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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 18 avril 2019
- Par Ericka Muzzo 


À l’occasion de la campagne électorale 2019, La Voix acadienne a obtenu des entrevues exclusives avec les chefs de partis.  Nous avons posé à chacun les mêmes questions, et vous transmettons ici leurs réponses.  Il est à noter que les entrevues se sont toutes déroulées en anglais par souci d’égalité, que les propos sont traduits librement et que les réponses ont été éditées pour correspondre au format.

Q : Comment comptez-vous augmenter l’offre de services en français, et planifiez-vous de désigner davantage de services, comme les centres d’Accès Î.-P.-É. autres que Wellington?

Peter Bevan-Baker : Nous nous engageons à mettre en place une initiative pour encourager l’offre proactive de services en français, même chez les services non désignés, comme les centres d’Accès Î.-P.-É. autres que Wellington.  Dans un deuxième temps, nous voulons augmenter le nombre de services désignés, mais en fonction des besoins identifiés par la communauté, en consultations par exemple. 

Joe Byrne : D’abord, j’estime que les membres de l’Assemblée législative ont un devoir moral de pouvoir communiquer en français.  Ensuite, le cheminement compte autant que la destination, et je crois qu’il faut choisir des cibles, que ce soit les centres d’Accès Î.-P.-É. ou autres, commencer à désigner plus de services, et encourager les employés à apprendre une deuxième langue, comme le français.

Wade MacLauchlan : Oui, nous avons récemment désigné de nouveaux services et je crois qu’il faut continuer dans cette voie, en collaboration avec le comité consultatif de la communauté acadienne et francophone (CAF).  En parallèle, nous encourageons toujours les employés de services publics à étudier le français.  Le nombre d’employés bilingue est en hausse de manière impressionnante. 

Q : Quelle est votre position sur les demandes d’augmentation salariale dans le secteur de la petite enfance?

Peter Bevan-Baker : Nous sommes conscients des obstacles, qui ne sont pas seulement le salaire.  Notre plateforme contient 3,5 millions pour augmenter le salaire des éducatrices à parité avec les assistantes en éducation, en deux ans.  Nous savons que les listes d’attente sont longues pour les places en CPE francophones, et qu’il faut aussi miser sur le recrutement et la rétention des éducatrices. 

Joe Byrne : Ça aurait dû être fait depuis longtemps.  Nous nous engageons à une hausse immédiate de 7 $/heure pour les éducatrices.  Il faut que ce travail soit vu comme une carrière à long terme, pas juste «en attendant» un emploi plus payant, et cela demande un salaire équitable. 

Wade MacLauchlan : Nous avons récemment augmenté les salaires des éducatrices, et nous continuerons à investir dans ce secteur, et à mettre l’accent sur le recrutement.  Nous proposons également 300 nouvelles places dans les CPE de l’Île.

Q : Comment comptez-vous recruter davantage d’enseignants et de travailleurs francophones? (bilingues)

Peter Bevan-Baker : Le problème est similaire, la demande est partout à l’Île.  Il y a des mesures que notre gouvernement devrait prendre pour reconnaître le français comme compétence particulière, et le récompenser adéquatement.  Ça pourrait être un engagement budgétaire, mais je n’ai pas encore d’idée de la forme précise que cela prendrait. 

Joe Byrne : On doit s’assurer d’offrir des conditions compétitives.  C’est aussi de regarder en avant pour se préparer à recruter le nombre d’enseignants grandissant dont nous aurons besoin dans les années à venir.  C’est un bon signe que davantage de parents inscrivent leurs enfants aux programmes francophones et d’immersion.  Et à travers la province, nous devons encourager les employés à s’adapter.  En 2019, cela passe aussi par l’apprentissage d’une nouvelle langue. 

Wade MacLauchlan : C’est un défi, mais un beau défi.  L’Î.-P.-É. a un taux très élevé de participation aux programmes d’immersion, nous mettons l’accent là-dessus depuis plus de 10 ans.  C’est une combinaison de recrutement, de développement et de valorisation des programmes chez les étudiants.  Nous continuerons aussi de subventionner l’apprentissage du français pour nos employés. 

Q : Que pensez-vous des mouvements francophobes vus récemment en Ontario et au Nouveau-Brunswick, et comment comptez-vous éviter qu’ils se propagent à l’Île-du-Prince-Édouard?

Peter Bevan-Baker : La société est rapide à ériger des barrières, mais nos différences ne doivent pas nous diviser.  Ces mouvements m’horrifient, comme toute forme de discrimination.  Y remédier passe par la reconnaissance que nous sommes tous connectés, et l’Île est propice à cela parce que nous avons une grande forme d’intimité.  La nature de notre province nous protège, d’une certaine manière, mais nous devons tous agir contre la discrimination. 

