Athlète olympique et joueuse professionnelle de basketball, Katherine Plouffe n’a pas appris le français dans une salle de classe. C’est sur les terrains de jeux d’Europe, au fil des matchs et des conversations avec ses coéquipières, qu’elle a apprivoisé la langue. Aujourd’hui co-porte-parole des Rendez-vous de la Francophonie 2026, elle voit dans le sport et dans la langue deux puissants outils pour rapprocher les gens.
Lorsque Katherine Plouffe arrive en France pour poursuivre sa carrière professionnelle, elle ne possède que quelques bases scolaires en français. Très vite, la réalité du vestiaire et des entraînements devient sa meilleure école. Elle se souvient de ces premiers mois où tout devait s’apprendre en même temps : «J’avais appris un peu de français au secondaire, mais pas assez pour communiquer de façon régulière. Quand je suis arrivée en France, je ne savais presque pas parler la langue. Je comprenais à peine certaines choses. Alors j’ai vraiment appris là-bas, sur le terrain.»
Elle évolue ensuite dans plusieurs villes — Nantes, Bourges et Mont-de-Marsan — découvrant peu à peu une langue aux multiples visages. «Quand on arrive là-bas, on réalise qu’il n’y a pas un seul français. Il y a des accents uniques selon les régions. Au début, je ne pouvais pas faire la différence. Pour moi, c’était juste du français et des façons différentes de parler.»
Avec le temps, toutefois, quelque chose change. L’oreille s’habitue, les nuances apparaissent. «Au fil du temps, j’ai commencé à discerner les différentes prononciations. La variété du vocabulaire m’a saisie. C’était un grand tournant.»
Peu à peu, la langue cesse d’être un obstacle. Elle devient un outil et ouvre à l’athlète l’accès à un univers culturel plus vaste. Lecture, musique et ressources en ligne lui permettent encore aujourd’hui d’entretenir ce lien avec le français, même lorsque les occasions de le pratiquer sont plus rares. Au fond, explique-t-elle, l’objectif n’a jamais vraiment changé : «La raison principale pour laquelle je voulais apprendre le français, c’était de connecter avec les gens. Je pouvais toujours parler anglais, mais plus on a d’outils pour communiquer, plus on peut rencontrer les gens là où ils sont.»
Une passion pour la transmission
Cette volonté de connexion se manifeste aujourd’hui dans son travail auprès des jeunes. Avec sa sœur jumelle, Michelle, elle a fondé Plouffe Hoops, une initiative qui organise des camps de basketball et des activités de mentorat pour la relève.
Lorsqu’elle parle de ce rôle, une idée revient immédiatement. «J’adore apprendre. C’est une de mes valeurs fondamentales : la croissance. »
Et autour d’elle, certaines rencontres ont laissé une empreinte durable. «Et quand on est entouré de personnes qui nous élèvent, qui nous donnent de nouvelles perspectives, ça donne envie de transmettre la même chose aux autres. Être entourée de personnes qui ont déjà parcouru le chemin avant moi m’a énormément aidée. Ça nous montre ce qui est possible dans notre propre vie.»
Dans ses ateliers, elle insiste moins sur la performance que sur ce que le sport peut enseigner. Le message, dit-elle, revient toujours au même point : «Le message que je partage toujours, c’est que ça vaut la peine de faire des choses difficiles. Apprendre une langue, pratiquer un sport, apprendre un instrument… ce sont des choses exigeantes, mais elles construisent quelque chose en nous.»
Le sport d’équipe, poursuit-elle, possède justement cette capacité de dédramatiser l’inconnu. «Dans un gymnase, avec d’autres jeunes qui apprennent en même temps, on peut utiliser le plaisir pour diminuer la peur. »
C’est dans cet environnement collectif que se forgent, selon elle, des qualités qui dépassent largement le terrain de jeu. «On développe des muscles de résilience, de discipline et d’engagement. Et ces muscles-là servent ensuite dans la vie.»
Affronter la peur de commencer
Apprendre une langue ou essayer quelque chose de nouveau implique souvent une part d’inconfort. Une prise de risque. Pour Katherine Plouffe, c’est précisément là que commence la croissance.
«Ce qui nous retient la plupart du temps, c’est la peur. La peur d’échouer, la peur de ce que les gens vont penser.»
Puis elle pousse la réflexion un peu plus loin. «Nous sommes à l’origine de nos craintes. Elle ne se manifeste pas dans le monde extérieur. Nous les manifestons nous-mêmes.»
Elle reconnaît avoir elle-même traversé ces hésitations, se rappelant qu’elle croyait autrefois que certaines facettes de sa personnalité étaient immuables. «Pendant longtemps, je pensais que certaines choses faisaient simplement partie de ma personnalité et qu’on ne pouvait pas les changer.» Une découverte importante a ensuite changé sa perspective. «Puis j’ai compris qu’on peut développer ces compétences. On peut apprendre à mieux communiquer, à mieux connecter avec les autres. »
Depuis, explique-t-elle, sa manière d’aborder les défis a changé. «On se présente avec ce qu’on a aujourd’hui et on fait de son mieux. Et petit à petit, on progresse. »
Un appel aux jeunes
Dans son rôle de co-porte-parole des Rendez-vous de la Francophonie, Katherine Plouffe souhaite surtout encourager les jeunes à sortir de leur zone de confort et à aller vers les autres.
Son message tient en quelques mots. «Mon message aux jeunes est simple : sortez, bougez, rencontrez des gens.»
Elle observe que la vie moderne peut facilement enfermer les jeunes derrière leurs écrans. «On passe tellement de temps devant des écrans aujourd’hui. Aller à un événement, pratiquer un sport, partager une expérience avec d’autres personnes — ça crée des connexions.» Et parfois, ces rencontres changent une trajectoire. «Même si vous rencontrez seulement une nouvelle personne lors d’un événement, c’est déjà plein d’espoir. On ne sait jamais : ça peut devenir un futur meilleur ami. »
En valoir la peine
Dans les rencontres organisées pendant le mois de la Francophonie, Katherine Plouffe ne parlera ni de statistiques ni de trophées. Elle parlera de courage, de curiosité et de rencontres. De ces moments où l’on décide d’essayer quand même — dire bonjour dans une langue hésitante, lancer un ballon pour la première fois, entrer dans une pièce pleine d’inconnus.
Car, pour elle, atteindre un objectif commence toujours de la même façon : par une décision. Puis par un premier geste, souvent minuscule. Et lorsque ces deux mouvements se répètent assez longtemps, il arrive un moment où l’on se retourne — presque par surprise — et l’on découvre tout le chemin parcouru.
Elle résume finalement son parcours avec une simplicité désarmante.
«Je n’ai pas la meilleure histoire au monde», conclut-elle. «J’ai simplement mon histoire. Mais si elle peut inspirer quelqu’un à tenter sa chance, alors ça en vaut la peine.»