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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 6 octobre 2020

- Par Marine Ernoult

 

- Le Musée acadien de l’Î.-P.-É. et le Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. présentent cette série de profils dans le cadre des célébrations du 300e anniversaire de l’arrivée des Acadiens et des Français à l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce projet est rendu possible grâce à l’appui de la province de l’Î.-P.-É. -

 

Conseiller municipal, maire de Summerside, député et ministre de la province, Henry Wedge n’a cessé de s’impliquer dans la vie politique de l’Île-du-Prince-Édouard.  Attaché à ses racines, l’Acadien a contribué à la création de l’École Évangéline et du Musée acadien de l’Île. 

 

Paul Delaney, professeur de langue et de littérature anglaise à l’Université de Moncton, se souvient de son oncle Henry Wedge, comme d’un homme calme, bienveillant et très humain.  «Il était très perspicace et son esprit travaillait toujours sur un nouveau projet, que ce soit pour ses affaires ou la communauté», confie l’universitaire lors d’une conférence donnée en mars 2000. 

 

Né en 1908 à Summerside dans une famille acadienne, Henry Wedge a toujours parlé le français avec ses parents.  Mais en l’absence d’école de langue française dans sa province, il est contraint de poursuivre sa scolarité en anglais.  Après des études à la Summerside Academy, il devient livreur.  Quelques années plus tard, il retrouve le chemin des universités, Saint-Dunstan’s à Charlottetown, puis Dalhousie en Nouvelle-Écosse.  Il obtient son diplôme de pharmacien à vingt-six ans.  La même année, il épouse Marie Dela-ney, ensemble ils ont deux enfants.  En 1936, il prend la tête du magasin Enman’s Drug à Summerside.  Dans le même temps, il lance une entreprise de développement de photographies avec sa femme dans le sous-sol de leur maison. 

 

Un amoureux de la terre 

 

Soucieux d’aider sa communauté, Henry Wedge s’engage jeune en politique.  À trente ans, il est élu conseiller municipal de Summerside.  Réélu en 1940, 1942, 1944 et par acclamation en 1946 et 1948, il devient même le premier acadien maire de la ville en 1950.  Création du parc Queen Elizabeth, construction du stade Cahill et de l’Auditorium Civic, l’édile multiplie les réalisations.  Henry Wedge est également actif au sein de nombreuses associations locales, provinciales et municipales.  Il a notamment occupé la présidence des succursales de Summerside de la Société L’Assomption et de la Société Saint-Thomas-d’Aquin.

 

En 1956, il quitte son poste de maire pour se concentrer sur son entreprise et sa ferme.  Car son autre passion, c’est l’agriculture.  L’homme d’affaires possède soixante-quinze ruches et une ferme de cent-cinquante acres à Saint-Timothée où il élève bovins et moutons.  L’Acadien reste peu de temps en retrait de la vie publique.  Dès 1959, il s’engage à nouveau dans l’arène politique, au niveau de la province cette fois.  Il est élu membre conservateur de l’Assemblée législative de l’Î.-P.-É. dans le gouvernement de Walter Shaw et devient ministre du Bien-être et du Travail.  Attaché à ses origines acadiennes et francophones, Henry Wedge contribue à faire sortir de terre l’École régionale Évangéline, située dans sa circonscription.  Avec son collègue politicien, le docteur Hubert MacNeilI, il finance notamment l’achat du terrain sur lequel l’établissement scolaire est construit.  Il veut donner aux jeunes acadiens la chance, qu’il n’a pas eue, d’étudier dans sa langue maternelle.

 

Aider les personnes âgées 

 

Réélu député provincial en 1962, Henry Wedge est nommé ministre de la Santé trois ans plus tard.  Il profite de son mandat pour entreprendre la construction de foyers de soins publics pour personnes âgées où maris et femmes peuvent vivre ensemble, une première dans les provinces maritimes.  À Summerside, Summerset Manor, qui peut accueillir soixante-dix pensionnaires, voit le jour.  L’homme politique ne perd jamais de vue les intérêts des siens.  En 1964, il contribue à la création du Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard avec l’ambition de préserver le patrimoine culturel et historique de sa communauté.  Un an plus tard, Henry Wedge est élu «Insulaire de l’année».  À cette occasion, il dit en plaisantant : «Je suis loin d’avoir fini.  On dirait qu’ils essaient de me mettre sur une étagère».  Battu aux élections de 1970, il se retire de la vie politique, le cœur brisé.  Deux ans plus tard, il décède d’un accident vasculaire cérébral.  Son souvenir est toujours vivace à Summerside où une rue et un foyer de soins portent son nom.

 

 

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