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Le 28 novembre 2019

- Par Jacinthe Laforest

Dre Monica McNeill veut rassurer ses patients : «Je ne suis pas au bord de la retraite et je serais restée à Wellington... Je suis attachée aux gens que je côtoie depuis 40 ans». 

 

Dre Monica McNeill, qui fait des heures de bureau à Wellington depuis environ 40 ans, s’est trouvée au cœur d’une controverse il y a quelques semaines lorsque les dirigeants du foyer de soins communautaire, Le Chez-Nous, ont affirmé qu’elle était au bord de la retraite et qu’elle allait, d’ici quelque temps, arrêter de venir à Wellington.  Les dirigeants du Chez-Nous expliquaient alors que dans ces circonstances, ils allaient reprendre possession de l’espace qu’ils mettaient gratuitement à la disposition de la Dre McNeill.  La date officielle de reprise de possession était le 20 novembre.

 

La Dre Monica McNeill s’est trouvée surprise et déçue que des rumeurs circulent à son endroit.  «Mes patients sont inquiets d’entendre que je prends ma retraite alors que ce n’est pas vrai.  À l’heure actuelle, mes plans sont de continuer de travailler deux ou trois ans, puis de donner au gouvernement encore deux ans pour me trouver un remplaçant, qui pourra reprendre mes dossiers.  J’aurai alors 70 ans.  Et je pense que même si on n’a trouvé personne pour me remplacer, je vais alors prendre ma retraite tout de même», a indiqué Dre McNeill. 

 

Dre McNeill affirme que si le centre médical de Wellington était resté ouvert, elle aurait maintenu ses heures de bureau à Wellington cinq années de plus. 

 

«Je suis attachée à Wellington.  Mon mari est un Gallant de Wellington.  J’y ai des parents.  J’ai mis au monde de nombreux enfants qui ont aujourd’hui 15 ou 20 ou même 30 ans.  J’y vois des patients depuis environ 40 ans, et je me sens une obligation envers mes patients», dit la médecin. 

 

Depuis 40 ans

 

Dre Monica McNeill tient un bureau à Wellington depuis ses premières années de pratique.  «J’ai pris la relève du Dr Cole, qui m’a transmis ses dossiers.  Au début, mon bureau était en haut du centre de santé puis les infirmières de santé publique se sont installées dans cet espace et mon bureau s’est trouvé au sous-sol, à côté du bureau du dentiste, Dr Brunet.  Pendant les quelque 40 ans que j’ai passés à Wellington, j’ai pris deux congés de maternité et j’avais un remplaçant qui venait à Wellington à ma place».

 

Outre ces interruptions dans son service à Wellington, Dre Monica McNeill a interrompu sa pratique à une autre occasion, lorsque la coopérative du centre de santé a recruté le Dr Bryan Harnois, un médecin francophone, dont on espérait, à ce moment-là, qu’il reste à Wellington à plein temps. 

 

Dre Monica ne se souvient pas exactement qui est venu lui dire que ce serait préférable qu’elle ne revienne pas à Wellington, pour ne pas «faire compétition» à la pratique du Dr Harnois. 

 

«Finalement, mes patients ont demandé à ce que je revienne.  Une délégation du village est allée rencontrer mon mari pour qu’il me convainque de reprendre ma pratique à Wellington, et j’ai accepté.  Donc, le récent événement est pour moi la seconde fois que je me fais mettre à la porte.  Et je précise aussi que pour ce récent événement, ils ne m’ont pas vraiment mise à la porte.  Je comprends que le Chez-Nous est propriétaire de l’espace, qu’ils vont avoir un gros emprunt à rembourser et que l’espace que j’occupe ne leur rapporte rien.  Je comprends cela complètement, et je n’étais nullement fâchée de la décision du Chez-Nous.  Maintenant, je suis un peu plus fâchée à cause des faussetés qui sont dites à mon sujet.  Et j’ai aussi entendu d’autres rumeurs désobligeantes à mon égard, ce qui me dérange aussi», avoue la médecin. 

 

Bureau gratuit : une tradition

 

Dre Monica McNeill confirme que l’espace dont elle dispose à Wellington ne lui coûte rien et ne coûte rien au centre médical de Summerside non plus, sauf pour l’équipement d’examens qui appartient au centre médical de Summerside. 

 

Selon elle, il est courant que des municipalités ou des organismes mettent gratuitement un bureau ou un espace à la disposition d’un médecin.  «Je peux me tromper, mais je pense qu’à Wellington, aucun médecin n’a jamais payé de loyer.  Je crois aussi savoir que lorsqu’il y avait un médecin au Superstore, il ne payait pas de loyer.  C’est une pratique courante pour inciter les médecins à s’établir.  Avoir un médecin dans une communauté, c’est bon pour tout le monde», affirme Dre McNeill.

