Éducation
23 septembre 2022 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Jean Bernatchez est professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski. (Photo : Gracieuseté)

Chaque année, après deux mois de vacances estivales, les élèves de l’Île-du-Prince-Édouard étudient pendant 179 jours de classe, au rythme de cinq jours par semaine.  Ce calendrier scolaire n’est pas toujours adapté à l’horloge biologique des jeunes, et peut nuire à leurs apprentissages. 

En ce mois de septembre, les élèves de la Commission scolaire de langue française de l’Île-du-Prince-Édouard ont repris le chemin de l’école.  Ils en auront, comme chaque année, pour 179 jours de classe avant les grandes vacances d’été.  «C’est à peu près la même chose dans toutes les autres provinces canadiennes, ça tourne en moyenne autour de 180 jours», observe Jean Bernatchez, professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski. 

Les jeunes Prince-Édouardiens passent cinq jours par semaine sur les bancs de l’éco-le, du lundi au vendredi.  Jean Bernatchez estime que ce temps d’instruction hebdomadaire est «le plus efficace pour les apprentissages».  «Ça permet d’avoir un nombre d’heures quotidiennes raisonnable, salue l’universitaire.  Sur quatre jours, les journées seraient trop longues, surtout pour les plus petits qui ont du mal à se concentrer.»

Les cours débutent autour de 8 h 30, un horaire qui n’est pas forcément adapté aux élèves du secondaire.  Une recherche de l’université McGill, parue en 2017, a en effet montré qu’en raison de son horloge biologique, il est très difficile pour un adolescent de s’endormir avant 23 h et de s’extirper du lit avant 8 h.  Il doit lutter contre son rythme naturel pour ne pas arriver en cours en retard.

Un calendrier déterminé par des contraintes sociales

Selon Jean Bernatchez, l’horaire et le calendrier scolaires sont davantage déterminés par des «contraintes d’ordre social», que par la «pédagogie».  «Les écoles tentent de trouver un compromis entre ce qui est souhaitable pour le cycle biologique des jeunes et les contraintes de travail des parents», résume le spécialiste. 

Le temps de travail est notamment à l’origine des vacances d’été.  «Si nous avons un si long break à cette période, c’est parce qu’avant nous vivions dans une société rurale.  On avait un besoin important de main-d’œuvre et les enfants devaient retourner à la ferme pour travailler dans les champs», souligne Jean Bernatchez. 

Le problème, c’est que cette longue pause estivale peut nuire à l’apprentissage, en particulier pour les élèves qui ont des difficultés.  «À la rentrée, les enfants reviennent souvent complètement déconnectés.  Septembre est consacré à rattraper le temps perdu», regrette Jean Bernatchez, qui rappelle l’importance des cahiers d’exercice et de lecture en juillet et août, pour «continuer d’étudier en douceur». 

Le reste de l’année, les enfants ont moins de quinze jours de vacances à Noël, et une semaine de relâche fin février.  «Des écoles ont déjà expérimenté une semaine de congé en novembre, car tout le monde est fatigué à cette période, mais ça n’a pas marché, car les parents n’ont pas été capables de prendre des vacances», révèle Jean Bernatchez. 

Manque de temps libre

L’idéal aux yeux de Jean Bernatchez serait d’adopter un système d’école «à longueur d’année», sur le modèle australien.  En Australie, il y a quatre sessions scolaires, réparties tout au long de l’année, entrecoupées de deux ou trois semaines de congé.  «Ces pauses, plus courtes, permettent de maintenir le rythme des nouveaux apprentissages», considère le chercheur. 

Il reconnait néanmoins qu’un tel système constituerait une «révolution» au Canada et serait difficile à imposer.  «À cet égard, la crise de la COVID-19, pourrait-être une occasion unique de repenser le temps scolaire pour en faire un meilleur usage», insiste-t-il. 

Car le temps passé en classe n’est pas forcément synonyme de réussite.  «La question n’est pas seulement de savoir combien on a d’heures de cours, il faut aussi voir comment l’enseignant organise la journée d’apprentissage», affirme Jean Bernatchez.  Les enfants sont ainsi plus disposés à apprendre une heure après leur arrivée, alors qu’en fin de journée, il faut davantage privilégier les activités physiques. 

En dehors des salles de classe, Jean Bernatchez déplore le manque de temps libre des jeunes : «Ils ont des activités extrascolaires trop structurées, et n’ont plus le loisir de s’ennuyer.  Ça explique en partie pourquoi ils sont devenus si stressés et anxieux». 

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