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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 12 février 2020

- Par Jacinthe Laforest

De gauche à droite, au premier rang : Christine Andrew, Bruce Campbell et Juanita Arsenault. Au second rang : le professeur Georges Arsenault, Paula Kenny, John Gordon, Kate Gordon, Donald Gaudet, Ron Wybou et Johanne Samson-Lemieux.  Ils ont tous suivi avec beaucoup d’intérêt le cours sur l’histoire acadienne donné dans le cadre du 300e anniversaire de l’arrivée des premiers colons d’origine européenne (Acadiens et Français) sur l’île Saint-Jean.

 

L’année 2020 marque le 300e anniversaire de l’arrivée des premiers colons d’origine européenne (Acadiens et Français) sur l’île Saint-Jean, en 1720.  Cet anniversaire figure depuis longtemps dans le calendrier de l’historien acadien Georges Arsenault, qui profite de toutes les tribunes pour propager la bonne nouvelle.  Lorsque les responsables du Seniors College lui ont proposé de planifier un cours sur l’histoire de l’Acadie, il a accepté.

 

«C’est du travail de préparer un tel cours.  J’ai réparti l’information sur cinq sessions.  Aujourd’hui (28 janvier), c’est l’avant-dernier cours.  J’ai mis l’accent sur l’éducation.  Le dernier cours sera plus léger.  Je parlerai des traditions acadiennes», a indiqué Georges Arsenault, après le 4e cours, alors que les étudiants se dispersaient. 

 

Les habitués du Seniors College savent qu’il faut s’inscrire sans tarder aux cours offerts.  «Il y a des cours qui se remplissent très vite.  Dès que j’ai vu l’annonce pour le cours de Georges en français, je me suis inscrite», dit Paula Kenny.  Maintenant à la retraite, Paula a travaillé dans le domaine du patrimoine un bon nombre d’années, entre autres comme directrice du Centre culturel Eptek à Summerside.  «Je suis intéressée par l’histoire et je suis Acadienne, du Nouveau-Brunswick, mais Acadienne tout de même.  Je lis sur l’histoire, mais quand je peux écouter quelqu’un, comme Georges, je trouve cela très agréable», dit Paula Kenny. 

 

Ron Wybou, un autre étudiant, est loin d’être un étranger dans la francophonie de Charlottetown.  Retraité après une belle carrière à Anciens Combattants Canada, il a toujours été un véritable francophile, participant avec entrain aux activités du Centre culturel Port-La-Joie, l’ancêtre du Carrefour de l’Isle-Saint-Jean, auquel il a aussi contribué. 

 

«Je m’intéresse à l’histoire acadienne depuis longtemps, et même si j’en sais un peu, j’ai appris beaucoup de choses.  J’ai lu sur l’histoire de l’Acadie, mais on dirait que ça ne colle pas.  J’aime écouter», dit Ron Wybou. 

 

Juanita Arsenault et Ron Wybou écoutent attentivement les enseignements livrés par le professeur.

 

Des nouveaux venus

 

John Gordon, natif d’Arvida au Saguenay Lac-Saint-Jean au Québec, vit à l’Île-du-Prince-Édouard depuis 2017 avec sa femme Kate.  «J’ai entendu Georges dans d’autres cours du Seniors College et lorsque j’ai vu qu’il donnait un cours en français, je me suis inscrit.  Je trouve cela fort intéressant».

 

Curieusement, John Gordon connaissait des gens de l’Île-du-Prince-Édouard bien avant de venir s’y installer.  «À Arvida, dans mon école secondaire, un de mes enseignants était un monsieur Gallant de Rustico, et le directeur de mon école était Tanton Landry, qui vit à Summerside.  Je prévois d’aller le visiter prochainement», dit l’étudiant qui semble avoir gardé de très bons souvenirs de cette époque. 

 

Il avoue que durant ses cours d’histoire, à son école, la Déportation de 1755 était mentionnée, mais qu’il n’avait jamais entendu parler de celle de 1758, qui a touché l’île Saint-Jean. 

 

«Avec ma femme, j’étais allé visiter le lieu historique Port-la-Joye, sans l’apprécier à sa juste valeur, je crois.  Grâce à ce cours, j’apprends non seulement les faits historiques, mais aussi, le vécu des gens, grâce aux connaissances étendues du professeur», dit John Gordon. 

 

Bruce Kemball est lui aussi un nouvel arrivé à l’Île-du-Prince-Édouard.  «En grandissant, dans une famille évoluant dans le corps diplomatique, j’ai déménagé tous les quatre ans.  Je n’ai pas vraiment de racines, alors que ma femme, native de
la Nouvelle-Écosse, a des ancêtres qui ont vécu dans le lot 8, au début du 19e siècle.  Lorsque la retraite a sonné, nous avons choisi de venir vivre au pays de ses ancêtres», a indiqué Bruce Kemball. 

 

Au cours de l’année 2019, il est devenu guide touristique pour la compagnie Target Tours.  «Je fais cela par intérêt.  Lorsque j’ai vu que ce cours serait offert, j’ai décidé de le suivre pour mieux connaître l’histoire de l’Acadie pour être capable de répondre aux questions des touristes ou d’ajouter des renseignements lorsque nous traversons des villages acadiens, par exemple.  Je trouve que la matière du cours est très bien présentée, d’une manière rationnelle.  J’apprends beaucoup», assure l’étudiant.

