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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 2 octobre 2019

- Par Jacinthe Laforest

Maria Arsenault, Emily McIsaac, Abby Yeo (dont on voit le dos), Marissa Gallant, toutes les quatre de l’école Évangéline, et Erin MacDougall de l’école Westisle (dont on voit le dos).

 

La semaine mondiale d’action pour le climat (la semaine dernière) a été observée partout dans le monde de différentes façons, coïncidant, entre autres, avec le Sommet Action Climat de l’Organisation des Nations unies le 23 septembre à New York.  Le vendredi 27 septembre, des marches pour le climat étaient organisées en de nombreux endroits, notamment à Charlottetown. 

 

«Je suis venue à cette marche et ce ralliement pour manifester contre l’inaction des gouvernements dans cette crise du climat», a insisté Stella Pendergast, élève au secondaire à l’école François-Buote, qui participait à la manifestation au centre-ville de Charlottetown. 

 

À son école, certains enseignants encouragent leurs élèves à se faire entendre et à utiliser au maximum le pouvoir dont ils disposent, en tant que citoyen.  «C’est effrayant l’inaction.  C’est comme s’ils [les politiciens] ne savaient pas, mais ils savent.  Ils ne peuvent pas ne pas savoir.  Et ils continuent à prioriser la croissance économique alors que sans un climat stable, plus rien n’a d’importance», a soutenu la jeune activiste qui n’a rien à envier à Greta Thunberg, pour laquelle elle a cependant beaucoup d’admiration.  «Elle est formidable.  Elle est l’idole de bien des jeunes ces temps-ci.  Elle est intègre.  Elle ne parle pas pour être populaire, pour gagner des votes, elle parle pour la planète et on a besoin de plus de gens comme cela», dit Stella Pendergast, qui pourrait sans doute être comptée dans cette catégorie. 

 

«C’est une véritable crise.  Les scientifiques disent que si on continue à produire les mêmes quantités de Co2 chaque année sans rien changer, dans huit ans et demi, on ne sera plus capables de revenir en arrière et oui, ça m’inquiète.  J’ai tellement hâte de pouvoir voter pour élire un gouvernement qui va agir, mais j’ai peur que ce soit trop tard», ajoute la jeune activiste. 

 

Stella Pendergast de l’école François-Buote (à gauche) et son amie Jane Atkinson, ont manifesté pour convaincre de l’urgence climatique.  (Photos : J.L.)

 

Des jeunes d’une grande sagesse

 

Emily McIsaac, de l’École Évangéline, s’est rendue à la manifestation avec un groupe d’élèves, en covoiturage.  «Le gouvernement ne fait rien c’est un vrai problème.  Les grosses tempêtes nous affectent plus qu’avant, la biodiversité est menacée et si on ne fait rien, l’Île pourrait être inondée», soutient la jeune femme qui, comme ses collègues de classe présentes à la manifestation, fait des petits gestes au quotidien pour ne pas ajouter au fardeau déjà lourd que porte la planète. 

 

«J’utilise des pailles réutilisables et des bouteilles réutilisables.  Je fais ce que je peux», disent aussi Abby Yoe, Marissa Gallant et leur amie de l’école Westisle, Erin MacDougall.  Maria Arsenault et son père Albert Arsenault, faisaient aussi partie du contingent de la région Évangéline.  «Je voulais venir parce que c’est important que ça bouge», a dit Maria Arsenault, la seule qui avait ajouté un côté français à son affiche avec Alerte rouge d’un côté et SOS de l’autre côté. 

 

Stella Pendergast aussi fait les gestes quotidiens que lui dicte sa conscience environnementale.  «Mais après un bout de temps, on ne peut pas penser que nos pailles et nos bouteilles réutilisables vont suffire.  Il faut que ça vienne des gouvernements et que tout le monde travaille ensemble», dit-elle. 

 

Éviter le blâme intergénérationnel

 

Ramona Pal-Kovacs, native du Québec, travaille à l’Île-du-Prince-Édouard depuis environ un an.  Elle s’est jointe à l’organisme Extinction Rebellion en février dernier et depuis, elle milite pour que les gouvernements agissent sur la crise climatique. 

 

«Aujourd’hui, ce sont des jeunes qui ont lancé le mouvement pour cette grève à Charlottetown et nous les avons appuyés de notre mieux.  Les jeunes veulent de l’action.  On parle beaucoup d’éco anxiété ces temps-ci, et cette forme d’anxiété est causée surtout par le sentiment d’impuissance que les jeunes ressentent, surtout quand ils savent que les gouvernements ne font rien», dit la jeune militante. 

 

Ceci étant dit, les organisateurs de la grève pour le climat de vendredi avaient planifié un événement où les personnes de tous les âges étaient présentes.  «Même dans les personnes qui ont pris la parole, on a choisi des gens de tous les âges, pour ne pas tomber dans le “blâme intergénérationnel”.  La crise climatique touche tout le monde et tout le monde fait partie de la solution», dit Ramona Pal-Kovacs.   

 

Le déni n’est plus possible

 

Dans un autre secteur de la foule, estimée à 300 personnes, se tenait Marie Burge de l’Institut Cooper.  «Vous savez, nous avons commencé à parler des changements climatiques il y a plus de 20 ans.  Nous avions des programmes d’éducation, et nous nous sommes heurtés au déni total.  Par chance, les choses ont changé», a-t-elle dit, jetant un regard autour d’elle. 

 

Elle se réjouit qu’un nombre grandissant de gens veuille sauver la planète, mais elle craint que peut-être, ils soient motivés par le besoin de protéger ce qu’ils estiment être leur, comme la terre qu’ils possèdent, leurs usines, leurs ressources naturelles.  Elle rappelle aussi que la planète n’est pas brisée, comme une auto dont les freins ont lâché.  Elle a besoin qu’on prenne soin d’elle. 

 

Le rassemblement a débuté autour de Province House, puis le groupe a marché jusqu’à l’hôtel de ville de Charlottetown, où le maire, Philip Brown, s’est entretenu avec Tony Reddin, un des organisateurs.  Plus loin dans la manifestation, le cortège s’est arrêté au bureau de Sean Casey qui était discrètement présent au rassemblement initial autour de Province House, sur le coup de midi.  «Je ne sais pas si les gens remarquent ma présence, mais je suis certain qu’ils remarqueraient mon absence», a-t-il dit à ce moment là.  Finalement, un quatrième arrêt a été planifié devant les bureaux du quotidien provincial The Guardian, pour dénoncer le discours mièvre des médias

 

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