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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 8 octobre 2019

- Par Ericka Muzzo

Hugh Segal est un ancien sénateur conservateur, l’auteur de plusieurs livres et un fervent défenseur du revenu minimum garanti.

 

L’Institut Cooper et le «PEI Working Group for a Livable Income» (WGLI) veulent faire du revenu de base garanti (RBG) un enjeu électoral.  Pour inviter les citoyens à mieux comprendre cette idée ainsi que les manières dont elle pourrait être implantée à l’Île-du-Prince-Édouard, l’Institut organisait le mercredi 2 octobre dernier un forum thématique, à Charlottetown.

 

L’invité spécial, Hugh Segal, est un ancien sénateur canadien et un fervent défenseur du RBG.  «Cela permettrait de soutenir les trois millions de Canadiens qui vivent actuellement sous le seuil de la pauvreté, dont environ 20 000 à l’Île-du-Prince-Édouard», a-t-il clamé sous les applaudissements de la petite foule réunie au Centre communautaire Murphy’s. 

 

Sortir du cercle vicieux

 

La mesure propose de permettre à ces gens de franchir l’écart qui les sépare du seuil de la pauvreté.  Pour se faire, le gouvernement fournirait le support financier nécessaire, une mesure qui remplacerait l’aide sociale.  «Les règles de l’assistance sociale découragent ses bénéficiaires à retourner sur le marché du travail, et cela les enferme dans un cercle vicieux», déplore Hugh Segal. 

 

Voyant la pauvreté comme une cause qui affecte plusieurs facettes de la vie – la santé, l’éducation, la famille, la justice, entre autres – l’ancien sénateur calcule que d’y remédier servirait non seulement les premiers concernés, mais également l’ensemble de la société. 

 

«Une mesure de revenu de base garanti, disons à 1 300 $ par mois, coûterait 78 milliards à l’État.  Si on enlève les programmes qu’elle remplace, on tombe à 43 milliards.  Et si on ôte encore les fonds que les provinces y consacrent elles-mêmes, on peut se rendre à 20 milliards, ce qui est absolument viable pour le gouvernement canadien.  Consacrer moins de 10 % du budget total à l’éradication de la pauvreté, ça le vaut», estime Hugh Segal. 

 

Les connaissances sont déjà là

 

C’était également l’avis des militants pour cette mesure rassemblés dans la salle.  Plusieurs personnes ont livré de touchants témoignages, racontant par exemple comment ils ont dû eux-mêmes aider des familles ou des personnes âgées vivant en condition de pauvreté. 

 

Plusieurs membres de l’Assemblée législative étaient aussi présents, dont les honorables Brad Trivers, Peter Bevan-Baker, Gordon McNeilly et Robert Mitchell.  Quelques candidats de la campagne fédérale se sont également joints, dont Darcie Lanthier, Sean Casey et Lynn Thiele. 

 

«L’une des questions que je reçois souvent, c’est, pourquoi utiliser l’argent public pour financer le revenu minimum garanti.  Je réponds qu’on utilise nos taxes pour financer des plans de retraite, l’éducation pour ceux qui peuvent se le permettre.  On finance des entreprises.  Pourquoi est-ce qu’on ne financerait pas les plus vulnérables de notre société?» défend encore Hugh Segal. 

 

Il affirme que cette mesure permettra à plusieurs personnes de retourner sur le marché du travail, ou encore de retourner aux études pour parfaire leur éducation, et que cela bénéficiera à toute la société.  D’ailleurs, il souligne qu’au Canada, 70 % de ceux qui se trouvent sous le seuil de la pauvreté occupent actuellement un emploi, mais que celui-ci ne leur permet pas de gagner assez d’argent pour bien vivre. 

 

L’orateur a donné plusieurs exemples de projets pilotes, notamment l’Ontario, dont le programme GAINS a permis de réduire de 32 % le taux de pauvreté chez les personnes âgées de 65 ans et plus.  «On sait déjà comment mettre en place un revenu de base garanti.  Et il faut inclure toutes les communautés dans ce processus», avance encore Hugh Segal. 

 

Aux yeux de Marie Burge, l’instigatrice du forum, les connaissances ne manquent pas autant que la volonté politique.  «La volonté des politiciens va venir de la population.  Ils font du porte-à-porte, ils ont vu la pauvreté à l’Île-du-Prince-Édouard, ils la connaissent.  Maintenant, c’est à la population de leur signifier que c’est important pour nous d’y remédier, dans notre province», a conclu celle qui œuvre à l’Institut Cooper.

 

Citoyens, élus et candidats en politique se sont rassemblés pour l’écouter discourir, et entendre les interventions de membres de la communauté.  (Photo s: E.M.) 

 

Les positions des partis politiques

Parti conservateur 

Pas de mention du revenu minimum garanti ni d’une augmentation du salaire minimum. 

Nouveau Parti démocratique

«Les néo-démocrates collaboreront avec les provinces pour lancer un projet pilote pancanadien sur le revenu de base, en plus de poursuivre le programme de l’Ontario, afin de recueillir des données sur cette manière de lutter contre la précarité du revenu.» Le NPD propose aussi la mise en place d’un salaire minimum de 15 $/h au fédéral. 

Parti libéral

Pas de mention du revenu minimum garanti.  Par contre, le PLC propose un salaire minimum fédéral de 15 $/h pour 2020, indexé à l’inflation. 

Parti vert 

«Remplacer par un nouveau programme universel de revenu minimum garanti (RMG) l’actuel éventail de mesures de soutien du revenu telles, les prestations d’invalidité, l’aide sociale et les autres suppléments du revenu à l’intention des aînés.  En s’inspirant de la Mesure du panier de consommation (MPC), le revenu minimum garanti pourrait varier selon les régions.  On pourrait passer par le Conseil des gouvernements du Canada pour négocier le revenu minimum garanti dans les différentes régions du pays.  À la différence des programmes existants de supplément du revenu, le revenu minimum garanti ne serait pas récupéré.  Ceux qui gagnent plus que le revenu total admissible rendraient le RMG par le biais de leurs impôts».

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