Société
Par Eya Ben Nejm – Francopresse
Le jour du Souvenir est l’occasion de se remettre en mémoire la signification de la paix, particulièrement dans le climat mondial tendu actuel. Photo : Oscar Nord – Unsplash

Le 11 novembre est une occasion de rendre hommage aux anciens combattants, mais aussi de promouvoir une société pacifique afin d’éviter les conflits armés. Dans un contexte de tensions mondiales, trois experts partagent leur définition de la paix dans leur domaine respectif.

Négocier pour assurer la paix

Mona Paré, professeure titulaire à la Faculté de droit, section de droit civil, à l’Université d’Ottawa et experte en droit international, juge que «le droit international a un rôle beaucoup plus important aujourd’hui qu’il l’avait au début du XXe siècle et avant, parce qu’il s’est énormément développé».

Depuis la signature de la Charte des Nations unies en 1945, le droit international interdit l’usage de la force lors de conflits entre différentes entités en relations internationales. 

«L’emploi de la force inclut l’agression armée, c’est à ça qu’on penserait en premier. Mais il y a aussi d’autres manières comme les menaces d’emploi de la force, des représailles […], l’occupation militaire d’un territoire qui n’est pas le nôtre, la violation de frontières ou de lignes de démarcation internationale», informe-t-elle.

La Charte des Nations unies préconise plutôt la conclusion pacifique d’accords entre des États membres opposés par un conflit.

D’ailleurs, tous les États membres des Nations unies doivent s’engager à respecter ce traité et à privilégier différents modes de résolution de conflits, comme la médiation, l’arbitrage, les tribunaux arbitraux et la négociation, indique Mona Paré.

Les États optent souvent pour la négociation, ce qui permet d’atteindre un consensus, rapporte la professeure. «Ça ne veut pas dire évidemment que les négociations réussissent toujours, […] mais lorsque les négociations échouent, ça ne veut pas dire qu’on doit arrêter là non plus.»

La fin justifie-t-elle les moyens?

S’il est évident de soutenir la paix, «les moyens de l’atteindre divisent tout le monde», souligne Melchior Mbonimpa, professeur émérite en philosophie à l’Université de Sudbury, en Ontario.

«Les philosophes n’ont pas une définition de la paix qui leur serait commune. Ils ont beaucoup abordé la question par divers angles d’attaque», ajoute-t-il.

Pour Melchior Mbonimpa, il n’est pas possible de parler de paix sans aborder la question de la guerre. «Quand on est surs que faire la guerre ça va causer moins de dégâts que de ne pas la faire, il faut la faire. Il y a des moments où la paix à tout prix n’est pas bonne.»

Le philosophe prend l’exemple de l’invasion militaire du Cambodge par le Vietnam en 1978 pour mettre fin au régime communiste et violent des Khmers rouges dirigés par Pol Pot, qui a conduit au génocide de deux-millions de personnes entre 1975 et 1979.

«Le Vietnam a décidé d’intervenir parce que le voisin était en train de décimer sa population [des Vietnamiens résidaient au Cambodge]. C’était une manière de sauver le reste, ce qu’il laissait de la population», explique le professeur.

Cela dit, «il ne faut pas non plus prendre des canons pour tuer des mouches», nuance-t-il.

Comprendre les violences pour construire la paix

La psychologie de la paix ne se limite pas à comprendre la violence des guerres. Elle s’intéresse aux divers aspects de celles-ci, comme les rapports sociaux, la structure, la culture, l’individu.

Selon Adelheid Nicol, professeure titulaire au Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario, plusieurs facteurs ne permettent pas d’instaurer la paix, notamment la violence épisodique et intermittente qui comprend les agressions entre les personnes, qu’elles soient verbales, psychologiques ou physiques, «ainsi que des formes organisées de violence entre États, telles que la guerre, le génocide, le terrorisme».

Moins connue, la violence structurelle adopte une forme indirecte et continue dans le temps. Elle existe dans le système politique des États, ce qui entraine des conflits, explique Adelheid Nicol.

Selon elle, «les pratiques discriminatoires, l’inégalité des revenus, les préjugés, le sexisme intégré dans le mode de fonctionnement des organisations, des gouvernements» sont autant d’exemples de violence structurelle.

Pour éviter la violence et les guerres dans la société, il faut assurer une bonne gestion des conflits en favorisant les discussions pacifiques, estime Adelheid Nicol.

D’ailleurs, il est possible de distinguer des types de paix : la paix négative, qui tente de trouver des moyens efficaces pour éviter les guerres, et la paix positive, qui se focalise sur la réduction de tout risque de conflit, en améliorant les structures de la société, informe Adelphie Nicol.

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