Société
15 janvier 2023 Par Marine Ernoult  IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
En 2022, Charlottetown a enregistré son mois de janvier le plus enneigé de l’histoire avec 150,9 cm de neige.  (Photo : Marine Ernoult)

2022 a été l’année de tous les extrêmes climatiques à l’Île-du-Prince-Édouard, avec des chutes de neige historiques, une tempête post-tropicale dévastatrice, et des records de chaleur jusqu’en novembre.  Cette situation qui semble exceptionnelle pourrait devenir la norme sous l’effet du réchauffement planétaire.

L’année 2022 restera dans la mémoire collective comme une année dramatique sur le plan climatique.  Dès le mois de janvier, les Prince-Édouardiens ont dû affronter trois fins de semaine de tempête hivernale. 

Les fortes chutes de neige ont paralysé l’Île-du-Prince-Édouard.  La province a dû faire face à des pannes de courant généralisées.  Le pont de la Confédération a été fermé à la circulation.  Les services de transport en commun et le trafic aérien ont été perturbés.  Universités et collèges ont fermé leurs portes, ainsi que de nombreux commerces, bibliothèques et musées.

Charlottetown a été particulièrement touchée.  La capitale provinciale a enregistré son mois de janvier le plus enneigé de l’histoire avec 150,9 cm de neige, battant de peu le précédent record de 150,5 cm de neige établi en 1881.

L’année 2022 a également été ponctuée d’événements climatiques extrêmes, au premier rang desquels figure Fiona.  L’ouragan le plus intense, et probablement le plus destructeur et le plus coûteux de l’histoire du pays. 

Les dérèglements s’accélèrent 

Bien que Fiona se soit transformée en système post-tropical lorsqu’elle est entrée dans les Maritimes, la tempête n’a guère perdu de sa force.  Au petit matin du 24 septembre, Fiona a touché terre en Nouvelle-Écosse avec des vents soutenus de 165 km/h d’ouragan de catégorie 2.  Elle est arrivée avec une pression minimale de 932,7 millibars près de l’œil, la pression barométrique la plus basse jamais relevée pour une tempête sur les terres au Canada. 

Fiona a fait rage à l’Î.-P.-É. avec de fortes pluies, des vents puissants et des vagues incroyablement hautes.  D’importantes ondes de tempête atteignant près de deux mètres ont causé de l’érosion et des dommages côtiers majeurs, surtout sur les plages de Cavendish_Rustico-Nord, Brackley-Dalvay et Greenwich.  Des rafales de vent dépassant 100 km/h ont duré de 6 à 12 heures consécutives.  

À cause du changement climatique, cette «météo déchaînée de 2022 pourrait tout simplement être qualifiée de “normale” dans quelques décennies», prévient Environnement et ressources naturelles Canada, dans son article Les 10 événements météorologiques les plus marquants au Canada en 2022. 

«Après des années de changements à petits pas, les choses commencent à s’accélérer.  Des événements extraordinaires comme Fiona vont devenir la norme si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas fortement réduites», renchérit Sabine Dietz, directrice générale de CLIMAtlantic, organisme qui fournit de l’information sur les changements climatiques aux Canadiens de l’Atlantique. 

Températures en surchauffe 

2022 a aussi brouillé les saisons.  Les dix premiers mois de l’année ont été en moyenne plus chauds, presque un degré de plus que la normale.  L’été 2022 a été le troisième été le plus chaud jamais enregistré au Canada.  Dans tout le pays, la chaleur a été près de 1,6 °C au-dessus de la normale.  À l’Î.-P.-É., une température record de 29,3 °C a été notée à East Point en juillet. 

En Atlantique, un anticyclone a maintenu l’été jusqu’à la mi-novembre.  Les provinces des Maritimes ont connu l’un des mois d’octobre les plus chauds jamais enregistrés.  Les températures, prises à l’aéroport de Charlottetown, étaient de 11,9 °C, soit de 3,6 degrés supérieurs à la moyenne des trente dernières années.  Les températures de surface de la mer étaient également de 3 à 4 °C au-dessus de la normale.

«2022 est emblématique de l’influence humaine sur le climat, et l’on va connaître de nouvelles années comme celle-ci dans les décennies à venir», alerte Sabine Dietz.  La chercheuse évoque la «tendance climatique à long terme» à laquelle il faut s’attendre à l’Î.-P.-É. avec moins de chutes de neige, une diminution de la couverture de glace, davantage de vagues de chaleurs et de périodes de sécheresse.  Dans le pire des scénarios, la température moyenne annuelle pourrait par exemple augmenter de 2 °C à Charlottetown d’ici à 2050 par rapport à la période 1976-2005.  

Sabine DietzSabine Dietz est directrice générale de CLIMAtlantic, un organisme qui fournit de l’information sur les changements climatiques aux Canadiens de l’Atlantique. (Photo : Gracieuseté)

NRshantyreflectionCette photo a été prise à Rustico Nord le 4 janvier 2023, elle démontre le calme et le peu de neige et de gelée de l’hiver jusqu’à présent. C’est un exemple parmi bien d’autres des changements climatiques.  (Photo : Val Faye Shaffer)

Fiona pannes Cr. Marcia EnmanLes vents forts de la tempête post-tropicale Fiona a fait bien des dommages dans le réseau électrique de l’Île-du-Prince-Édouard.  (Photo : Archives LVA)

Abonnez-vous à La Voix acadienne pour recevoir votre copie électronique ou la version papier

Société