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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 1er septembre 2020

- Par Marine Ernoult

 

- Le Musée acadien de l’Î.-P.-É. et le Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. présentent cette série de profils dans le cadre des célébrations du 300e anniversaire de l’arrivée des Acadiens et des Français à l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce projet est rendu possible grâce à l’appui de la province de l’Î.-P.-É. -

 

Il y a 300 ans, Louis Hyacinthe Castel fonde la colonie française de l’Île-Saint-Jean, devenue l’Île-du-Prince-Édouard.  Des Acadiens se joignent aux Français pour fonder Port-la-Joye.  L’histoire acadienne de l’Île peut commencer. 

 

Sous le soleil éclatant de fin juillet, dans une nature sublime, une balade au lieu historique national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst offre un voyage dans le temps et l’espace jusqu’au premier établissement européen de l’Î.-P.-É.  En 1720, Louis Hyacinthe Castel, comte de Saint-Pierre et courtisan de Louis XV, établit une colonie française à l’Île-Saint-Jean, devenue depuis l’Î.-P.-É.  L’objectif : fournir de la nourriture à la forteresse de Louisbourg sur l’Île royale (le Cap-Breton d’aujourd’hui). 

 

Le comte amène, de l’ouest de la France, trois cents hommes, femmes et enfants et fonde la colonie de l’île Saint-Jean avec Port-la-Joye comme chef-lieu.  Ce sont des paysans, des pêcheurs et des artisans, auxquels se joignent des Acadiens de la Nouvelle-Écosse.  Parmi ces derniers figurent Michel Haché-Gallant, sa femme Anne Cormier et leurs enfants.  La famille préfère quitter la Nouvelle-Écosse plutôt que de prêter allégeance au roi d’Angleterre qui a pris possession du territoire.  Les Haché-Gallant constituent le noyau dur de la communauté.  Michel est menuisier, un homme éduqué qui sait lire et écrire.  Il gagne sa vie de diverses façons, notamment, en tant que capitaine de bateau, assurant le transport de marchandises et de passagers entre l’Île-Saint-Jean et l’Île royale. 

 

Les Mi’kmaqs, des alliés 

 

En 1722, Port-la-Joye, abrité et facile à défendre, devient le centre militaire et administratif de l’Île.  Trois ans plus tard, une garnison de quarante soldats, dirigée par un commandant, s’y installe.  On compte quelques bâtiments, une caserne et une chapelle.  Les Mi’kmaqs sont des alliés et d’importants partenaires commerciaux des Français.  Ces relations sont célébrées au cours de cérémonies annuelles de remise de cadeaux à Port-la-Joye, appelées «Kuntal Kwesawe’kl» en mi’kmaw.

 

À la même époque, la Compagnie de l’Île Saint-Jean, désireuse de faire de l’argent rapidement, se lance dans la pêche à la morue du côté du Havre-Saint-Pierre (St Peters Bay).  En 1724, la Compagnie fait faillite.  À l’exception de quelques Acadiens, dont la famille Haché-Gallant bien implantée, la majorité des colons repart en France, au Québec et à Louisbourg.  Onze ans après sa fondation, il reste quinze maisonnées à Port-la-Joye dont onze appartiennent aux enfants Haché-Gallant. 

 

 

3000 déportés et 1500 morts 

 

En automne 1744, face au risque d’une guerre entre la France et l’Angleterre, Port-la-Joye se vide de ses habitants.  La menace se concrétise en été 1745 lorsque des soldats britanniques, venus de Nouvelle-Angleterre, brûlent le bastion français.  Selon l’histoire, les Français, auxquels se joignent les Mi’kmaqs et les Acadiens, contre-attaquent et ont raison des assaillants. 

 

Avec la signature du traité d’Aix-la-Chapelle en 1748, l’Île-Saint-Jean revient finalement dans le giron français.  On reconstruit provisoirement Port-la-Joye un an plus tard, car les colons font pression pour déplacer la capitale à Havre-Saint-Pierre.  En 1755, la population de la colonie augmente à la suite de la migration des Acadiens qui tentent d’échapper à la Déportation en Nouvelle-Écosse.

 

En juillet 1758, lorsque la forteresse de Louisbourg tombe aux mains des Anglais, 500 soldats de la Couronne britannique sont envoyés à l’Île-Saint-Jean.  Et quelques semaines plus tard, le 17 août, le lieutenant-colonel Andrew Rollo prend possession de Port-la-Joye au nom de la Grande-Bretagne.  À l’automne, l’Île est le théâtre de l’une des plus massives déportations.  Sur 4 250 habitants, 3 000 sont déportés, la moitié meurt pendant la traversée, noyée ou emportée par la maladie.  D’après l’historien Georges Arsenault, Port-la-Joye est le «centre nerveux de la déportation» : les Anglais y ramènent les prisonniers qui attendent parfois des mois le départ des bateaux.  Quelque 1 100 Acadiens réussissent à échapper au Grand Dérangement, certains se cachant à l’Île, la plupart se réfugiant ailleurs sur le territoire français de l’époque. 

 

Après le départ des francophones, les Anglais construisent le Fort-Amherst, finalement abandonné en 1768.  En 1763, à la fin de la guerre de Sept Ans, les Acadiens obtiennent le droit de retourner à l’Île, bien que certains y soient revenus avant cette date.  Ils deviennent alors des fermiers locataires des terres appartenant désormais aux Britanniques. 

 

 

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