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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 30 juin 2020

- Par Marine Ernoult

 

- Le Musée acadien de l’Î.-P.-É. et le Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. présentent cette série de profils dans le cadre des célébrations du 300e anniversaire de l’arrivée des Acadiens et des Français à l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce projet est rendu possible grâce à l’appui de la province de l’Î.-P.-É. -

 

Eileen Chiasson-Pendergast est une figure acadienne de la région de Prince-Ouest.  Depuis plus de 50 ans, elle se bat pour réveiller la fierté des siens.  Éducation, théâtre, danse, musique, elle est déterminée à faire briller la culture et la langue de sa communauté. 

 

«J’ai réalisé assez tôt mon identité acadienne, mes parents ne m’ont rien dit, c’était en moi», confie Eileen Chiasson-Pendergast.  Son identité, l’Acadienne l’a défendue bec et ongles tout au long de sa vie.  «Ça n’a jamais été une tâche, mais un honneur», assure-t-elle.  À 75 ans, elle se souvient encore du regard méprisant des anglophones, des moqueries dans sa jeunesse à Prince-Ouest.  Dans les années 1950, «on était vu comme des citoyens de seconde classe», rappelle-t-elle.  À l’abri, dans le cocon familial, sa mère, enseignante, et son père, fermier, prêchent inlassablement pour le français. 

 

Eileen Chiasson-Pendergast en tire une force qui ne la quittera jamais.  À son tour, elle devient enseignante et mère de famille.  «J’ai voulu transmettre à mes enfants l’importance de notre langue, qu’ils soient fiers de notre culture», explique-t-elle.  À la maison, elle leur parle français.  Sur le terrain, elle se bat pour qu’ils aient accès à un enseignement dans leur langue maternelle.  «Les Acadiens, nous avons une réputation de gentils, mais ma mère pouvait se montrer féroce pour reprendre ce qui nous avait été enlevé», témoigne son fils de 51 ans, Robert Pendergast. 

 

Apprendre en français, «un droit»

 

Dès 1970, elle travaille à la mise en place du programme d’immersion en langue française.  Des années de lutte, de porte-à-porte, de réunions publiques pour convaincre les habitants.  «Ce n’était pas facile, on a rencontré une opposition en masse mais on ne demandait pas une faveur, c’était un droit», souligne Eileen Chiasson-Pendergast.  Son combat a causé des divisions dans la communauté, certains voisins refusant même de lui adresser la parole.  «Mais on a réussi à renverser le courant», se réjouit la militante qui reconnaît que beaucoup ont mis des années à comprendre la nécessité du bilinguisme.  «Elle ne le dira pas, car elle est humble, mais ma mère a su faire respecter la culture acadienne dans notre région», réagit Robert Pendergast.

 

En 2000, elle se lance dans un nouveau projet, la création d’une école de langue française dans la région de Prince-Ouest.  «Ça nous a aussi donné du fil à retordre», lance Eileen Chiasson-Pendergast.  Au téléphone, Paulette Doucette Arsenault n’est pas surprise par la détermination de son amie de longue date : «Eileen est une femme inspirante, une fonceuse, prête à tout pour sa communauté, qui ne se soucie pas de ce que pensent les autres».

 

«Mes pièces parlent comme qui on est» 

 

Aujourd’hui, l’école française Pierre-Chiasson est durablement implantée à Tignish.  «C’est réglé, on est là et les gens ont compris qu’on allait y rester», commente celle qui a aussi été directrice de l’école pendant un temps.  Eileen Chiasson-Pendergast se félicite de l’augmentation constante du nom-
bre d’élèves : «Les jeunes parents, qui étaient en immersion, mettent à leur tour leurs enfants en français, la boule continue à grossir». 

 

L’Acadienne a une autre passion : le théâtre.  Un amour né quand elle voit pour la première fois La Sagouine (inspiré du livre écrit par Antonine Maillet), jouée au centre paroissial de Tignish dans les années 1970.  «C’était de toute beauté sur scène, je me suis dit, il ne faut pas perdre ça», se souvient-elle avec émotion.  Elle se met alors à écrire des pièces qui mêlent texte, chant et musique.  Elle y évoque la vie dans son coin d’Acadie, en s’inspirant de son enfance.  Surtout, elle veut coller à la langue acadienne : «Mes pièces parlent comme qui on est». 

 

À la recherche des «petits riens»

 

Elle met son art au service des troupes scolaires et communautaires. À plusieurs reprises, elle participe à la production estivale «V’nez chez nous», qui compte un bon nombre de pièces. Elle va jusqu’en Louisiane pour une série de représentations.  À travers ses œuvres, Eileen Chiasson-Pendergast n’a qu’un seul but : rendre les comédiens fiers de ce qu’ils sont.  «Je veux qu’ils soient convaincus sur scène de faire quelque chose d’honorable». 

 

L’auteure évoque de nombreux souvenirs.  Elle voit encore le visage de cette femme venue la trouver à la fin d’une représentation pour lui dire «j’ai trouvé mon identité acadienne ce soir».  «C’est ça le succès, des petits riens du tout qui donnent la perfection», témoigne-t-elle.  Elle se souvient du public émerveillé, «entre rires et larmes» lors d’une représentation pendant le Congrès mondial acadien l’été dernier : «Voir la culture de notre région sur scène, ça aide à ancrer ce que nous sommes».

 

«Ce n’est pas une maladie d’être Acadien»

 

Eileen Chiasson-Pendergast ne s’est pas contentée du théâtre, elle a aussi fondé le club de danse carré de Prince-Ouest et dirigé la chorale de l’église Immaculée Conception à Palmer Road.  «Ça fait partie de moi, quand j’étais petite, il n’y avait pas de téléphone ou de télévision, il fallait créer ses divertissements», raconte celle qui a transmis son goût des arts à ses enfants.  «À l’époque, on se sentait un peu obligés de faire de la musique et de danser mais, aujourd’hui, on peut la remercier, elle est un exemple, la preuve que si on travaille fort, tout est possible», insiste son fils, Robert Pendergast. 

 

L’Acadienne se dit confiante dans l’avenir.  «On a notre place maintenant, les gens savent que ce n’est pas une maladie d’être Acadien», dit-elle.  La mère de famille est, elle-même, très fière du parcours de ses six enfants bilingues.  «Ils font avancer la cause, portent la flamme», partage la septuagénaire qui mentionne que plusieurs de ses petits-enfants parlent le français.  Avec elle et tant d’autres, les racines acadiennes continuent à pousser à l’Île.

 

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