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21 février 2019

Le 21 février 2019
- Par Ericka Muzzo

Le nouveau propriétaire Bernard Richard (à gauche) et Gilles Haché se sont serré la main à la suite de la signature du contrat, en début février. (Photo : Gracieuseté)

Dernier bastion médiatique indépendant des Néo-Brunswickois francophones, Le Moniteur acadien pourrait bien être ouvert pour un autre 150 ans. L’hebdomadaire a trouvé preneur dans les mains de Bernard Richard, un avocat de carrière qui a également été directeur de la Société nationale de l’Acadie de 1980 à 1984.

«Ça fait chaud au cœur de savoir que le journal est entre bonnes mains, je vais avoir une retraite plus paisible. Après 152 ans, ça aurait été une tache à mon dossier qu’il ferme alors que j’étais propriétaire», affirme Gilles Haché, qui a dirigé Le Moniteur acadien durant 22 ans. Il tentait depuis un bon moment de trouver une relève pour le journal, dont les bureaux sont actuellement situés dans son logement de Shédiac. S’il n’avait trouvé personne d’ici le 3 avril, date de son retour de Floride, ç’aurait bel et bien été la fin.

Dans cette optique, Bernard Richard est un peu arrivé comme un sauveur. «C’est un journal très présent dans la communauté, très apprécié. Il y a même un groupe qui s’est formé pour prier chaque semaine que le journal trouve preneur. Il faut croire que ça a marché», blague le nouveau propriétaire, conscient de l’importance de ce média pour la communauté acadienne du Sud-Est. Né à Toronto, mais rapidement déménagé à Cap-Pelé avec ses parents, il se définit entre autres comme un «militant pour l’Acadie», et se dit très impliqué dans la cause francophone.

Pas de tout repos

Le nouveau propriétaire est conscient qu’en s’embarquant dans cette aventure, il s’apprête à voguer sur une mer plutôt houleuse. «Un des premiers défis sera de stabiliser les finances, de créer une bonne fondation pour s’assurer que le journal perdure. Ensuite, il y aura possibilité d’innover, de moderniser grâce aux réseaux sociaux, tout en respectant le caractère local et la publication papier hebdomadaire», estime Bernard Richard.

L’ancien ministre de la Justice et de l’Éducation du Nouveau-Brunswick affirme ne pas vouloir faire compétition au quotidien l’Acadie Nouvelle, le mandat du Moniteur Acadien étant plus local. C’était également la vision de Gilles Haché, qui estime qu’un quotidien doit s’occuper de faire rayonner la province au complet, alors que l’hebdomadaire a le temps de se pencher sur les nouvelles de la communauté. «J’ai toujours voulu faire un journal positif, c’était très rare qu’on publie des nouvelles négatives. Les gens font de bonnes choses, et c’est rare qu’on les montre, donc moi je voulais montrer la communauté», explique celui qui était à la barre du Moniteur acadien depuis le 28 janvier 1997.

Le journal a été fondé en 1867, la même année que la Confédération, et a connu des hauts et des bas. Il a fermé de manière temporaire à quelques reprises, mais a toujours su revivre de ses cendres. Il est publié chaque semaine depuis 1989, sauf exception peut-être pour les Fêtes, rapporte Gilles Haché.

«Pas le temps de fermer»

Les deux hommes s’entendent sur une chose, le moment aurait été très mal choisi pour le journal de fermer ses portes. Avec les remous vécus par la communauté francophone en Ontario très récemment, et la dynamique actuelle «anti-bilinguisme» que plusieurs dénoncent au Nouveau-Brunswick, les médias sont plus importants que jamais. «On ne peut pas perdre cet outil», avance tout simplement Bernard Richard.

Le journal aura toutefois besoin de toute la communauté pour continuer d’avancer. Que ce soit par la participation aux pages, par l’achat de publicité par les entreprises locales ou en s’abonnant, tous peuvent participer à assurer la pérennité du Moniteur Acadien. «Ce ne sont pas des temps faciles pour les petits journaux, ou même tous les journaux. Avec les médias sociaux, ça n’est pas évident, mais on fait une tentative pour sauver celui-ci», explique Bernard Richard. L’équipe du journal restera intacte, même si les bureaux seront sans doute déplacés à Cap-Pelé. Le nouveau propriétaire se réjouit de la venue d’un nouvel illustrateur dès cette semaine.

«Le monde change, les gens déménagent un peu partout, mais continuent de vouloir des nouvelles de chez eux. On va s’efforcer d’améliorer la version digitale pour permettre ça, mais on va prendre le temps de faire les choses comme il faut, il n’y a pas d’urgence», philosophe Bernard Richard du haut de ses 67 ans. Le Moniteur acadien semble avoir trouvé l’ange gardien qui lui assure d’avoir encore de belles années devant lui.