Santé
Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Raquel Hoersting est professeure de psychologie à l'Université de l’Île-du-Prince-Édouard. Courtoisie 

Pendant la pandémie de COVID-19, les immigrants des provinces de l’Atlantique avaient une meilleure santé mentale que les non-immigrants de la région. C’est ce que révèle une étude de Statistique Canada. Les immigrants, prêts à quitter leur pays d’origine, seraient mieux préparés à affronter des difficultés. 

La pandémie de COVID-19 ne semble pas avoir éprouvé outre mesure la santé mentale des immigrants dans les provinces de l’Atlantique. C’est ce qu’il ressort d’une étude récemment publiée par Statistique Canada. 

Selon les résultats de cette enquête, 30 % des personnes immigrantes interrogées ont déclaré avoir une meilleure santé mentale en 2022 qu’avant le début de la crise sanitaire. 

À l’inverse, 30% des non-immigrants vivant en Atlantique ont affirmé que leur santé mentale s’était dégradée à cause de la COVID-19. Seulement 1 non-immigrant sur 10 a répondu que sa santé mentale s’était améliorée durant cette période.

«Les immigrants étaient peut-être plus résiliants et aguerris pour affronter les difficultés liées à la pandémie, analyse Raquel Hoersting, professeure de psychologie à l'Université de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.). Ils ont quitté leur pays pour s'enraciner dans une autre culture, ils s’attendaient sûrement à quelque chose de difficile.»

Relations sociales perturbées 

Elle ajoute que les immigrants étaient mieux préparés à la communication à distance : «Ils étaient déjà habitués à maintenir des liens solides avec leur famille à l’étranger grâce aux appels virtuels sur WhatsApp ou FaceTime.»

Aux yeux de la chercheuse, les relations sociales entre les non-immigrants, nés et élevés dans la région, sont différentes.

«Les liens sont très forts, c’est assez unique. Les gens sont habitués à rendre régulièrement visite à leur famille, même si c’est dans une autre province, explique-t-elle. La pandémie a fortement perturbé cette organisation sociale, les gens se sont sentis complètement déconnectés et isolés.»

Face au déracinement, les nouveaux arrivants se sont, eux, tournés vers les membres de leur communauté culturelle.  

«Entre immigrants, nous avons une relation très forte, ça devient en quelque sorte notre famille. On est soudés et solidaires, témoigne Nathaly Muñoz de l’Association des Latinos de l’Î.-P.-É. Comme l’île est petite, tout le monde se connaît et devient encore plus uni.»

Les associations culturelles ont répondu présentes dès les débuts de la pandémie. Elles se sont mobilisées pour maintenir leurs communautés unies malgré les restrictions sanitaires. 

«Les immigrants récemment arrivés réussissent mieux»

«Elles ont joué un rôle crucial en servant de points de contact. C’étaient comme des petits chez-soi loin de chez soi, affirme Raquel Hoersting. C'est une source précieuse pour des personnes qui n'ont pas de famille sur place.»

«Nous avons fait beaucoup d'activités pour permettre à tout le monde de maintenir des liens sociaux, même virtuels», confirme Nathaly Muñoz.

Dans l’ensemble du pays, les immigrants ont également signalé une meilleure santé mentale que les non-immigrants. Mais l’écart est plus grand dans les provinces atlantiques. Autrement dit, les immigrants en Atlantique semblent avoir mieux surmonté la pandémie que ceux d'ailleurs au Canada. 

Une partie de l’explication pourrait résider dans le fait que le Canada atlantique compte un taux plus élevé d'immigrants récemment arrivés que d'autres régions.

D’après le recensement de 2021, le Canada abrite plus de 8 millions d'immigrants, et 29 % d'entre eux sont arrivés depuis 2011. Au Canada atlantique, cette proportion est de 44 %.

«C’est assez paradoxale, mais les immigrants récemment arrivés réussissent mieux que les immigrants établis depuis longtemps ou les non-immigrants dans beaucoup domaine, que ce soit l’emploi ou la santé», relève Raquel Hoersting.  

«Les gens viennent ici pour avoir une vie meilleure. Ils font tout pour que cela fonctionne», abonde Nathaly Muñoz.

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