Société
Par Jacinthe Laforest 
Lisa Arsenault a donné un morceau de son foie dans le cadre d’un don anonyme destiné à un enfant.  Comme toutes les personnes qui donnent un organe de leur vivant, elle a reçu une médaille de reconnaissance.

Lisa Arsenault, née Gallant, ne se considère pas comme une héroïne.  Elle a simplement donné un bout de son foie.  «Je veux en parler seulement pour sensibiliser les gens à l’importance de signer le registre de donneur et montrer que c’est possible de faire un don d’organe de son vivant.  Je veux qu’on en parle, mais je ne veux pas que ce soit à propos de moi», dit-elle pour expliquer sa démarche.  

Voici, en résumé, ce qui s’est passé 

Lisa Arsenault a vu (au téléjournal de CBC Compass) que Hara Kempton, infirmière à Charlottetown, était à la recherche d’un donneur vivant de foie.  Interpellée par cet appel à l’aide, Lisa a rempli une demande à travers de la «UHN (University Health Network) - Programme de donneurs vivants»* qui comprenait un formulaire très détaillé concernant son histoire médicale.  Entretemps, Hara Kempton a trouvé un donneur.

«J’ai été avisée que ma demande était terminée puisque Hara a trouvé un donneur. Je pouvais cependant être un donneur anonyme.  J’ai accepté.  J’ai passé plusieurs tests médicaux afin de vérifier si je me qualifiais pour être un donneur.  J’ai été approuvée
et un récipiendaire a été identifié. J’ai fait un don pédiatrique. Je suis contente d’affirmer que tout a bien été pour moi et j’ai eu la confirmation que tout a aussi bien été pour le récipiendaire.»

Don anonyme 

Dans le contexte où Lisa Arsenault a fait un don anonyme, elle ne peut pas révéler exactement le mois ni même en quelle année le don a eu lieu.  «Ça fait partie des conditions.  En général, les donneurs vivants connaissent les personnes auxquelles elles donnent une partie de leur foie ou un rein mais dans mon cas, parce que c’est un don anonyme, je dois éviter de donner des indices qui pourraient aider à identifier le récipiendaire», rappelle Lisa Arsenault de Baie-Egmont, autrefois de Wellington.   

Sa chirurgie a eu lieu à Toronto.  C’est là que les prélèvements vivants et les greffes de foie se pratiquent.  Pour les prélèvements vivants de reins, les chirurgies se font à Halifax, du moins pour les résidents de l’Atlantique.  

Lisa Arsenault a dû prendre du temps de congé de son travail pour effectuer ce don.  De plus, un séjour (à l’extérieur de l’hôpital) et le transport entre l’Île et Toronto peuvent être des obstacles aux dons vivants.  Pour le transport, l’aide est venue de Hope Air. (https://hopeair.ca/fr/home-fr/), un organisme de charité qui aide à défrayer les coûts de transport pour des traitements médicaux.  Pour l’hébergement, Lisa a reçu un appui du programme de dons d’organes de l’Île-du-Prince-Édouard.  

Programme provincial de dons d’organes et de tissus

À l’Île-du-Prince-Édouard, le programme des dons d’organes (dons vivants ou après un décès) est géré par Angela Carpenter, dont le bureau est à Summerside.  

«Lorsque le don vivant se fait entre deux personnes de l’Île, nous payons toutes les factures.  C’est une partie de notre travail.  Pour le cas de Lisa Arsenault, parce que son don est anonyme, nous n’avons pas accès aux pièces justificatives habituelles.  Nous avons cependant payé une partie de ses dépenses d’hébergement.  Après tout, puisque le don est anonyme, rien ne dit que ce n’est pas quelqu’un de l’Île qui l’a reçu», dit Angela Carpenter.  

En raison de sa petite taille, l’Île travaille en collaboration avec les spécialistes des provinces voisines.  «Ici à l’Île, notre personnel est entraîné à identifier les donneurs potentiels.  Lorsqu’un candidat au don est identifié, nous envoyons ses informations à nos équipes en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. Une étape à la fois, on avance, on échange des informations.  Si la personne est inscrite à notre registre de donneur d’organes, ça facilite les choses,  mais dans tous les cas, la famille a le dernier mot», précise Angela Carpenter.  

L’ÎPÉ donne et reçoit des organes et des tissus

Une fois que la famille a donné son accord, le processus peut prendre plusieurs jours.  «Ce n’est pas comme à la télé où les transplantations s’organisent en quelques minutes.  Ça prend du temps.  Ce sont des circonstanTu ces imprévues, la plupart du temps.  Les équipes médicales doivent être assemblées, les équipes de transport et, évidemment, il faut identifier des récipiendaires compatibles», insiste Angela Carpenter.  

Ce temps additionnel avec leur être aimé peut être bien accueilli par les familles.  Il n’est pas inhabituel qu’elles demandent un jour de plus pour donner le temps à tout le monde de se rendre au chevet du défunt.  Par contre, il arrive que ce soit un fardeau pour la famille, qui veutavant tout faire son deuil à son propre rythme.  

En 10 ans, de 2013 à 2023, l’Île-du-Prince-Édouard a eu 15 donneurs de tissus et 16 donneurs d’organes.  Ces derniers ont fourni un total de 47 organes.  Durant cette même période de 10 ans, 89 Prince-Édouardiens ont reçu un don d’organe ou de tissu provenant de 11 donneurs vivants et de 78 donneurs décédés.  Précisons que les organes prélevés peuvent se rendre très loin.   