 

Un cours bien planifié

 

Les enseignants du Seniors College disposent d’une certaine liberté, entre autres sur le nombre de cours qu’ils veulent donner.  «J’aurais pu donner huit cours, mais j’ai assemblé ma matière en cinq thèmes : l’établissement, la Déportation, le rétablissement, l’éducation et les traditions.  Cela ne couvre pas tout, mais ça donne un bon aperçu.  Et après chaque cours, je suggère des lectures, j’envoie des liens vers des articles, pour ceux qui veulent approfondir», dit le professeur Arsenault, qui apprécie la curiosité et l’assiduité de ses étudiants. 

 

Pendant le cours du 28 janvier, dont le thème était l’éducation, il a été question de l’ouverture d’une école française à Charlottetown, au tout début des années 1980.  Le gouvernement fédéral avait accepté de déménager le siège social du ministère des Anciens Combattants à Charlottetown, à condition que la province ouvre une école française dans la capitale.  C’est ainsi qu’un nombre grandissant de francophones et de personnes bilingues sont arrivés à l’Île-du-Prince-Édouard, et que des années plus tard, ils se sont retrouvés dans la classe enseignée par Georges Arsenault.  C’est le cas de Ron Wybou, mentionné plus tôt, mais aussi de Johanne Samson-Lemieux.

 

Impressionnée par la résilience des Acadiens

 

Maintenant à la retraite, après une belle carrière à Anciens Combattants Canada, Johanne Samson-Lemieux est arrivée à l’Île en 1984.  Elle se souvient de ses premières années dans la communauté acadienne et francophone de Charlottetown ainsi que des premières années de l’École François-Buote.  Mais ce qui l’a surtout marquée jusqu’à présent dans le cours, c’est la capacité des Acadiens à rebondir, après les épreuves. 

 

«J’ai été impressionnée par la résilience des Acadiens, leur force d’avoir surmonté toutes ces misères.  C’est vraiment un peuple exemplaire», dit la dame, fort contente de s’être inscrite à ce cours. 

 

Juanita Arsenault est elle aussi à la retraite après sa belle carrière à Anciens Combattants Canada.  À la différence de Johanne, qui venait du Québec, Juanita est native de Saint-Félix, près de Tignish.  «J’ai suivi un cours de secrétaire bilingue qui était donné à Holland College dans le temps et je suis tout de suite entrée à Anciens Combattants, en 1982.  Il y avait juste 200 personnes dans ce temps-là.  J’ai été embauchée parce que j’étais bilingue et je suis toujours resté dans des postes bilingues.  Je suis Acadienne à 100 %.  J’ai fait ma généalogie et je n’ai trouvé aucune trace d’Écossais, ni d’Irlandais, ni de Britannique dans mes racines.  Je connais mon histoire par petit bout, mais Georges m’aide à combler les trous, à faire des liens dans tout cela.  Je trouve cela très intéressant», dit la dame. 

 

Juanita Arsenault avoue qu’une grande partie de ce qu’elle sait sur son histoire lui a été transmise par Georges Arsenault, à travers ses livres, ses articles, et ses conférences.  «Avec mes sœurs, on se demande souvent ce qu’on aurait fait sans Georges Arsenault», dit celle qui a tous les livres de l’historien dans sa bibliothèque.  «Je sais que dans 100 ans, c’est Georges Arsenault qui sera dans les livres d’histoire», dit Juanita.

 

Le cours que Georges Arsenault donne depuis le début du mois de janvier au Carrefour de l’Isle-Saint-Jean a rassemblé des personnes de divers horizons, toutes affamées de connaissance. 

 

C’est le cas de Donald Gaudet qui, natif de Charlottetown, a quitté l’Île à un jeune âge à la recherche d’un emploi, qu’il a trouvé dans une filature à Magog.  «Quand je suis arrivé là-bas, il y avait 1 500 employés.  Maintenant l’usine est fermée.  J’ai été là pendant 32 ans».

 

De retour à Charlottetown, il n’a pas tardé à se réapproprier sa culture et son histoire, notamment en suivant les cours du Seniors College.  C’est ainsi qu’il a découvert Georges Arsenault, pendant d’autres cours, et qu’il assiste maintenant à la plupart de ses présentations. 

 

Le 300e anniversaire de l’arrivée des premiers Acadiens et Français à l’île Saint-Jean se poursuit toute l’année. 

 

Le Père Georges-Antoine Belcourt.  Il a été question lors de la présentation du mouvement d’émigration de Rustico à Saint-Alexis-de-Matapédia qu’il a lancé à Rustico peut de temps après son arrivée à Rustico.

 

Fouilles archéologiques à Pointe-aux-Vieux. L’établissement de Malpèque sur la côte ouest de la baie de Malpèque a été fondé en 1728 par les Arsenault.  (Photos : Coll. de Georges Arsenault)

 

Photo prise en 1940 au Couvent de Miscouche lors d’un cours d’été pour la classe enseignante acadienne de l’Île par des professeur du Québec y inclus le grammairien Jean-Marie Laurence.   (Photos : Coll. de Georges Arsenault)

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