Patrimoine
10 novembre 2022 Par Jacinthe Laforest

Roger Arsenault, David Gallant et Dave Redmond se rencontrent chaque vendredi après-midi à la Légion de Wellington.  Ils jasent, ils partagent des souvenirs et même s’ils étaient respectivement dans l’Aviation, la Marine et l’Armée de terre, ils parlent le même langage et ils se comprennent.  C’est à l’occasion d’une de ces rencontres hebdomadaires que La Voix acadienne s’est entretenue avec eux, en prévision du Jour du Souvenir qui approche. 

«Si j’avais 18 ans à nouveau, je referais le même choix.»  Cette phrase résume le bilan que David Gallant fait de sa carrière dans la Marine, qui n’était pas son premier choix ni même son second choix. 

«J’ai gradué de l’école Évangéline en juin 1968 et en septembre, j’ai rejoint les Forces.  Dans les documents qu’on remplit, ils nous demandent de choisir ce qu’on préfère.  En premier, j’avais mis l’aviation, parce qu’il y avait la base militaire ici à Summerside.  En deuxième, j’avais mis l’Armée.  J’avais fait un stage dans le PEI Régiment et j’avais aimé ça.  En dernier, j’avais mis la Marine.  À mon entrevue, ils m’ont dit que les seuls postes disponibles dans l’aviation étaient dans la police militaire.  Avec mes 5 pieds 6 pouces et mes 120 livres, je ne pouvais pas y entrer.  Pour l’Armée de terre, j’ai finalement décidé que je ne voulais pas marcher dans la vase toute ma vie.  Ils m’ont demandé ce qui m’intéressait.  Je voulais travailler dans les communications, avec les radars, la radio, etc.  Le gars m’a dit : Félicitations.  Tu viens de rentrer dans la Marine», raconte David Gallant. 

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Tout de suite après la courte cérémonie au Chez-Nous le 6 novembre, de gauche à droite, Mario Couture, David Gallant, Roger Arsenault, Herman Marché, Gérald Arsenault, J. Earle Arsenault, Simon Hashie et Dave Redmond.Austin Poirier est absent de la photo.
 

La carrière prime sur tout le reste

Le premier choix de Roger Arsenault était l’aviation, mais selon lui, c’est rare que les candidats obtiennent ce qu’ils souhaitent, du moins dans ce temps-là.  «La réalité est qu’ils nous mettent là où ils ont besoin de gens», dit-il.  Sa carrière dans l’aviation a commencé par un grand sacrifice.  «Ma femme et moi, on vivait à Kapuskasing en Ontario.  Elle était enceinte et son accouchement est arrivé pendant que je devais partir pour mon entraînement à Moose Jaw en Alberta.  J’ai demandé à mes supérieurs si je pouvais retarder un peu mon départ et ils m’ont dit : tu as le choix : soit tu vas voir ta femme, soit tu deviens pilote.  Je suis parti, mais le cœur me faisait mal.  L’accouchement a duré 72 heures.  Et ma femme, qui ne parlait presque pas l’anglais, est venue me rejoindre à Moose Jaw lorsque notre fils avait un mois environ.  Par chance, les choses sont différentes maintenant, mais en ce temps-là, nos femmes auraient mérité des médailles», dit Roger Arsenault. 

Parmi les militaires, le dicton suivant est fort répandu : si le service militaire voulait que tu aies une femme, il t’en fournirait une.  «C’est une blague, mais il y a un fond de vérité.  Comme j’ai dit, par chance, c’est différent maintenant», ajoute le militaire retraité. 

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Roger Arsenault avec le drapeau de l’Aviation.

Roger a fait une carrière relativement paisible comme instructeur de vol au Canada, aux États-Unis et il a aussi servi dans des bases internationales.  David Gallant pour sa part a fait des missions avec l’OTAN, et une mission de paix en Égypte, à titre d’opérateur radio.  «En tout temps, dit-il, cinq ou six bateaux sillonnent les eaux autour des pays membres de l’OTAN.  Les équipages sont là pour six mois à la fois.  J’ai fait quatre missions comme ça.  La cinquième mission, je l’ai refusée.  Mes enfants arrivaient à l’adolescence et je voulais être là pour eux.  J’ai quitté le service après 22 ans.» 

