Patrimoine
27 Novembre 2025 Par Éric Bergeron
Photo : pexels-pixabay

Pendant de nombreuses années, l’identité des quatre Acadiens qui avaient fui en chaloupe avant que le Duke William ne sombre en décembre 1758 est demeurée incertaine. Ce travail d’identification vient d’être éclairci grâce aux recherches de Christophe Gonnin, historien amateur installé à Poitiers, dans le centre de la France.

Selon ce qu’il explique, son intérêt pour l’Acadie lui vient d’une histoire transmise par sa grand-mère. On y parlait d’ancêtres acadiens. Après vérification dans les archives, cette origine familiale a été confirmée. «Un de mes ancêtres fait partie de ceux qui ont survécu au naufrage du Ruby,» explique Christophe. Ce résultat l’a conduit à approfondir son intérêt sur le sort des exilés, dont les survivants du naufrage du Duke William.

«On parle encore de l’Acadie en France», dit-il, «mais les quelque 1 500 Acadiens arrivés après la Déportation se sont assimilés très rapidement. Les mariages intra-communautaires n’ont pas eu lieu. Et même les noms de famille ont fini par disparaître. »

Dans sa démarche, Christophe Gonnin tenait à remercier Georges Arsenault, qui a relu la version préliminaire de son article et proposé plusieurs observations utiles ayant permis de préciser certains passages. Le texte est publié depuis peu en version papier dans les Cahiers de la Société Historique Acadienne.

La découverte des quatre survivants s’est faite en deux temps. D’abord, la confirmation du nom d’un charpentier demeurant à l’Île Saint-Jean en 1758. «En feuilletant dans les archives j’ai découvert un petit bout de papier. Un morceau déclassé qui se trouvait où il ne devrait pas être. Ce papier, signé par l’abbé Jacques Girard, curé de Pointe-Prime, nomme le rescapé : Jacques Chevalier! Puis, un deuxième coup de chance : en consultant les archives de l’Amirauté de La Rochelle, M. Gonnin repère en quelques minutes la liste des passagers rescapés débarqués à Brest. Les trois autres noms y figurent.

Quatre survivants identifiés 

Jean Granger : né le 14 octobre 1739 à Grand-Pré. Déporté en 1755, il parvient à s’échapper avec son frère et trouve refuge à l’Île Saint-Jean. Après le naufrage, il est transféré en France. Il s’établit à Rochefort, travaille comme journalier au port et se marie en 1764 avec Marguerite Mazière. Le couple a six enfants, tous décédés en bas âge.

Jean Larocque : Marié à Marie Josèphe Lejeune. Avant la Déportation, la famille habite la région de Trois-Rivières, à l’Île Saint-Jean. Après leur arrivée en France, ils apparaissent parmi les familles acadiennes dirigées vers la nouvelle colonie du Poitou. Ils s’installent ensuite à Nantes, quartier de L’Hermitage. En 1777, Jean Larocque reprend la mer comme charpentier à bord du Topinambour.

Prosper Landry : reconnu parmi les survivants du naufrage. Après son arrivée en France, il s’établit dans la région de Saint-Malo et y fonde une famille. Les registres indiquent plusieurs naissances dans les années 1760, ainsi que le regroupement de membres de sa famille déportée, arrivés ensuite à Saint-Malo.

Jacques Chevalier : charpentier et célibataire au moment des faits. Le premier à être identifié par Christophe Gonin. Il apparaît dans la liste des habitants de l’Île Saint-Jean débarqués à Brest avant d’être envoyé vers Rochefort. Aucune autre trace n’a été retrouvée dans les extraits visibles.

Cette identification complète donne désormais un visage précis aux quatre hommes qui ont survécu au naufrage du Duke William. Christophe Gonnin conclut dans son article : «L’identification des quatre survivants acadiens, longtemps restés anonymes, permet non seulement de restituer leurs trajectoires individuelles, mais aussi de réinscrire cet événement dans une histoire collective marquée par l’exil, la dispersion et la résilience. »

En cette date du 13 décembre, l’occasion nous est enfin donnée de nommer ces survivants et de refermer l’un des grands chapitres demeurés obscurs de la diaspora acadienne. Leur parcours, maintenant mieux compris, rend justice à ceux dont la trace semblait perdue depuis plus de deux siècles. 

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Christophe Gonnin historien amateur qui à découvert les noms des 4 acadiens rescapés du naufrage du navire Duke Williams. (Photo : Gracieuseté)

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