Santé
28 avril 2021 Par Jacinthe Laforest
Kevin Douillette a le sentiment d’avoir apporté du positif dans la vie de personnes qui dépendent de l’hémodialyse. Le jeune kinésiologue reste rarement assis très longtemps. «Du moment que tu es debout, tu n’es pas sédentaire et c’est bon. C’est pourquoi les bureaux qui s’ajustent en hauteur sont de plus en plus répandus. (Photo : J.L.)

Les patients en hémodialyse sont des personnes dont les reins ne fonctionnent plus.  Sans la machine qui nettoie leur sang des toxines accumulées, ces personnes ne survivraient pas.  Le fait d’être branché à cette machine environ 12 heures par semaine, en trois sessions de quatre heures, n’en est pas moins contraignant.  Pourquoi ne pas utiliser ce temps pour faire le tour de l’Île? 

Kevin Douillette est étudiant à la maîtrise en kinésiologie à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.  Sa scolarité de maîtrise inclut une composante d’études dirigées.  C’est dans le cadre d’une de ces études dirigées, sous la supervision du professeur Travis Saunders, qu’il a mené un projet visant à introduire l’exercice physique dans la vie des personnes qui sont obligées de se brancher sur une machine trois demi-journées par semaine pour nettoyer leur sang. 

«On a commencé notre étude avec trois pédaliers et trois participants.  Comme il s’agissait d’une étude, on voulait des sujets en bonne santé, malgré leur condition.  C’est l’hôpital Queen Elisabeth qui a commandé et payé les pédaliers, et moi, avec la collaboration du personnel, j’ai conduit l’étude.  Ça a été compliqué à cause de la COVID-19.  On aurait été prêts à commencer en février 2020.  On a fait une semaine et on a dû arrêter.  Finalement, on a pu reprendre l’étude en septembre 2020.  J’avais prévu 12 semaines, mais j’ai mis fin à l’expérience en décembre quand les mesures de coupe-circuit ont été mises en place.  Malgré cela, les résultats étaient concluants sur les avantages de faire de l’exercice pendant la dialyse».

Le résultat a été tellement concluant que l’hôpital a maintenu le programme et l’a étendu à plus de patients. 

«Ça se faisait ailleurs au Canada et partout, les résultats étaient excellents.  Les personnes qui sont en hémodialyse sont des personnes malades.  Plusieurs d’entre elles sont diabétiques.  Sur mes trois participants au départ, deux étaient diabétiques.  Ce sont des personnes qui sont régulièrement admises à l’hôpital pour des complications reliées à leur condition.  Selon les statistiques recueillies sur un an ailleurs au Canada, les personnes qui font le programme d’exercices passent neuf jours de moins à l’hôpital que les autres dans des conditions de santé semblables.  C’est significatif», dit Kevin Douillette, et ce n’est pas le seul avantage.  Ça donne du sang plus propre. 

L’exercice aide à nettoyer l’organisme

Pour un petit cours de biologie 101, la fonction principale des reins est de filtrer le sang pour le débarrasser des toxines qui autrement, s’y accumuleraient.  Ces toxines sont évacuées par l’urine.  Lorsque le rein arrête de fonctionner, le nettoyage ne se fait plus.  On a alors recours à l’hémodialyse. 

Peu importe qu’on ait de bons reins ou pas, l’exercice, ou du moins, la non-sédentarité sont essentiels au nettoyage du sang et du corps entiers.  «Nos tissus accumulent divers déchets, et quand on bouge, ces déchets passent dans le sang, pour être évacués.  Si on ne bouge pas, si on ne contracte pas les muscles, si on est trop sédentaires, les déchets restent dans le corps.  C’est une des raisons pour lesquelles il faut bouger», insiste Kevin Douillette. 

Bouger est donc d’autant plus important pour les personnes qui dépendent d’une machine pour nettoyer leur sang.  «Les machines à hémodialyse sont très sensibles.  Une personne en cours de traitement ne pourrait pas, par exemple, marcher sur un tapis roulant.  Mais faire bouger les pieds, ça marche».

Une compétition entre les participants 

Les trois participants de départ ont commencé graduellement, à raison de quelques minutes par jour.  Au fil des semaines, ils ont augmenté leur temps, ils ont aussi remarqué qu’ils étaient plus solides sur leurs jambes et ils étaient motivés par une saine compétition. 

«Je leur ai fait une carte de l’Île, avec le kilométrage.  Le pédalier est muni d’un compteur de kilomètres et j’ai commencé à inscrire leurs trajets sur la carte.  En un peu moins de 12 semaines, ils s’étaient tous rendus à North Cape, et ils avaient tous commencé à revenir.  Un d’entre eux a même dépassé Charlottetown et s’est rendu à Wood Island.  Ils s’encourageaient les uns les autres et je pense que c’est encore le cas des personnes qui poursuivent le programme.  C’est maintenant le personnel de l’hôpital qui le coordonne».

Des pédaliers pourraient faire leur entrée dans les unités d’hémodialyse à Summerside, Alberton et Souris. 

Une heure sur le pédalier équivaut à 20 minutes d’hémodialyse.  Si le patient pédale pendant une heure, pendant ses quatre heures d’hémodialyse, c’est comme s’il avait fait 4 h 20 de traitement.  La durée des traitements restera cependant de quatre heures.