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David Gallant et le drapeau de la Marine.

On sait pourquoi on porte nos médailles

David Gallant n’avait que 40 ans lorsqu’il a quitté les forces armées.  Il s’est trouvé un emploi, puis il a réalisé que la camaraderie qu’il avait connue dans le service lui manquait.  Il a commencé à s’impliquer dans la Légion, et à prendre de plus en plus de responsabilités. 

David et Roger portent leurs rubans et médailles avec beaucoup de fierté, tout comme Dave (David) Redmond, dont la carrière de 27 années, terminée en 2010, est beaucoup plus récente.  «J’ai été en Bosnie en 1994-1995, au Kosovo en 2000 et en Afghanistan en 2005.  C’est à mon retour d’Afghanistan qu’on m’a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique.  C’est ma femme qui a remarqué le changement avant moi.  Je n’étais plus comme avant.  Il m’a fallu plusieurs années et beaucoup d’aide pour être capable de fonctionner.  Maintenant, ça va mieux, mais ça va rester toute ma vie.»

En Afghanistan, Dave était éclaireur.  Avec son équipe, il partait en reconnaissance sur les hauteurs, pour surveiller les mouvements de l’autre camp, et rapporter ce qu’il voyait à sa base.  «Il faisait très chaud.  50 degrés à l’ombre.  C’était dur.  On avait tellement (et toujours) peur de rouler sur des bombes…  Quand je suis revenu au Canada, si je voyais un sac de papier sur la route devant moi, je le contournais.  J’avais peur que ce soit une mine ou une bombe.»

En Bosnie et au Kosovo, où Dave Redmond a fait des missions de paix, il n’y avait rien de très paisible.  «Dans les Casques bleus, les règles sont très strictes sur ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire.  On voit de la misère des deux côtés, et on doit rester neutre.  Parfois, c’est difficile de ne pas intervenir», dit l’ancien militaire.  Sur son cœur, il porte fièrement ses six médailles militaires. 

«Je les porte fièrement.  Je sais ce que chacune représente et je sais pourquoi je les porte», dit Dave Redmond.   

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Dave (David) Redmond.

Des changements longtemps attendus

La guerre en Afghanistan, qui a été le début de la fin de la carrière de Dave Redmond, a aussi été le début de grands changements au sein des Forces armées du Canada.  C’est du moins ce qu’observent David Gallant et Roger Arsenault. 

«Je n’aime pas dire ça, mais la guerre en Afghanistan a fait ressortir le vécu des soldats, leur rôle, la façon dont ils sont traités après leur départ de l’armée.  Dans notre temps, on parlait de “Shell Choc”.  On savait ce que c’était, mais il n’y avait pas d’aide.  Aujourd’hui, c’est mieux, un peu», disent les deux vétérans. 

Et l’éducation dans tout cela

Lorsque Roger Arsenault allait à l’école Évangéline, la Seconde Guerre mondiale était encore récente.  Les mouvements des troupes faisaient partie des leçons.  Lorsque David Gallant était à l’école (gradué en 1968), il était sur-tout question de la Guerre du Vietnam. 

«Les gens de notre génération avaient presque tous des parents qui avaient fait la guerre.  De nos jours, ce n’est plus comme cela.  Je sens qu’il faudrait faire plus d’éducation auprès des jeunes, mais je ne pourrais pas dire comment ça pourrait se faire», dit Roger Arsenault.  La Légion royale canadienne contribue à éduquer, à sensibiliser, à faire apprécier les sacrifices des militaires.  Elle contribue également aux œuvres de la communauté, par des dons en argent.  Parmi ceux-ci, mentionnons un don de 50 000 $ pour l’agrandissement de la résidence pour personnes âgées à Wellington, Le Chez-Nous.  C’est d’ailleurs dans cet établissement que le dimanche 6 novembre, un groupe de militaires s’est rendu pour faire une courte cérémonie. 

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La cérémonie du Jour du Souvenir aura lieu à l’extérieur le 11 novembre.Un décor rendant hommage aux soldats de la Première Guerre et de la Seconde Guerre mondiales a été mis au point.
Roger Arsenault a fait les croix et Gilles Labonté a gravé les noms.
(Photo : J.L.)

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