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Le 13 novembre 2019

- Par Jacinthe Laforest

Rose-Lune Goulet poursuit la Commission scolaire de langue française au nom de son fils.  Elle dit que son fils était victime d’intimidation dans la cours de l’École François-Buote longtemps avant l’épisode au cours duquel il a eu le fémur fracturé en mars 2018. (Photo : J.L.)

 

Le 13 mars 2018, Kayson, alors en 6e année, a eu le fémur cassé alors qu’il était dans la cour de récréation de l’École François-Buote.  Une enquête s’est révélée non concluante et surtout, aucune accusation n’a été portée étant donné l’âge des personnes en cause et l’absence de lois entourant l’intimidation à l’Île-du-Prince-Édouard.  Un an et demi plus tard, la mère de Kayson, Rose-Lune Goulet, poursuit La Commission scolaire de langue française (CSLF). 

 

«C’est mon dernier recours.  Si j’avais eu des réponses à mes plaintes à l’école et à la CSLF concernant l’intimidation dont mon fils était victime, je ne serais pas en train de poursuivre parce que peut-être que l’incident où mon fils a eu le fémur cassé ne se serait pas produit», affirme Rose-Lune Goulet, déterminée à faire changer les choses. 

 

Elle affirme que pendant trois ans avant l’incident, elle a envoyé des courriels, elle a téléphoné, elle a fait des démarches pour que l’école intervienne et mette fin aux actions des intimidateurs, sans résultat. 

 

«Je poursuis pour négligen-ce grave, parce que l’école était au courant de tout et n’a pas agi pour protéger mon fils.  C’est de la négligence grave.  Et si l’os avait perforé l’artère dans la cuisse (l’artère fémorale), mon fils ne serait pas ici aujourd’hui», poursuit Rose-Lune. 

 

Un processus qui pourrait durer trois ans

 

La poursuite a été déposée le 9 septembre 2019.  La CSLF (la poursuite vise aussi des membres du personnel de l’école et deux élèves) avait 30 jours pour accuser réception, ce qu’elle a fait.  Depuis, Rose-Lune et son avocat attendent la déclaration de la défense que doit produire la CSLF dans une prochaine étape.  «Cela peut prendre des mois.  L’ensemble du processus pourrait prendre trois ans», précise la maman qui est aussi une employée de la CSLF. 

 

«Je poursuis mon employeur.  Ça me met dans une situation délicate parce que j’aime mon travail et je ne veux pas le perdre.  Et je sais aussi que la communauté francophone est tellement petite et que nos écoles sont précieuses.  Mais un enfant ne devrait pas avoir à subir ce que mon fils a subi, et subit encore, mais pas de façon aussi constante.  Si ma poursuite peut faire en sorte que les écoles prennent au sérieux tous les cas d’intimidation, et que des lois et des règlements plus stricts soient mis en place, cela aura valu la peine», dit Rose-Lune.

 

Elle ne cache pas que la poursuite réclame des dommages et intérêts pour 250 000 $ et d’autres frais non chiffrés.  «Si je gagne, c’est Kayson qui gagne.  C’est pour lui cet argent.  L’os s’est ressoudé, mais il ressent encore de la douleur, et il a encore de la difficulté à marcher droit.  Je ne sais pas de quelle sorte d’aide il aura besoin, plus tard dans sa vie, en raison de cette blessure».

 

«Je ne cherche pas la vengeance»  - Rose-Lune Goulet

 

Rose-Lune croit que l’intimidation naît où il y a un manque d’empathie, et l’école est un lieu où l’empathie manque, tout comme la société dont elle est le reflet.  Jusqu’à un certain point, elle concède qu’il y aura toujours de l’intimidation, mais elle croit aussi que les écoles ont la responsabilité d’outiller les enfants pour qu’ils puissent faire face (d’un côté), et ne pas avoir besoin de se valoriser en intimidant (de l’autre côté).  «Je ne cherche pas la vengeance.  Les intimidateurs sont eux aussi dans la détresse et l’école les laisse aussi tomber, en ne leur montrant pas comment agir», dit Rose-Lune. 

 

En disant cela, elle ne néglige nullement le rôle des parents, mais le fait est que les comportements d’intimidation sont plus à même de se produire dans un milieu où de nombreux jeunes du même âge se sentent en compétition les uns avec les autres et tentent de se démarquer par tous les moyens possibles. 

 

Le fils de Rose-Lune Goulet est aussi atteint du spectre de l’autisme.  Elle ne sait pas si c’est pour cette raison qu’il est malmené à l’école, mais elle sait qu’à cause, justement, du fait qu’il est autiste, son fils ne ment pas.  «Il dit les faits un point c’est tout», dit la mère.   

 

Rose-Lune Goulet avoue que c’est elle qui a pris contact avec le quotidien The Gardian, pour que son histoire soit connue.  «Je ne le regrette pas.  Si personne n’en parle, si l’opinion publique ne sait rien, rien ne va changer.  Aussi, j’avais besoin de sentir que j’avais le soutien des gens.  C’est difficile pour moi de faire cela.  Ça me coûte de l’argent aussi.  Je suis en train de considérer d’emprunter pour payer les frais.  Si en plus, je n’avais pas pu compter sur l’appui des gens, ça aurait été invivable», affirme la mère de famille. 

 

La Commission scolaire de langue française a dit ne pas être en mesure de faire de déclaration sur la poursuite déposée contre elle à ce moment-ci. 

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