une manière particulière;

2. Les monuments nous en disent plus sur les gens qui les ont érigés que sur l’histoire qu’ils commémorent;

3. Les batailles autour des monuments ne sont pas nouvelles au Canada et;

4. La mémoire collective change à chaque génération.

 

Ses propos tombaient très bien, car il y a peu de temps, le monument de John A. MacDonald à Charlottetown, le seul qui avait survécu à la purge discrète des monuments «récents» dans le vieux Charlottetown, a été de nouveau vandalisé plus tôt en septembre.   Plutôt que de l’arroser de peinture rouge, cette fois les vandales ont renversé le banc, et le monument, se trouvant à l’entrée de Victoria Row.  Remis en place, une ecchymose à la tête, il a connu un sort beaucoup moins funeste que son homologue de Montréal qui, quelques jours auparavant, avait été décapité, après avoir été renversé de son socle. 

 

Le fait de vandaliser une statue ne change rien à l’histoire.  Tout au plus, cela peut attirer l’attention sur le fait que l’histoire a souvent été racontée par les conquérants, qui se présentent en héros. 

 

Partout au pays, et depuis longtemps, des monuments sont vandalisés, dénoncés, etc.  D’autres sont défaits, refaits, ou deviennent des ruines.  Matthew McRae a aussi mentionné que dans certaines régions, des peuples réprimés par lesdits conquérants, les métis de l’ouest du Canada en particulier, s’étaient réapproprié des monuments pour y faire des célébrations de leur culture, encore vivante, malgré les efforts des conquérants. 

 

«Je n’ai pas de réponses, et ce n’est pas ma place de dire ce qui doit être fait avec les monuments», a-t-il répondu à une question directe.  Cependant, il a dit souhaiter que les gens en parlent, qu’un dialogue s’installe pour trouver comment utiliser ces monuments pour présenter un portrait moins conquérant de l’histoire. 

 

À Montréal, la statue de John A. MacDonald a été jetée par terre et sa tête s’est détachée de son corps, comme dans une décapitation.  Matthew McRae a utilisé cette image dans sa présentation. 

 

Matthew McRae, directeur général de Musée et Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É.  (Photo : JL)

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