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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 5 juin 2019

- Par Ericka Muzzo

Noëlla Arsenault (au centre) a participé au symposium, où elle a notamment rencontré Gilles Saulnier de l’Association des enseignantes et des enseignants du Nouveau-Brunswick et la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly.

 

Les 27 et 28 mai dernier avait lieu à Ottawa un symposium sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO), qui a réuni près de 500 intervenants du milieu francophone.  Ce fut aussi l’occasion pour la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, d’annoncer un investissement fédéral de 16 millions pour un programme d’apprentissage du français et de l’anglais langue seconde.

 

Baptisé «Le Mauril» en l’honneur de feu Mauril Bélanger, ancien député d’Ottawa-Vanier décédé en 2016, le programme se voudra gratuit et accessible en ligne ainsi que sur application mobile pour les téléphones.  Il sera conçu et mis en œuvre par CBC/Radio-Canada, et verra le jour en 2020, peu importe le résultat des prochaines élections fédérales. 

 

«Grâce à ce programme, la population canadienne aura accès à un environnement virtuel d’apprentissage; à du matériel basé sur l’actualité canadienne; à des contenus culturels et artistiques canadiens; à des ressources éducatives afin de progresser du niveau débutant à celui d’avancé, ainsi qu’à des outils pédagogiques stimulants pour développer la compréhension et l’expression de la langue seconde», indique le communiqué de presse émis par Patrimoine canadien. 

 

Des luttes qui se répètent 

 

Outre l’annonce de 16 millions, qui a grandement monopolisé l’attention médiatique, l’objectif du symposium était surtout de brosser un portrait de la LLO, entrée en vigueur en 1969 et qui reconnaît l’anglais et le français comme langues officielles du Canada. 

 

À cet effet, Noëlla Arsenault s’est rendue jusqu’à Ottawa afin de faire part de son expérience personnelle aux participants du symposium, lors d’un atelier sur le Programme de contestation judiciaire du Canada. 

 

«Je pense que les gens ne réalisent pas forcément ce que ça a représenté, de passer à travers cette bataille judiciaire.  Je leur ai donné ma vision des impacts sur nos familles, notre entourage, notre propre santé.  Ce sont des coûts personnels qu’on ne prenait pas en compte à l’époque», explique celle qui s’est rendue jusqu’en Cour suprême pour défendre le droit aux écoles francophones.  La victoire de la cause Arsenault-Cameron, en 2000, a créé un précédent utilisé à l’échelle du pays. 

 

Elle souligne toutefois que l’éducation demeure sous l’égide du gouvernement provincial, de sorte que même la Loi sur les langues officielles ne pourra rien n’y changer.  À l’heure actuelle, la Colombie-Britannique est l’un des meilleurs exemples de cette réalité, alors que le Conseil scolaire francophone et la Fédération des parents francophones de la Colombie-Britannique s’opposent depuis 2010 au gouvernement provincial dans une méga cause sur l’éducation en français. 

 

«Je trouve cela affreux de constater qu’encore aujourd’hui, des gens sont obligés de se battre pour des droits fondamentaux comme l’éducation dans les deux langues officielles.  Qu’est-ce qui vient avant, le fait d’être bilingue ou la mise en place d’écoles pour apprendre les deux langues?» questionne Noëlla Arsenault. 

 

S’adapter aux changements

 

L’élément d’espoir à ses yeux, c’est la présence des jeunes dans le processus de modernisation de la LLO.  «Ceux qui ont parlé au symposium ont fait état de réalités très différentes de celles qu’on avait à l’époque.  Je crois que leur point de vue a été bien pris en note, et que la nouvelle Loi sur les langues officielles va être plus axée sur le long terme, afin qu’elle ne soit pas désuète dans 10 ou 15 ans», enchaîne la Prince-Édouardienne. 

L’historien Georges Arsenault, qui était également présent au symposium, espère que la Loi modernisée tiendra compte des demandes des francophones, et des nouvelles réalités du monde contemporain.  Il souligne que la Loi sur les langues officielles a eu un impact incroyable sur la francophonie canadienne au cours des 50 dernières années. 

 

«Si ça n’était pas de cette loi, je ne sais pas si on parlerait encore français à l’Île-du-Prince-Édouard.  Moi-même, je ne sais pas si j’y serais revenu», expose-t-il.  La Loi a permis aux organismes francophones de profiter de subventions, mais a également joué un grand rôle dans l’attitude des Prince-Édouardiens à l’égard du français.  «Un événement comme celui-ci nous ouvre les yeux sur les réalités d’autres communautés à travers le Canada, des expériences parfois similaires aux nôtres», enchaîne l’historien. 

 

Le symposium de deux jours à Ottawa s’inscrit dans le processus de modernisation de la LLO, annoncé en juin 2018.  Plus récemment, des tables rondes et des forums ont eu lieu dans 17 villes d’un bout à l’autre du Canada, afin de consulter les communautés francophones sur leurs besoins.

 

Rapporter le savoir dans les communautés

 

«J’ai beaucoup aimé le symposium, j’ai appris des choses et rencontré des gens qui se battent pour le français.  Mais ce sont tous déjà des convaincus.  Ce qu’il faut désormais, c’est rapporter le savoir chez nous et reprendre le travail en allant plus loin», estime Noëlla Arsenault. 

 

Elle a d’ailleurs développé un petit truc pour sensibiliser à la cause francophone : «Plutôt que de dire que je suis bilingue, je dis que je parle les deux langues officielles du pays.  Plus les gens l’entendent, plus ils l’acceptent.  C’est un petit geste qui peut influencer les mentalités à long terme».

 

Cela signifie toutefois que la charge de travail revient systématiquement à la communauté francophone.  Noëlla Arsenault ne se laisse pas démonter par cette réalité, et estime que l’éducation est le premier pas vers l’acceptation.  «On ne veut rien enlever aux communautés anglophones, mais on a droit aux mêmes choses, dans tous les domaines.  Nos demandes en effrayent certains, mais ils ont peur parce qu’ils ne comprennent pas forcément.  Pour les rassurer, il faut en parler», conclut Noëlla Arsenault. 

 

Des activités sur la modernisation de la LLO continueront d’avoir lieu dans les mois à venir.  Le processus devrait aboutir en 2020, une prédiction qui pourrait être bousculée par le résultat des élections fédérales, prévues pour le 21 octobre 2019. 

 

Étaient notamment présents au symposium la présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne-française, Sue Duguay; le coordonnateur de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique Christian Deron; le président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes, Jean Johnson; le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge; le député conservateur Alupa Clarke; le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin; et le président du «Quebec Community Groups Network», Geoffrey Chambers.  (Photos : Twitter) 

 

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