Joe Byrne : Ils sont basés sur l’incompréhension et la peur, et je ne soutiens pas cela.  Je crois qu’il faut confronter les mouvements d’intolérance, qui ne sont pas acceptables.  Nous sommes une société multiculturelle où la haine n’a pas sa place. 

Wade MacLauchlan : L’Î.-P.-É. offre un message d’inclusion, où la diversité est un avantage.  La culture acadienne et francophone fait partie de notre héritage, nous la promouvons.  Le CMA sera d’ailleurs une opportunité pour que tous puissent la vivre et en profiter. 

Q : La rénovation ou la reconstruction de l’école Évangéline serait-elle dans votre prochain budget?

Peter Bevan-Baker : J’ai rencontré des représentants de l’école le mois dernier, et je suis bien au courant de cet enjeu.  Le bâtiment actuel ne répond pas aux besoins, qui sont plus qu’une école, une vraie vision d’un centre communautaire.  Nous attendrons les résultats de l’étude encours pour savoir si une partie est récupérable, et la CAF fera part de ses priorités, que le Parti vert soutiendra.  Il est trop tôt pour se prononcer.

Joe Byrne : La construction d’une nouvelle école est dans notre plateforme.  Je l’ai visitée il y a quelques semaines, le laboratoire de chimie est encore le même depuis des décennies.  Certaines parties peuvent être encore viables, mais le bâtiment n’est pas approprié pour l’école, le centre communautaire ou le CPE.  Nous laisserons les ingénieurs et architectes déterminer ce qui doit être fait, et qui aurait dû être fait depuis longtemps. 

Wade MacLauchlan : Nous sommes en discussions actives avec les représentants de l’école.  C’est l’une des priorités dans le plan budgétaire de la commission scolaire.  Nous le reconnaissons, et nous supportons la communauté. 

Q : Quelle est votre position sur le référendum?

Peter Bevan-Baker : Je suis personnellement en faveur.  Notre système de vote est en place depuis 150 ans, il est normal de procéder à des ajustements.  Un système proportionnel serait plus équitable et représenterait davantage le vote populaire.  En ce moment, c’est très inégal, et on doit apprendre à mieux fonctionner en collaboration. 

Joe Byrne : Je suis en faveur.  On ne doit pas craindre le changement.  Le système actuel favorise un gouvernement majoritaire, qui n’a pas la majorité du vote, et cela donne lieu à des situations comme celle de l’école Évangéline.  C’est un seul point de vue qui prend les décisions.  Un système proportionnel assurera plusieurs points de vue, et les communautés auront une manière d’être mieuxentendues. 

Wade MacLauchlan : Je crois que la question est claire, et que c’est un choix personnel pour chacun.  Nous nous engageons à respecter l’issue du vote. 

Q : D’après vous, pourquoi est-il important de supporter la communauté acadienne et francophone (CAF)?

Peter Bevan-Baker : Des communautés fortes sont synonymes de diversité.  La CAF a toujours été importante historiquement, et il faut qu’elle le demeure par le support de ses aspects particuliers.  Sa présence ajoute de la saveur à la culture de l’Île.  C’est une culture prcieuse et distincte en soi qui est aussi une partie d’un tout.

Joe Byrne : La CAF a collaboré à la fondation de la province, et nous avons l’obligation de reconnaître cela.  Ce mélange de langues et de cultures, avec les Premières Nations, fait partie de nous.  Chacun doit pouvoir s’engager dans la société, la politique, l’économie, d’une manière qui reflète sa langue, le gouvernement doit permettre ça.  Cela nous rend plus inclusifs et plus forts et contribue à des politiques qui reflètent tout le monde, et pas seulement la majorité.

Wade MacLauchlan : Cela fait partie de ce que nous sommes, au cœur de notre identité.  La  communauté acadienne et francophone est là depuis longtemps et elle est imbriquée dans l’Î.-P.-É., avec une grande part d’héritage.  C’est important de la mettre en valeur et aussi de la voir comme un atout pour la province, comme une partie de sa structure. 

Joe Byrne, chef du Nouveau Parti démocratique.  (Photo : Gracieuseté)




Peter Bevan-Baker, chef du Parti vert.  (Photo : Archives)




Wade MacLauchlan, chef du Parti libéral.  (Photo : Gracieuseté)




Le chef du Parti progressiste-conservateur, Dennis King, n’a pas accédé à nos demandes d’entrevues répétées. C’est donc malgré nous que son point de vue n’est pas présenté dans cette article.  (Photo : Archives)

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