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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 1er septembre 2020

- Par Jacinthe Laforest

 

Il y a 300 ans, lorsque les premiers colons acadiens et français se sont établis à l’Île-du-Prince-Édouard, ils ont fait face à un défi de taille : la forêt.  Ce qu’on appelle maintenant la forêt acadienne recouvrait 98 % de l’île.

 

Inutile de le dire, le parc idyllique qu’on connaît aujourd’hui comme Port-la-Joye, avec ses vallons bien tondus, était autrefois recouvert d’une forêt sauvage.  Il fallait du courage pour imaginer qu’un village fortifié s’élèverait sur le site. 

 

Pour la première fois depuis la fin de l’ère glaciaire survenue 10 000 ans auparavant et le retrait graduel des glaces, ces grands arbres qui avaient pris racine et qui n’avaient jamais goûté à la scie allaient être coupés et dessouchés par les colons, anxieux de se loger, de se chauffer, et de faire pousser de la nourriture pour eux-mêmes et leur bétail. 

 

C’est à partir de ce moment là que la forêt acadienne a commencé à décliner.

 

Le résultat de cette intense activité s’est vite manifesté.  En moins de 200 ans, 70 % du couvert forestier avait disparu. 

 

À partir de 1900, cependant, le mode de vie a commencé à changer.  Des terres qui avaient été défrichées pour un usage agricole ont été abandonnées par leurs propriétaires qui sont partis vers d’autres opportunités. 

 

La nature n’aime pas ce qui est vide.  Elle a fait en sorte de remplir ces espaces.  En 1990, on estime que 48 % de la province était recouverte de forêt.  Maintenant, c’est environ 43 %.

 

Même si on pourrait croire que la production de pommes de terre est la grande responsable de ce nouveau déclin, elle n’est pas la seule.  On coupe des arbres pour ouvrir de nouveaux lotissements pour la construction résidentielle ou touristique.  Et la récolte du bois de chauffage et du bois pour des matériaux de construction n’est pas à négliger. 

 

La forêt acadienne en quelques mots 

 

La forêt acadienne est le nom qu’on a donné à la forêt qui recouvrait la Nouvelle-Écosse, une grande partie du Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard il y a environ 400 ans, à la fondation de l’Acadie.  Même si elle porte un nom différent, elle s’apparente en termes écologiques à d’autres forêts dans différentes régions du Canada.  «Une forêt n’est pas un bloc uniforme et elle ne finit pas nécessairement à l’endroit définie sur une carte.  Même à l’intérieur de l’Île, selon la qualité des sols, s’ils sont dans les hautes terres ou au contraire dans les basses terres, les arbres ne seront pas les mêmes», précise Ken Mayhew, qui est agent d’éducation et d’information à la pépinière J. Frank Gaudet. 

 

De la forêt acadienne originale, il ne reste que quelques ilots sur de hautes terres, autour de Mill River, dans les collines de Bonshaw et autour de Scale Pond.  «Ce sont des endroits où l’on peut apprécier ce qui se rapproche le plus de la forêt acadienne originale», dit Ken Mayhew. 

 

Comme certains arbres peuvent atteindre des âges vénérables de plusieurs centaines d’années, il n’est pas impossible que des individus présents il y a 400 ans ou 300 ans y soient encore aujourd’hui, mais Ken Mayhew mise surtout sur l’idée que les arbres que nous voyons aujourd’hui sont les descendants des arbres originaux, génétiquement parlant. 

 

Propriétés privées : un défi 

 

Une grande partie des terres à bois de l’Île est située sur des terres privées.  Cela complique le travail des gens qui, comme Ken Mayhew, veulent assurer la pérennité de ce qui reste de forêt.  «Chaque 10 ans, nous faisons un inventaire de la forêt de l’Île.  Nous prenons des données sur le terrain, et nous prenons aussi des photos aériennes de tous les boisés de l’Île.  Nous pouvons voir les changements, la santé, et nous pouvons aussi fournir ces renseignements précieux aux propriétaires qui veulent prendre de bonnes décisions pour le futur de leurs terres boisées», dit Ken Mayhew. 

 

L’inventaire de la décennie se fait en ce moment, et le rapport (Forest Report) paraitra seulement en 2022, car les informations collectées prennent du temps à analyser.  Le rapport précédent est paru en 2012, à partir d’un inventaire réalisé en 2010. 

 

La grande inquiétude de ceux qui «cultivent la forêt» c’est que des décisions qu’ils prennent aujourd’hui, en toute bonne foi, se révèlent mauvaises dans 50 ans, tout comme la forêt d’aujourd’hui est le résultat de décennies d’interventions ou de non-intervention des propriétaires précédents. 

 

«Nous encourageons les propriétaires à gérer leur forêt, à récolter ce qui a besoin de l’être, à planter des espèces natives de la forêt acadienne.  Nous avons des programmes qui aident à planifier, qui offrent des options, qui paient une partie des coûts reliés à l’entretien d’un boisé.  Nous avons aussi un programme qui aide des propriétaires à planter des arbres dans le but de fixer le CO2, et nous avons aussi un programme qui encourage la plantation de haies d’arbres.  Nous voulons que les gens plantent des arbres, et en particulier des espèces natives de la forêt acadienne.»

 

Ken Mayhew cite entre autres les conifères comme les pins blancs et les pins rouges, les épinettes blanches et noires, les sapins baumiers, les mélèzes d’Amérique, le cèdre blanc et la pruche de l’Est.  Les arbres à feuilles caduques sont entre autres l’érable à sucre, l’érable rouge, le chêne rouge, le frêne blanc, le frêne noir, le bouleau blanc et le bouleau noir. 

 

On peut facilement trouver de l’information sur les divers programmes qui stimulent le reboisement sur le site Web du gouvernement provincial. 

 

Le long de la rivière à Scale Pond, on peut facilement imaginer qu’autrefois, ce qui nous apparaît comme une belle terre agricole était couvert d’arbres majestueux.  Voir que des îlots de forêts côtoient de très près les champs bien entretenus propres à l’agriculture.  

 

Laissée à elle-même, la forêt crée un environnement propiceau soutien de la vie sous de nombreuses formes.  Un arbre mort devient un nid.  Puis, il tombe, pourrit, se décompose et enrichit le sol.  (Photos : J.L.)

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