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14 février 2019
14 février 2019
- Par Ericka Muzzo

Le maire de Charlottetown, Philip Brown (à gauche), et la lieutenante-gouverneure Antoinette Perry (4e à droite) ont prononcé des discours d'ouverture, introduits par la membre de l'Institut Cooper Ann Wheatley (à droite). 

Une variété d’intervenantes et d’intervenants se sont succédé mercredi dernier à l’occasion du panel «Ensemble vers l’égalité : Efforts locaux et globaux pour atteindre les objectifs de développement durable», organisé dans le cadre de la Semaine de développement international (SDI). Par leurs différentes lentilles sur la situation des femmes, ces experts ont brossé un portrait des actions en cours à l’Î.-P.-É., mais aussi ailleurs au Canada et outre-mer, pour améliorer la situation de toutes les femmes.

Plusieurs dizaines de spectateurs se sont relayées toute la journée pour assister aux onze prises de paroles, un mélange de points de vue du communautaire et de l’académique. Prenant place dans l’atrium du Collège vétérinaire de l’Atlantique de l’Université de l’Î.-P.-É., le panel visait entre autres à engager la jeunesse prince-édouardienne sur les enjeux discutés, et à encourager la prise d’initiatives.

Cette 29e édition de la SDI ayant pour thème «Ensemble pour l’égalité des genres», il était évident pour l’organisatrice de l’événement, Selvi Roy, que l’accent serait mis sur les projets innovateurs en matière de défense des droits des femmes. «L’Île-du-Prince-Édouard bouge dans la bonne direction, les femmes prennent position et peuvent s’exprimer librement. Mais il y a encore beaucoup à faire, et c’est un environnement propice pour avancer», estime celle qui est aussi coordonnatrice provinciale à l’Î.-P.-É pour le Conseil atlantique pour la coopération internationale (CACI).

Trop peu de femmes aux postes de pouvoir

L’un des principaux constats de Selvi Roy est qu’il faudrait encore davantage de femmes au gouvernement et dans les postes décisionnels, ainsi que dans les métiers non traditionnels. «Il y a des programmes spécifiques, mais ça n’est pas suffisant. Ça prend un changement systémique pour que les femmes entrent dans ces communautés, brisent le plafond de verre», soutient Mme Roy. L’analogie du plafond de verre est souvent utilisée pour souligner la difficulté invisible des femmes à accéder aux postes supérieurs.

D’après les statistiques des dernières élections provinciales en 2015, un total de 82 101 Prince-Édouardiens ont fait usage de leur droit de vote, dont 43 997 femmes, ce qui en fait 5 893 de plus que les hommes. «Toutefois, lorsqu’on regarde le contexte actuel pour les femmes élues aux différents paliers gouvernements à l’Île, on constate qu’elles sont sous-représentées à tous les niveaux, malgré qu’elles constituent 51,3 % de la population», souligne la directrice générale du Réseau des femmes de l’Î.-P.-É., Jillian Kilfoil.

Si les femmes comblent 38 % des postes de conseillers municipaux, elles ne représentent que 18,5 % des membres de l’Assemblée législative et 25 % des postes de sénateurs. Aucune femme de l’Î.-P.-É. n’est actuellement membre du Parlement. «Briser le statu quo, ça passe par de petits gestes. En développant notre pensée critique, on peut tous faire quelque chose à différentes échelles», relève la directrice générale du CACI, Jennifer Sloot. Venue tout droit d’Halifax, elle-même a amené ses deux garçons à l’événement afin de les exposer aux discours féministes. «Il faut faire passer le message, au niveau local comme au niveau global», enchaîne-t-elle.

Au-delà du genre

Ils ont été plusieurs à mentionner qu’au fait d’être une femme s’ajoute parfois d’autres obstacles. Ainsi, le fait d’être plus âgée, racisée, d’avoir un handicap mental ou physique ou de se situer dans le bas de la pyramide sociale sont autant de facteurs qui s’additionnent au fardeau des femmes. Ce phénomène porte le nom d’«intersectionnalité des oppressions», soit la situation de personnes qui subissent simultanément plusieurs formes de stigmatisation.

«On a tendance à ignorer le fait que ça se passe aussi chez nous, à se dire que ces problèmes ont lieu ailleurs au Canada ou dans le monde. Pourtant, l’Î.-P.-É. est aussi aux prises avec des défis de violence, de pauvreté en lien avec les inégalités sociales», souligne Jillian Kilfoil. Elle déplore que ces réalités soient souvent masquées dans le discours populaire et dans le système d’éducation.

«Ce sont des thèmes qui peuvent faire peur parce qu’il s’agit de sujets sensibles, mais c’est important de commencer à avoir cette discussion en tant que société. Si on en a les capacités, la première étape c’est de s’éduquer soi-même. Et il faut accepter que parfois on risque de dire des choses blessantes sans s’en rendre compte, et accepter de recevoir des retours d’information, d’apprendre», avance encore la directrice du Réseau des femmes.

D’après l’Examen statistique sur la situation des femmes de l’Î.-P.-É., réalisé en 2015, les femmes tendent à gagner moins d’argent que les hommes au cours de leur vie. L’écart salarial serait moins grand dans la province insulaire que dans les autres provinces de l’Atlantique, mais il serait tout de même présent, et s’agrandirait lorsqu’il est question des femmes autochtones, racisées ou handicapées.

Jillian Kilfoil est toutefois d’accord avec l’affirmation de Selvi Roy, comme quoi l’Île est sur la bonne voie. «Je suis née et j’ai grandi ici, puis je suis partie dix ans pour revenir en 2016. J’ai trouvé que c’était une nouvelle Île, beaucoup plus ouverte au changement. On assiste au début d’un processus», estime la native de l’ouest de l’Î.-P.-É.. Par des événements grand public comme celui de mercredi dernier, elle espère que le message parviendra au plus d’oreilles possible, pour que chacun puisse graduellement se faire ambassadeur d’un monde plus égalitaire.


Selvi Roy et Jennifer Sloot ont travaillé en collaboration pour mettre sur pied le panel, dont le choix des présentateurs a été ardu, assurent-elles. 



Tout au long de la journée, il y a eu un grand roulement dans le public, chacun venant assister à une ou plusieurs conférences au gré de son temps et de ses envies. (Photos: E.M.)