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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 30 juin 2020

- Par Marine Ernoult

 

- Le Musée acadien de l’Î.-P.-É. et le Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. présentent cette série de profils dans le cadre des célébrations du 300e anniversaire de l’arrivée des Acadiens et des Français à l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce projet est rendu possible grâce à l’appui de la province de l’Î.-P.-É. -

 

Homme d’action, homme de conviction, l’Acadien Ulric Poirier a voué sa vie au développement de la communauté acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard.  Décédé en 2004, il laisse derrière lui de nombreuses réalisations, dont l’École Évangéline, premier établissement à l’Île à offrir un enseignement en français jusqu’à la douzième année. 

 

«Un leader de la communauté, respecté de tous, fortement engagé et doté d’une grande conscience sociale».  L’historien Georges Arsenault ne tarit pas d’éloges à l’égard de son oncle Ulric Poirier, décédé le 2 février 2004 à 87 ans.  L’Acadien, originaire de Mont-Carmel, s’est battu toute sa vie pour la cause de la minorité francophone à l’Î.-P.-É.  «Il s’est impliqué dans tellement de choses», souligne son neveu qui se souvient d’un homme «affable, souriant et taquin».

 

Né dans une famille d’agriculteurs et de pêcheurs en 1917, Ulric Poirier devient instituteur après des études au collège Prince-de-Galles et à l’Université Mount Allison.  Pendant sept ans, il enseigne dans des écoles acadiennes de la province.  Mais, la Seconde Guerre mondiale éclate et l’enseignant, un homme d’action, n’hésite pas à servir son pays.  «J’ai jugé que c’était mon devoir de m’enrôler, de faire ma part pour éviter qu’Hitler ne conquière le reste du monde», confie-t-il dans une entrevue accordée en 1989 à Georges Arsenault.  En 1940, à 23 ans, il rejoint donc les rangs de l’armée canadienne et se retrouve affecté dans les bureaux des quartiers généraux en Angleterre, en Hollande puis en Belgique.  «En Europe, le danger était constant avec les avions, les bombes...  On n’était jamais en sûreté, raconte Ulric Poirier.  Heureusement, on avait de bons compagnons, on était solidaires entre nous». 

 

 

«Garder vivante la langue française»

 

Un an après la fin de la guerre, l’Acadien regagne sa terre natale.  «On nous promettait bien des choses, mais j’ai trouvé ça bien difficile pour un soldat de se rétablir», partage-t-il lors de l’entrevue de 1989.  Il s’installe dans la région Évangéline avec son épouse Aline et se lance dans une nouvelle aventure aux côtés des pêcheurs.  Il est tour à tour gérant de l’Union des pêcheurs de Mont-Carmel de 1946 à 1954, gestionnaire de la Coopérative fusionnée des pêcheurs acadiens de 1955 à 1972 et président des Pêcheurs unis des Maritimes de 1966 à 1968.  En 1971, il contribue même à la construction d’une usine moderne à Abram-Village.  «C’était un homme progressiste, engagé corps et âme dans son travail qui avait beaucoup de respect pour les pêcheurs et se préoccupait de leur bien-être», rend hommage, Georges Arsenault, lors des funérailles de son oncle.

 

Fier de sa langue et de sa culture, Ulric Poirier s’investit sans relâche et œuvre pour le développement économique des communautés acadiennes et francophones.  Il participe notamment à la création de la Caisse populaire acadienne et du magasin Coop de Mont-Carmel.  Surtout, en 1960, un homme de conviction, il contribue à la fondation de l’école Évangéline, le premier établissement de l’Île à offrir aux élèves francophones un enseignement dans leur langue maternelle jusqu’à la douzième année.  «Il faut donner une éducation à notre jeunesse pour garder vivante la langue française», affirme-t-il en 1989.  Membre actif de la Société Saint-Thomas d’Aquin, il préside l’organisme communautaire de 1969 à 1971 avec une seule idée en tête : sensibiliser les gens au fait français.  «Sinon plus personne ne sera fier d’être acadien», insiste-t-il. 

 

 

Aider les autres, jusqu’au bout

 

Touche à tout, il s’implique aussi dans le journalisme et le tourisme.  Administrateur de La Voix acadienne pendant deux ans, Ulric Poirier est également l’un des membres fondateurs de l’Association de la presse francophone hors Québec.  Précurseur dans le développement de l’industrie touristique de la région Évangéline, il aide à créer le Village des pionniers acadiens à Mont-Carmel.

 

Animé du besoin de se sentir utile à la société, le passionné a dû mal à prendre sa retraite.  Jusqu’au bout, il continue à aider les autres.  «Ça permet de surmonter son propre égoïsme», dit-il en 1999 au Journal Pioneer à l’occasion d’une de ses visites au foyer pour personnes âgées Wedgewood Manor à Summerside.  Son parcours, hors-norme, a été récompensé par plusieurs prix dont la médaille du mérite de l’Ordre de l’Î.-P.-É.  Ulric Poirier est le premier Acadien à l’avoir reçue. 

 

 

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