Société
20 janvier 2023 Par Marine Ernoult - Initiative de journalisme local - APF – Atlantique
Discovery Charlottetown

En Acadie et partout au pays, les mordus de patinage peuvent prendre part à l’étude des changements climatiques dans leur région grâce au projet de science participative Rink Watch.  Selon les informations collectées depuis dix ans, les hivers de l’Est canadien sont de plus en plus chauds et de moins en moins patinables. 

Depuis 2013, les amateurs de patinage et de hockey en extérieur peuvent contribuer à l’étude des changements climatiques grâce à l’initiative de science citoyenne Rink Watch. 

Lancé par des chercheurs en sciences de l’environnement de l’Université Wilfrid-Laurier en Ontario, ce projet permet aux Canadiens et Canadiennes d’inscrire leur patinoire sur une carte interactive en ligne. 

En dix ans, les scientifiques ont reçu des données de 1500 patinoires réparties dans tout le pays, mais aussi aux États-Unis.

Plusieurs dizaines de ces patinoires sont localisées en Acadie, et notamment à l’Île-du-Prince-Édouard.  L’une d’entre elles est par exemple située dans la cour arrière de la famille Toombs, à Stratford.  D’après le dernier commentaire visible sur le site, les conditions de patinage étaient «magnifiques» le 2 février 2022.

Huit autres patinoires sont listées dans la province, mais aucune n’a bénéficié d’une mise à jour depuis 2016. 

Les conditions de glace envoyées par les volontaires sont comparées aux conditions météorologiques des stations à proximité, ainsi qu’aux données historiques disponibles. 

Réseau de sentinelles 

«Ça permet de voir les impacts du changement climatique sur notre capacité à patiner, et ça nous a permis de déterminer que -5 °C est la température idéale pour avoir des surfaces patinables dehors», explique Robert McLeman, professeur au département de géographie et d’études environnementales de l’Université Wilfrid-Laurier, responsable du projet.

Les scientifiques ont également créé un réseau de sentinelles, «des participants très engagés qui nous donnent beaucoup d’informations chaque jour pendant l’hiver», détaille Robert McLeman.  Une seule sentinelle est référencée à ce jour en Acadie, à Oak Bay, au Nouveau-Brunswick.

Ces participants ont récemment reçu un boîtier qui enregistre et transmet chaque heure à l’Université Wilfrid-Laurier la température à proximité de leur patinoire. 

Sur la base des informations communiquées par les volontaires, les chercheurs ont pu établir que les hivers sont «de plus en plus chauds» à l’est du Canada, et de «moins en moins patinables», selon Robert McLeman. 

«On note une véritable augmentation des températures hivernales.  Les températures moyennes en janvier sont souvent au-dessus de -5 °C, avec plus de pluie que de neige», rapporte l’universitaire. 

Nombre de jours de patinage en baisse

«En Atlantique, plus on s’éloigne des côtes, plus c’est patinable.  Dans les régions côtières comme l’Île-du-Prince-Édouard, les conditions sont beaucoup plus variables d’un hiver à l’autre, d’un mois à l’autre», poursuit-il. 

Robert McLeman prédit qu’avec les bouleversements climatiques actuels, le nombre de journées de patinage va se réduire dans les années à venir.  Une étude spécifique réalisée par l’équipe de Rink Watch s’est notamment intéressée à la situation dans six villes de la Ligue nationale de hockey depuis les années 1940. 

La conclusion est sans équivoque : dans toutes les villes, le nombre de jours de patinage à haute probabilité par hiver est en baisse.  «Selon nos modèles climatiques, on ne pourra plus patiner dans 50 ans dans le sud de l’Ontario», alerte Robert McLeman. 

Le projet Rink Watch propose par ailleurs un balado et des ressources pédagogiques à destination des enseignants afin d’intéresser les plus jeunes. 

Robert McLemanRobert McLeman, professeur au département de géographie et d’études environnementales de l’Université Wilfrid-Laurier, en Ontario.  (Photo : Gracieuseté)

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