 

La médecin avoue qu’elle a eu vent de la possibilité d’une fermeture pour la première fois au printemps 2019.  «Edgar ne m’en a pas parlé directement, mais il en avait touché un mot à ma réceptionniste et il avait aussi rencontré la directrice du Centre médical où je travaille, pour la mettre au courant de cette possibilité.  Puis plus rien.  Au début de l’automne, ma réceptionniste dit avoir rencontré Edgar Arsenault (le directeur du Chez-Nous) à quelques reprises et lui a demandé chaque fois si le bureau allait fermer.  Il ne semblait pas savoir.  Et puisque nous n’entendions rien, et que, comme je le disais tout à l’heure, un bureau de médecin est bon pour tout le monde, j’ai cru que mon bureau resterait ouvert.  Je pense que c’est pour ça qu’on a ressenti un choc lorsque le 20 octobre, Edgar est venu dire à ma directrice que le bureau allait fermer.  Ma directrice a demandé un mois de préavis, ce qui nous a menés au 20 novembre.», dit Dre McNeill. 

 

Un autre local à Wellington?

 

Dre McNeill a commencé à venir à Wellington bien avant que le Chez-Nous ne soit construit, et lorsque les résidents s’y sont installés, elle les a presque tous intégrés dans sa pratique.  «Au fil des années, je n’ai plus systématiquement adopté tous les résidents.  Ceux qui avaient déjà des médecins de famille les ont conservés.  À ce moment-ci, j’ai de 10 à 12 patients qui résident au Chez-Nous.  C’est pratique d’être sur place.  D’habitude, j’arrive à Wellington vers 13 heures et je fais ma ronde au Chez-Nous.  Selon le nombre de patients, ça peut me prendre d’une heure à une heure et demie.  Et le reste de la journée, je reçois des patients à mon bureau, jusqu’à 18 heures environ», explique la médecin.  Elle avoue d’emblée que sa journée à Wellington est la plus longue de sa semaine. 

 

Dans le passé, la possibilité d’ouvrir un cabinet de médecin ailleurs à Wellington a été évoquée et Dre McNeill avoue que si son bureau n’avait pas été si près de l’institution, il y a de fortes chances qu’elle n’aurait pas fait ses rondes au Chez-Nous.  «Il faut déjà que je passe du temps sur la route, du temps pendant lequel je pourrais voir des patients.  Si, en plus je devais me déplacer entre mon bureau et le Chez-Nous, ça ne serait pas efficace pour moi.  Vous comprendrez que ça aurait été plus efficace pour moi de ne pas aller à Wellington, surtout lorsque j’étais payée au nombre de patients que je voyais.  Maintenant que je suis à salaire, c’est moins mauvais, mais pendant que je suis à Wellington, mon bureau ici est inoccupé et ne rapporte rien à mon employeur», soutient Dre McNeill. 

 

Nouveaux développements

 

Le déménagement du bureau aurait dû commencer dès le jeudi 21 novembre.  Cependant, cette tâche a été mise en suspens, car le bureau de direction du Chez-Nous doit tenir une réunion d’urgence le jeudi 28 novembre.  Informée decette réunion, Dre McNeill comprend que la décision de fermer son bureau pourrait être infirmée.  «Si c’était le cas, je ne crois pas que je serais encline à retourner, pour tout ce que j’ai expliqué plus tôt, mais aussi, à cause d’où je suis rendue dans ma vie.  J’ai 65 ans, et c’est vrai que j’ai réduit mes heures de travail.  J’ai des responsabilités familiales que je n’avais pas il y a seulement quelques années.  Et bien que je vais continuer à aller voir mes patients mourants, et à visiter mes patients au Chez-Nous quelques fois par année, je ne crois pas que je vais à nouveau avoir des heures de bureau».

 

Le gouvernement provincial et Santé Î.-P.-É. auraient, selon Dre McNeill, fait des démarches pour convaincre un autre médecin de faire des heures à Wellington.  Lorsque le centre médical sera fermé, ce sera plus dur de recruter un médecin. 

 

Dans toute cette aventure, Dre McNeill se reproche une chose.  «J’aurais dû, dès le printemps dernier, communiquer avec Santé Î.-P.-É et le gouvernement pour voir s’ils auraient pu faire quelque chose, peut-être même payer un loyer…  Je ne sais pas…», avoue la médecin. 

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