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Le 27 juillet 2020

- Par Marine Ernoult

Au cimetière de Miscouche, une plaque commémorative, à la mémoire des pionniers acadiens, marque l’emplacement d’une fosse commune.  Sous terre gisent les dépouilles des premiers colons acadiens installés à Rivière Platte. (Photos : Marine Ernoult)

 

- Le Musée acadien de l’Î.-P.-É. et le Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. présentent cette série de profils dans le cadre des célébrations du 300e anniversaire de l’arrivée des Acadiens et des Français à l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce projet est rendu possible grâce à l’appui de la province de l’Î.-P.-É. - 

 

Au cimetière de Miscouche, une plaque commémorative marque l’emplacement d’une fosse commune qui abrite les restes des premiers colons de Rivière Platte.  De la baie de Malpèque à Miscouche, ces Acadiens ont connu une histoire tragique bien après leur mort. 

 

Le drapeau aux couleurs de l’Acadie flotte fièrement au vent dans le cimetière de Miscouche.  À ses pieds, une plaque commémorative, à la mémoire des pionniers acadiens, marque l’emplacement d’une fosse commune.  Sous terre gisent les dépouilles des premiers colons acadiens installés à Rivière Platte (North St Eleanors). 

 

On retrouve les traces de ces pionniers dès 1728 sur la rive ouest de la baie de Malpèque.  Ce sont des familles de cultivateurs qui défrichent et cultivent la terre pour assurer la prospérité de leur colonie.  En 1752, Malpèque compte 201 habitants.  Six ans plus tard, cette petite communauté échappe à la déportation en se réfugiant sur le continent. 

 

Dépouilles exhumées en 1859

 

Plusieurs réfugiés de 1758 reviennent à l’Île-Saint-Jean dès le début des années 1760 et certains d’entre eux s’établissent finalement comme locataires au fond de la baie de Malpèque.  Vers 1785, ils construisent une petite église à Rivière Platte et établissent un cimetière dans un lieu près du rivage, appelé «le Vieux Magasin».  Mais les persécutions continuent.  Forcés par les Anglais à abandonner leurs terres, les Acadiens se retrouvent à nouveau sur les chemins de l’exil, contraints de s’établir dans d’autres régions de l’Île, à Tignish, Cascumpec, Mont-Carmel et Baie-Egmont.  En 1817, les derniers Acadiens abandonnent Rivière Platte et fondent la paroisse de Miscouche pour y refaire leur vie. 

 

Quatre décennies plus tard, en 1859, le propriétaire du terrain où se situait le cimetière acadien de Rivière Platte veut cultiver la terre.  Il invite les Acadiens à déterrer leurs dépouilles et à les inhumer ailleurs.  Deux cercueils gigantesques, contenant les dépouilles de ceux décédés entre 1794 et 1817, sont transportés en procession et enterrés au cimetière paroissial de Miscouche.  Des funérailles sont organisées à l’église Saint-Jean-Baptiste en présence de toute la paroisse.   

 

Monument érigé en 1976

 

Selon des témoins de l’époque, dont les propos sont rapportés par le père Alfred Burke, les corps exhumés sont étonnamment bien conservés.  «Une vieille femme pleura lorsqu’elle reconnut son grand-père à sa calotte rouge.  Dans une autre tombe, on trouva le corps d’un jeune homme habillé d’un manteau bleu avec de gros boutons.  Il semblait dormir.  Les présents se rappelaient avoir entendu l’histoire d’un jeune homme du Lot 16 qui, à la veille de ses noces, fut pris dans une tempête de neige en allant à Malpèque pour faire des provisions.  Il fut trouvé à l’embouchure de la Rivière Platte et les Acadiens l’avaient enterré en ce lieu», relate l’historien en 1880. 

 

La pierre sans inscription, qui marquait l’emplacement de la fosse commune à Miscouche, finit par disparaître.  En 1976, la Société historique acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard décide d’ériger un Monument à son emplacement, en mémoire des pionniers de la Rivière Platte, ancêtres de nombreux Acadiens du comté de Prince.  Le 13 août 1978, le monument est officiellement dévoilé.  En 2015, le Comité historique Sœur-Antoinette-DesRoches fait graver une nouvelle plaque, l’ancienne étant effacée et difficile à lire.  Près de 300 ans après l’arrivée des premiers Acadiens dans la baie de Malpèque, leur souvenir est toujours aussi vivace à Miscouche.

 

Le comité historique Soeur-Antoinette-DesRoches a fait graver une nouvelle plaque en 2015. L’ancienne, qui datait de 1978, était devenue illisible avec le temps. 

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