Culture
25 Novembre 2025 Par Éric Bergeron
À gauche, Angèle, interprétée par Robyn Perry, au moment où elle apprend que la guerre est déclarée, et que plus rien ne sera comme les deux sœurs l’avaient prévu, et, à droite, Holly Perry dans le rôle de Lucille aux funérailles de leur père. (Photo : Éric Bergeron)

Paul D. Gallant nous offrait sa nouvelle pièce de théâtre «Angèle et Lucille» au Scott MacAulay Performing Arts Centre, à Summerside, récemment. Une œuvre présentée juste à temps pour le Jour du Souvenir. Racontée avec humour, tendresse, et animée par la musique et la danse, l’histoire, incarnée avec succès par les interprètes, a captivé le public.

«Angèle et Lucille» est une comédie musicale acadienne où l’on se retrouve dans la région de Tignish. L’histoire suit deux sœurs, Angèle et Lucille Gaudet. Filles du marchand général et maître de poste, Éric, elles se promettent de ne jamais laisser qui que ce soit les séparer. Une situation qui fait le bonheur de leur père, d’autant qu’il se retrouve lui-même au centre des attentions de Mademoiselle Zélianne.

Par contre, le destin en décide autrement pour les deux sœurs. Lucille tombe très amoureuse du vaillant et très beau François, alors qu’Angèle se contente d’Aubin, plus réservé et décidément moins beau selon elle.

Un mariage double marque le début de ce qui aurait pu être un conte de fées. Malheureusement, la guerre éclate, et les nouveaux époux s’enrôlent pour le front. Les deux sœurs doivent alors vivre avec l’attente, la séparation et l’incertitude. Un seul des époux reviendra. Il s’agit d’Aubin.

Des années plus tard, aux funérailles de leur père Éric, les retrouvailles sont douloureuses. Lucille, devenue mère de plusieurs enfants, mariée à un Aubin, bourré et rongé de remords fait face au regard amer de sa sœur, restée veuve et envahie par la colère et la jalousie.

Cette rencontre, d’une franchise brutale, montre une réalité rarement racontée, loin des fins réconfortantes auxquelles nous nous sommes habitués. Et c’en est rafraîchissant.

La pièce a bénéficié d’une distribution soigneusement dirigée. Albert Arsenault se démarque dans le rôle de Léo, un personnage secondaire, mais interprété avec une telle présence qu’on ne peut qu’admirer ses talents. Jean-Louis Arsenault incarne un père protecteur et attentif, un rôle qui met en valeur sa polyvalence et son sens du “timing” comique.

Thomas Arsenault et Vincent Côté-Gallant, qui jouent respectivement les deux époux, sont dotés d’une complicité naturelle sur scène, tout en laissant l’espace nécessaire aux deux personnages centraux, Angèle et Lucille.

Robyn Perry incarne Angèle avec précision et sensibilité. Son talent sur scène et la maîtrise de son jeu témoignent d’une artiste accomplie. Holly Perry, pour sa part, combine chant, danse et interprétation dramatique avec brio. Ensemble, les sœurs Perry sont tout simplement redoutables.

Alexandra Arsenault en a assuré la direction musicale avec une écoute et un savoir digne des grandes planches. L’orchestre et le chœur étaient à point, attentifs et nuancés.

Cette production du projet Renaiss-Arts de l’Alliance pour le développement durable de l’Île-du-Prince-Édouard, démontre qu’une histoire noble, celle d’un peuple partagé entre les attentes, le devoir et l’amour, peut toucher profondément lorsqu’elle est racontée avec soin. Le public en ressort émerveillé, sans même avoir réalisé à quel point l’expérience l’a enrichi.
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