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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 7 juillet 2020

- Par Marine Ernoult

 

- Le Musée acadien de l’Î.-P.-É. et le Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. présentent cette série de profils dans le cadre des célébrations du 300e anniversaire de l’arrivée des Acadiens et des Français à l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce projet est rendu possible grâce à l’appui de la province de l’Î.-P.-É. -

 

J.-Henri Blanchard est une importante figure acadienne dont le travail et la persévérance sonnent le réveil des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) au début du XXe siècle. Enseignant, historien et chef de file, il obtient notamment les premières bourses permettant à de jeunes Acadiens d’étudier au Québec.

 

«En tournant les pages de l’Histoire, on rencontre des peuples qui, moins persécutés que le peuple acadien, ont abandonné leur langue. Mais où ailleurs rencontre-t-on un autre peuple qui ait résisté aussi longtemps et aussi victorieusement aux persécutions contre sa langue?», déclare J.-Henri Blanchard lors du Congrès de la langue française organisé à Québec en 1937. Toute sa vie, l’Acadien s’est attelé à faire connaître l’identité acadienne au-delà des frontières de l’Î.-P.-É.  Clément Cormier, ancien recteur de l’Université de Moncton, parle de lui comme le «meilleur des ambassadeurs des Acadiens de l’Île». 

 

Né en 1881 dans la paroisse de Rustico, J.-Henri Blanchard est l’aîné d’une fratrie de onze enfants. Issu d’une famille d’agriculteurs et de charpentiers, son amour du bois et de la terre s’enracine en même temps que son goût pour la lecture. À l’âge adulte, sa bibliothèque compte plus de 4000 volumes. Son enfance, bercée par les histoires de sa grand-mère, lui donne une grande soif d’apprendre. «Il me disait “donne-toi comme objectif dans la vie d’apprendre quelque chose de neuf chaque jour, trouve-toi toujours du temps pour lire”», rapporte son fils Francis Blanchard.

 

Réapprendre le français 

 

Après des études en anglais, J.-Henri Blanchard obtient son brevet d’enseignement à Charlottetown en 1898 pour enseigner pendant neuf ans dans le comté de Prince. Frustré par le manque de moyens dont souffrent les écoles acadiennes, la faiblesse et l’absence de constance dans les niveaux des élèves, il s’implique au sein de l’Association des instituteurs et institutrices de l’Î.-P.-É pour améliorer le système éducatif. 

 

À cette époque, il prend conscience de son incapacité à enseigner le français. Il se met alors, selon ses propres mots, «à apprendre pour la première fois sa langue maternelle», avant de reprendre le chemin des études en 1907 au collège Saint-Dunstan. Il réussit son baccalauréat en 1911 et devient professeur de français et de sciences naturelles au Collège Prince-de-Galles à Charlottetown, jusqu’à sa retraite en 1948. Sa soif d’apprendre ne le quitte pas et il suit des cours d’été dans des universités du Nouveau-Brunswick, d’Ontario et même à la Sorbonne à Paris, en France. 

 

Sept bourses étudiantes dès 1937 

 

En 50 ans de carrière, J.-Henri Blanchard ne cesse jamais de se battre pour que la jeunesse acadienne ait accès à une meilleure éducation en français. Il veut susciter l’amour de la jeune génération pour la langue de ses ancêtres, avec un seul objectif, pérenniser le fait français à l’Île. À partir de 1930, il organise des concours de français pour les étudiants.  En 1937, lors de sa participation au Congrès de la langue française (à Québec), il insiste auprès de ses confrères sur les difficultés des jeunes Acadiens à poursuivre leurs études supérieures dans leur langue maternelle, difficultés qui menacent la survie même de la communauté selon lui. «Il nous faut à nous, Acadiens francophones de l’Î.-P.-É., des hommes instruits, des hommes qui mettent leur nationalité au-dessus de l’or et des honneurs, des hommes qui peuvent combattre dans les parlements, plaider dans les tribunaux, conduire le peuple, guider ses efforts, grouper ses énergies», affirme-t-il. 

 

J.-Henri Blanchard se lance alors dans le combat de sa vie : décrocher des bourses pour des étudiants acadiens au sein d’universités et collèges du Québec et des Maritimes. En tant que cofondateur et président de la Société Saint-Thomas-d’Aquin, il plaide sa cause auprès de nombreux établissements et obtient sept bourses dès 1937. Le système perdure jusque dans les années 1960. 

 

Dans le même temps, il fait venir des professeurs du Québec et de l’Ontario pour donner des cours d’été aux instituteurs de l’Île. Son action permet de former une nouvelle génération d’Acadiens instruits, capables d’œuvrer au développement de leur communauté. L’historien anglophone W.P. Bolger le qualifie de «véritable homme de la renaissance acadienne». J.-Henri Blanchard s’investit également en faveur des Acadiens à l’échelle du pays. Il cofonde le Conseil de la vie française en Amérique et devient vice-président de la Société nationale des Acadiens. 

 

Le premier à parler des détails de la déportation 

 

L’autre passion de J.-Henri Blanchard, c’est l’Histoire. Année après année, il voyage aux quatre coins de sa province, discutant avec les insulaires et retrouvant les mille et un détails de leur passé, les dates d’arrivée de leurs ancêtres. Conférences, causeries, articles, livres, l’enseignant est un puits de savoir intarissable qui ravive l’intérêt des siens pour leur histoire. Auteur de six volumes sur les Acadiens de l’Î.-P.-É., il est le premier historien de la province à parler avec autant de détails de la déportation de 1758. 

 

«Il connaissait l’Île mieux que quiconque. Tout lui était familier, les terres, les sites historiques, les bâtiments, les personnalités, les dates, raconte l’ancien recteur de l’université de Moncton, Clément Cormier, en 1981. Partout, les choses lui évoquaient des souvenirs qu’il avait le don de raconter avec verve. Ses yeux pétillants savaient sourire et réveiller sa grande complaisance à faire revivre le passé.» Grâce à ses ouvrages en anglais et sa participation à de nombreuses conférences à travers le pays, la situation pénible des Acadiens sort de l’ombre. Les Québécois prennent conscience de la lutte acharnée menée par ces autres Canadiens francophones pour survivre et conserver leur langue et leur héritage. 

 

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