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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 14 juillet 2020

- Par Marine Ernoult

 

- Le Musée acadien de l’Î.-P.-É. et le Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. présentent cette série de profils dans le cadre des célébrations du 300e anniversaire de l’arrivée des Acadiens et des Français à l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce projet est rendu possible grâce à l’appui de la province de l’Î.-P.-É.- 

 

Organisation des Jeux de l’Acadie à l’Île, création du programme français du Centre des arts de la Confédération à Charlottetown, Emile Gallant s’investit pour que la jeunesse acadienne tombe en amour de sa langue et de sa culture à l’extérieur des murs de l’école.

 

Emile Gallant est inquiet pour l’avenir de la communauté francophone à l’Île.  Il est angoissé à l’idée que la prochaine génération d’Acadiens perde sa langue maternelle.  «Le nombre d’élèves dans les écoles françaises augmente, mais l’influence anglophone aussi, avec les réseaux sociaux, les téléphones cellulaires et les messages textes en anglais», s’alarme l’Acadien de 59 ans, originaire d’Abram-Village. 

 

Lui-même grand-père, il insiste continuellement auprès de ses trois petits-enfants, scolarisés à l’école François-Buote de Charlottetown, pour qu’ils continuent à parler le français à la maison.  «On doit faire quelque chose pour sauver nos jeunes, pour qu’ils tombent amoureux de notre langue et de notre culture», plaide Emile Gallant qui évoque également la multiplication des mariages mixtes dans lesquels l’anglais domine souvent.

 

Emile Gallant connaît l’impact de la décennie noire de 1960 et ne veut pas qu’une telle situation se reproduise.  À l’époque, 64 petites écoles rurales acadiennes avaient fermé, entraînant l’affaiblissement de nombreuses communautés francophones.  «Les écoles sont essentielles, c’est le socle qui garantit la survie de notre identité», souligne-t-il.  L’Acadien a eu la chance d’aller à l’école de langue française Évangéline puis à l’Université francophone de Moncton pour passer un baccalauréat en gestion du loisir, sport et tourisme.  «Là-bas, ça m’a ouvert les yeux, j’ai pris conscience que je pouvais vivre totalement en français si je le voulais», affirme-t-il.  En 1984, de retour à l’Île, il devient directeur de l’association Jeunesse acadienne.

 

Fédérer la jeunesse 

 

Trente-six ans plus tard, l’ancien président de La Commission scolaire de langue française (dont il est toujours membre) milite pour multiplier les activités en français à l’extérieur des salles de classe.  «On a les écoles, c’est bien, mais c’est insuffisant, il y a de gros manques, il faut être plus agressif, augmenter les ressources», insiste Emile Gallant.  Sport, art, culture, aux yeux de l’Acadien, la langue française doit investir dans tous les domaines. 

 

Avec la volonté de fédérer la jeunesse francophone, Emile Gallant s’implique dès 1990 dans l’organisation de la finale des Jeux de l’Acadie dans la région Évangéline et renouvelle l’expérience en 2015 à Charlottetown.  «On a cogné à toutes les portes, les francophones ont fait preuve d’une grande solidarité et sont venus de toute l’Île donner un coup de main», se souvient le passionné de sport, également entraîneur.  «C’est un homme d’action», résume Edgar Arsenault, un cousin éloigné qui le connaît depuis l’enfance. 

 

Pendant quatre à cinq jours, les compétitions sportives et les concours d’improvisation s’enchaînent.  Avec un seul objectif, sortir le français des murs de l’école, amener la langue sur les terrains de sport et sur les planches.  «C’est une chance, nos jeunes réalisent qu’ils ne sont pas tout seuls, qu’il y a des adolescents dans d’autres provinces qui parlent le français avec le même accent et vivent la même chose qu’eux», explique Emile Gallant.  Des rencontres se font, des amitiés se forgent et le sentiment d’appartenir à une même communauté fondée sur le partage d’une langue se développe.  C’est ce que veut provoquer l’Acadien, «un déclic qui leur poigne le cœur». 

 

Au début des années 1990, Emile Gallant s’installe à Charlottetown pour mettre sur pied le tout nouveau secteur de la programmation française au Centre des arts de la Confédération.  Il s’implique dès lors dans le Carrefour del’Isle-Saint-Jean qui vient d’ouvrir (ouvert en 1991-1992).  Il confonde le Club Richelieu Port-la-Joye.  L’organisme lève des fonds afin de financer des activités pour la jeunesse francophone de l’Île. 

 

Émile réoriente sa carrière vers la fonction publique provinciale puis fédérale, et il travaille toujours à Anciens Combattants Canada.  Il n’a jamais cessé de trouver des façons de faire avancer la présence francophone. 

 

«Il est impliqué dans tellement d’affaires, présent dans tous les comités, c’est un catalyseur.  Si vous pensez à quelque chose qui a été fait pour la communauté, il est forcément derrière», assure son ami Charles Duguay, membre du Club Richelieu et militant de la cause francophone. 

 

L’autre bataille gagnée par Emile Gallant, rappelle Charles Duguay, c’est d’avoir amené à l’Île l’émission de Radio Canada «Le Réveil» (à l’époque Bonjour Atlantique), produite et diffusée auparavant depuis Moncton.  «Il donne tout, mais ce n’est pas pour des gains personnels, il ne cherche aucune reconnaissance, il fait ça pour ses petits-enfants, pour nous», témoigne son ami. 

 

 

«Si tu veux des changements, il faut que tu t’impliques»

 

Son engagement sans borne pour la communauté et son goût du bénévolat lui viennent de sa mère.  Travailleuse sociale, devenue veuve avec sept enfants à charge, elle n’a jamais cessé d’œuvrer pour les siens et de défendre la langue française.  «Elle me disait toujours : “si tu veux des changements, il faut que tu t’impliques”, partage Emile Gallant.  Aujourd’hui, j’ai tissé ma vie sociale autour du bénévolat et de la vie communautaire».

 

Emile Gallant ne limite pas son dévouement à la communauté francophone.  Il est aussi impliqué dans divers organismes anglophones comme le Rotary Club et a été conseiller municipal à Stratford pendant dix ans.  «Si on se fait connaître, accepter et respecter comme francophone, c’est plus facile de revendiquer nos droits», dit-il.  À deux ans de la retraite, il pense déjà aux nouvelles activités de bénévolat qu’il pourra entreprendre.

 

 

 

 

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