Registre provincial des dons d’organes

En 2019, la province a modifié son système d’inscription au registre de dons d’organes.  «Nous avions besoin d’un meilleur système que les cartes santé et les permis de conduire.  Nous avons créé le registre.  Au départ, nous avons envoyé l’information à 60 000 domiciles.  La réponse a été très encourageante.  En date de décembre 2023, nous avions plus de 74 000 Prince-Édouardiens de 16 ans ou plus inscrits à notre registre.  C’est très bien.  Les gens peuvent s’inscrire en tout temps sur le site Web, ou lorsqu’ils renouvellent leur carte santé.  Et ils peuvent aussi retirer leur nom, si leurs circonstances changent», précise Angela Carpenter.  

De son côté, Lisa Arsenault insiste également : «Si vous n’êtes pas prêt à être un donneur vivant, pensez au futur.  Le cœur sur le verso de votre permis de conduire n’est plus valide pour indiquer que vous voulez être un donneur lors de votre décès.  Il faut maintenant s’enregistrer sur le site de la province.  Voir - makeitzero.ca et pousser le bouton «enregistrer». Il faut simplement avoir votre carte de santé et ça prend juste quelques minutes. Assurez-vous d’aviser les membres de votre famille de vos intentions», insiste-t-elle à son tour. On peut aussi passer par le site Web du gouvernement provincial : www.princeedwardisland.ca/fr/service/sinscrire-donneur-dorganes-ou-tissus

Le don d’organe est véritablement un don de vie 

Angela Carpenter dirige le programme provincial de dons d’organes depuis 10 ans.  «C’est étonnant de découvrir le nombre de personnes que cela concerne, lorsqu’on devient sensibilisé à cet enjeu.    Avant de travailler ici, j’étais au service de dialyse.  Et même si des personnes peuvent vivre de nombreuses années grâce à la dialyse, ça change complètement leur vie lorsqu’elles reçoivent un rein.  Alors, imaginez ce que ça représente pour les personnes qui n’ont pas de solutions de rechange.  C’est extraordinaire.»

Le don d’organes et de tissus est tellement important que dans la province voisine, en Nouvelle-Écosse, le gouvernement considère tous les citoyens comme des donneurs d’organes et de tissus, sauf s’ils ont expressément exprimé leur opposition à ce don ultime, et sauf si la famille s’oppose, évidemment.  

«Ici à l’Île, nous préférons que les gens décident pour eux-mêmes s’ils veulent donner leurs organes et leurs tissus.  Les dons de tissus aident beaucoup de monde.  Les yeux, la peau, les os, les ligaments et les tendons, etc.  Parfois, les gens s’inquiètent de pouvoir exposer le corps à cercueil ouvert, si on prélève autant de tissus.  Ça ne cause pas de lésions visibles.  Pour la peau, par exemple, ils prélèvent une très fine couche à la surface, à des endroits non exposés», rassure Angela Carpenter.  

Qui peut donner?

En général, les personnes doivent être en «bonne santé» pour être considérées comme sources d’organes.  Mais c’est de moins en moins le cas.  «Dans le passé, quelqu’un qui avait l’hépatite C ne pouvait être considéré.  Maintenant, on peut guérir de cette maladie.  Ce n’est plus un obstacle.  Autrefois, une personne porteuse du VIH était automatiquement rejetée.  Maintenant, on peut prélever des organes et les transplanter à des personnes également porteuses du VIH.  Il y a des changements et des améliorations régulièrement.  Même si vous n’êtes pas en parfaite santé, ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas être donneur», dit Angela Carpenter.  

Qui peut recevoir ?

Pour se retrouver sur la liste des personnes ayant besoin d’un organe, il faut être très malade.  Ce n’est malheureusement pas le seul critère.  Entre autres, la personne doit avoir (ou atteindre) un indice de masse corporelle normal, réduire autant que possible les risques d’infections pouvant survenir à la suite d’une chirurgie invasive. Avoir tous les vaccins possibles, etc.  «Il y a une longue liste de critères à rencontrer»,précise Angela Carpenter.  

Pour sa part, Lisa Arsenault sait qu’elle a changé la vie d’une personne.  C’est en soi une récompense.  «J’ai trouvé l’expérience très enrichissante à bien des points de vue, et si mon témoignage peut servir à encourager d’autres personnes à être donneur vivant ou même à s’inscrire au registre, il aura été utile.  Ce que j’ai donné est minime si je considère que la vie d’un enfant a été sauvée.»

* University Health Network est une organisation de soins de santé et de recherche médicale située à Toronto, Ontario, Canada. L’étendue de la recherche et la complexité des cas à l’UHN ont fait de cette institution une source nationale et internationale de découverte, d’éducation et de soins aux patients.

Angela Carpenter est la coordonnatrice du programme de dons d’organes et de tissus de l’Île-du-Prince-Édouard depuis 10 ans.  Elle rappelle qu’il est important de s’inscrire au registre des donneurs d’organes et de tissus. 

3-Angela_carpenter.jpgL’organisme de charité Hope Air allège le fardeau financier du transport pour des traitements ou des soins médicaux hors provinces, lorsque d’autres avenues ne sont pas possibles.

hopeair.jpg

deschiffres.jpg

citation1.jpg

citation2.jpg

encadre1.jpg

encadre2.jpg

 

 

Abonnez-vous à La Voix acadienne pour recevoir votre copie électronique ou la version papier

Société