Nous sommes en 1992. L’Accord de Charlottetown échoue dans sa tentative de modifier la Constitution canadienne et d’obtenir l’adhésion du Québec à la Loi constitutionnelle de 1982. Dans sa campagne du comté de Prince Edward en Ontario, Jeanette Arsenault craint pour l’avenir de son pays. Elle décide d’écrire une chanson. Produite en vidéo en 2017 et disponible sur YouTube, la chanson a franchi récemment le cap des 500 000 vues.
«Il m’est arrivé de belles choses avec cette chanson. Toute une histoire. Je pense qu’un jour, j’aimerais faire un livre pour raconter toutes les anecdotes. Je l’ai même chantée aux Olympiques de Salt Lake City en 2002 et d’Athènes en 2004», se surprend encore Jeanette Arsenault.
Native de la région Évangéline et établie en Ontario depuis de nombreuses années, Jeanette Arsenault a passé quelques semaines à l’Île pour visiter ses parents, Priscille et Armand Arsenault. C’est durant ce séjour qu’elle a constaté avec surprise les statistiques d’écoute de la vidéo.
«Ce qui m’impressionne le plus c’est que c’est un intérêt complètement organique. Pas de publicité, pas de diffusion commanditée. C’est juste des gens qui trouvent la chanson par hasard et qui la recommandent à leurs amis et parents. Je trouve ça vraiment beau, mais aussi, je pense que c’est à cause de ce qui se passe aux États-Unis que tout à coup, les visionnements ont monté en flèche», suggère Jeanette Arsenault.
Nous voici de retour en 1992. Inquiète pour son pays, Jeanette se rend dans la bibliothèque d’Ottawa et y consulte les ouvrages traitant de réalisations canadiennes, dans le but très conscient d’écrire une chanson. «J’avais 30 pages de notes. C’est trop pour une chanson. Après plusieurs semaines de travail, j’ai réduit à 15 pages, ce qui était encore trop long. Je me suis mise à chercher les icônes que tout le monde connaît, Terry Fox, le chemin de fer, les grands espaces, nos montagnes, les gens qui ont construit le pays avec leurs rêves et leurs bras. J’avais presque fini la chanson, mais il me manquait une phrase pour le refrain et il fallait que ça rime avec Canada. Une nuit, à 3 heures, je me réveille avec cette phrase : “De St John à Victoria, c’est mon cher Canada“. Finalement, j’ai lancé la chanson en 1992 sur une cassette.»
Jeanette Arsenault a travaillé au Parlement du Canada de 1976 à 1989 et elle y connaissait beaucoup de monde. «J’avais une amie dont le mari travaillait pour Brian Mulroney et qui jouait au tennis avec le gars qui organisait la visite de la reine pour la Fête du Canada en 1992. Bien sûr, il a entendu parler de ma chanson et finalement, j’ai été invitée à chanter avec un orchestre de la GRC, lorsque la reine faisait son “Walk About“ comme on dit en anglais. C’était spécial.»
L’aventure n’a pas fini là. Artiste à temps plein depuis 1989, Jeanette Arsenault donnait environ 15 spectacles par mois. J’interprétais surtout les chansons commerciales, mais une fois, dans un resto-bar, j’ai chanté ma chanson. Des clients à une table participaient à un grand congrès des Kinsmen et Kinettes. Ils m’ont invitée à chanter à leur congrès le lendemain soir. Je me souviendrai toujours de ça. Quand j’ai fini la dernière note et que la musique s’est arrêtée, il s’est fait un grand silence dans la salle puis, d’un seul coup, ça a éclaté. Ils ont adopté ma chanson comme leur chanson thème», s’étonne Jeanette Arsenault.
Jeanette Arsenault poursuivait sa carrière. En 1994, elle s’apprêtait à lancer son premier disque complet de chansons originales lorsqu’elle a appris qu’elle était enceinte. Elle a alors décidé de se consacrer à sa famille, en continuant à donner des spectacles dans sa région. Pendant ce temps, sa chanson «This is my Canada/Mon cher Canada» a continué à exister sur cassette et dans les mémoires des gens qui l’avaient entendue en 1992.
C’est ainsi qu’en décembre 2001, elle a été invitée à chanter sa chanson à la délégation canadienne lors des Jeux olympiques de Salt Lake City, qui avaient lieu en février 2002. «Le responsable des Jeux d’Athènes était là et il m’a invitée à aller chanter à Athènes, encore une fois pour la délégation canadienne en 2004. Évidemment, j’ai accepté.»
Les années passent inexorablement, puis à l’approche du 150e anniversaire du Canada, en 2017, Jeanette Arsenault décide qu’il est temps de produire une vidéo avec sa chanson This is my Canada/Mon cher Canada.
Elle réunit autour d’elle les experts qu’il lui faut, les musiciens et les chanteurs.
Les interprètes, connus sous le nom de “Dream Team Canada Singers”, comprennent : le chanteur David Clayton-Thomas (Blood, Sweat & Tears); la gagnante de plusieurs prix Juno et d’un Grammy (Tears Are Not Enough), Liberty Silver; l’artiste acadien primé Wilfred LeBouthillier de Tracadie (N.-B.), ainsi que les intronisés au Canadian Country Music Hall of Fame et gagnants de huit prix Juno, The Good Brothers. Un fabuleux chœur de jeunes, “Young Singers”, dirigé par Anna Lynn Murphy, a également participé à la chanson. L’enregistrement comprend aussi les voix de Jeanette Arsenault et Don Coleman.
Certains des meilleurs musiciens de studio canadiens ont contribué à cette production : Al Cross (Big Sugar, Ian Tyson, Great Big Sea), Russ Boswell (Corey Hart, Seals & Crofts, Holly Cole) et Richard Evans (Rita McNeil, Alan Frew, Billy Newton-Davis) ont livré des performances époustouflantes sur cette chanson.
Une apparition très spéciale du jeune Malakai Daybutch, âgé de 12 ans à l’époque, l’un des danseurs traditionnels autochtones les plus brillants et recherchés du Canada, a créé un moment magique.
«En plus des voix, et des artistes, je voulais aussi montrer le Canada. Nous avons donc passé des semaines à trouver les images que nous voulions, faire les arrangements pour pouvoir les utiliser, et tout agencer. J’ai une version de la vidéo complètement en anglais, une autre version complètement en français et une version bilingue, et c’est celle-ci que j’ai décidé de lancer. J’aimerais éventuellement que les gens chantent la chanson dans les chorales, dans les écoles, qu’ils se l’approprient encore plus que maintenant. J’ai encore plein de projets que j’aimerais réaliser en lien avec cette chanson.»
Le 18 janvier 2025, la vidéo sur YouTube avait franchi les 500 000 vues. En date du 13 février, le nombre de vues atteignait les 508 585 vues, sur une croissance constante. «En général, le nombre de vues monte aux environs de la Fête du Canada mais là, on n’est pas près du tout du 1er juillet. Pour moi, il y a une solidarité canadienne qui se réveille» apprécie Jeanette Arsenault.
On peut visionner «This Is My Canada / Mon cher Canada» au www.youtube.com/watch?v=WAYhT5f0i-I.