Société
08 août 2022 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Monarque mâle.  (Photo : André Sarrazin)

Connu pour ses migrations impressionnantes qui le conduisent jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard, le monarque est aujourd’hui en voie de disparition.  Le changement climatique et la destruction de son habitat sont en cause.

Sa majesté des papillons se meurt en son royaume nord-américain.  Admiré pour ses grandes ailes orange striées de noir sur un corps délicat, le monarque migrateur a rejoint le 21 juillet 2022 la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature.  Autrement dit, celui qui est capable de parcourir des milliers de kilomètres chaque été pour se reproduire au Canada est en voie de disprition. 

Depuis 25 ans, le déclin du lépidoptère est considérable.  Que ce soit pour les spécimens de l’est des Rocheuses qui migrent du sud du Canada vers les forêts de l’État du Michoacán, au Mexique, pour hiverner, ou ceux de l’ouest de la chaîne qui choisissent, eux, la Californie après plusieurs milliers de kilomètres de vol automnal. 

Les données scientifiques sont sans équivoque.  Les populations orientales du monarque américain, les plus abondantes, ont chuté de 84 % entre 1996 et 2014, tandis que celles de l’ouest ont diminué de plus de 90 % depuis les années 1980, avec moins de 300 000 individus comptabilisés sur les côtes californiennes à l’hiver 2021. 

L’asclépiade, essentielle à la survie du monarque   

L’hiver dernier, les populations orientales ont occupé 2,8 hectares de forêts au centre du Mexique, loin des 18 hectares couverts en 1996, et du seuil de 6 hectares considéré comme nécessaire pour assurer la conservation de l’espèce. 

«On note tout de même un léger mieux, c’est 35 % de territoire en plus par rapport à l’année précédente», observe Agathe Moreau, coordonnatrice des activités pédagogiques, au sein de la Mission monarque, lancées par l’Insectarium d’Espace pour la vie à Montréal. 

Pour expliquer le dramatique déclin du papillon, les scientifiques pointent la perte et la fragmentation de son habitat, ainsi que les effets du changement climatique, avec la multiplication des événements climatiques extrêmes.  «L’intensification des pratiques agricoles, avec notamment le recours aux pesticides et herbicides, mais aussi la déforestation, tue les papillons», résume Agathe Moreau. 

«Avec la disparition des plantes hôtes comme les asclépiades, les femelles papillons ont de moins en moins d’endroits pour trouver refuge et pondre, et leurs larves n’ont plus de nourriture», poursuit la scientifique. 

Comptage citoyen des populations 

Alors que faire?  Au Canada, le papillon a le statut d’espèce préoccupante, aux États-Unis, il n’a droit à aucune protection légale, tandis qu’au Mexique il bénéficie d’un statut spécifique et ses lieux d’hibernation sont protégés.  «Ces différences de protection constituent un frein à sa préservation», note Agathe Moreau.

Elle invite les amoureux de la nature à semer dans leur jardin des plantes appréciées de l’insecte, et surtout à participer à la Mission monarque lancée en 2016.  «Il suffit de repérer des asclépiades près de chez vous, de les inspecter, de compter le nombre d’œufs, de chrysalides et de chenilles présents, et d’envoyer vos observations sur notre site internet», détaille-t-elle. 

À l’Île-du-Prince-Édouard, la brasserie Lone Oak a, elle, lancé, en partenariat avec Islsand Nature Trust, la bière Monarch pour rendre hommage à l’espèce emblématique.  Les recettes iront à des initiatives de conservation menées par l’association environnementale.

Lien vers la Mission monarque : www.mission-monarch.org/fr/

Danaus plexippusMonarque femelle. (Photo : K. Vendette)

Danaus plexippusLa chenille.  (Photo : André Sarrazi)

Monarque4Chrysalides à deux différents stades.  (Photos : Laurent Desaulniers)

Asclepias syriaca Asclépiade.  (Photo : Michel Sokolyk)

Monarque6Un monarque butine. (Photo : André-Philippe Drapeau Picard)

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