Éducation
Par Jacinthe Laforest / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne – ATL
Plusieurs élèves de la CSLF suivent des cours à distance du Collège de l’Île et de l’Université de Moncton. (Photo : Michaël Doiron)

Le concept des cours à double crédit n’est pas nouveau.  Partout au Canada, des institutions d’enseignement postsecondaire rendent certains de leurs cours accessibles aux élèves du secondaire dans leurs régions : une sorte de recrutement hâtif qui plaît au Collège de l’Île, dans son désir de reconstruire sa clientèle locale. 

Le Collège de l’Île peine à rejoindre la clientèle locale depuis plusieurs années.  «Nos jeunes ne connaissent pas le Collège et ne le considèrent donc pas dans leurs plans d’études postsecondaires.  En offrant des cours à double crédit, nous espérons faire connaître le collège et donner à des jeunes le goût d’y poursuivre leurs études», dit Sylvain Gagné, président du Collège de l’Île depuis juillet 2023.  

À l’évidence, attirer plus d’étudiants de l’Île est bon pour le Collège, d’un point de vue strictement financier.  Mais pour Sylvain Gagné, ce qui compte surtout, c’est que les programmes d’études sont conçus pour répondre aux besoins en main-d’œuvre francophone et bilingue dans des domaines prioritaires où il y a actuellement des pénuries.  Or, tous les programmes pourraient prendre d’autres étudiants.  

Cours à double crédit avec la CSLF

Du côté de la Commission scolaire de langue française, le conseiller en orientation pour les élèves des cinq écoles secondaires francophones de la province, Éric Morency, constate pour sa part que le Collège n’est pas le premier choix des élèves, lorsqu’ils planifient leurs parcours postsecondaires.  «Qu’aucun élève de 12e année de nos écoles n’aille au Collège de l’Île, pour moi c’est un non-sens.  Donc, je pense que la décision du Collège d’offrir des cours à double crédit peut l’aider à apprivoiser les jeunes.  Il faut d’abord que j’explique aux élèves que le cours ne donne pas deux crédits envers leur diplôme de secondaire, mais plutôt, un crédit pour la 12e année et un crédit collégial», démystifie-t-il.  C’est sans doute pour éviter cette confusion que Sylvain Gagné préfère parler de crédits précollégiaux.  

Deux cours ont été sélectionnés pour tester l’intérêt des jeunes et la meilleure façon d’encadrer cette nouvelle offre : Petite enfance et Assistant à préposé aux soins.  «On a fait une tournée des écoles françaises et de certaines classes d’immersion pour promouvoir cette nouvelle option et pour parler du Collège.  On a eu un très petit nombre d’inscriptions», dit Sylvain Gagné.  Il ne cache pas qu’il aurait voulu 10 inscriptions, et on est loin du compte.  

Le cours en petite enfance est le seul qui a des inscriptions, en ce début de semestre.  «Il s’agit du cours qui donne la certification de niveau 1.  Un élève qui aura 18 ans d’ici l’été pourra facilement obtenir un emploi dans un centre de la petite enfance l’été prochain.  Et c’est un cours qui est en plus une condition d’admission au programme en petite enfance au Collège de l’Île», précise Sylvain Gagné.  

Ce dernier aimerait avec le temps multiplier l’offre des cours offerts en double crédit. 

Sylvain Gagné, président du Collège de l’Île.  (Photo : Jacinthe Laforest_

Exploration de carrières ?

Éric Morency ne serait pas opposé à ce que le Collège augmente son offre.  Cependant, en comparant la capacité du Collège de l’Île avec celle de l’Université de Moncton, il s’interroge.  «Combien y a-t-il de programmes d’études à l’Université de Moncton?  Certainement plus qu’au Collège de l’île.  Pourtant l’Université offre seulement deux cours en option double crédit.  Il y a également la population étudiante à prendre en compte.  À la CSLF, nous avons environ 60 finissants chaque année.  Ce n’est pas un très grand bassin d’inscriptions potentielles.»

Alors que Sylvain Gagné voit dans les cours à double crédit des opportunités pour les jeunes de tester leur intérêt pour certaines carrières, Éric Morency nuance.  «Pour moi, l’avantage pour les élèves est d’avoir une idée du niveau des cours collégiaux et universitaires.  Ça peut peut-être les motiver à prendre leurs cours plus au sérieux. Si j’ai un jeune qui veut voir ce que c’est que de travailler en petite enfance, un placement en éducation coopérative serait plus approprié qu’un cours en ligne selon moi», suggère le conseiller en orientation.  

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Éric Morency, conseiller en orientation pour les élèves des cinq écoles secondaires francophones de la Commission scolaire de langue française de l’ÎPÉ.  (Photo : Archives de La Voix acadienne)

Double crédit dans les deux sens 

Éric Morency rappelle que l’offre des cours au secondaire explose en ce moment.  En plus des cours à double crédit déjà mentionnés, il y a l’École virtuelle de l’ÎPÉ ainsi qu’une multitude de cours offerts en ligne par de très nombreuses institutions.

«On parle surtout de cours en ligne à l’heure actuelle, mais rien n’empêche qu’un cours à double crédit soit offert en classe.  Personnellement, je pense qu’on n’a pas encore réalisé tout le potentiel des cours à double crédit.  À titre d’exemple, je verrais notre cours de biologie de 12e année être offert aux étudiants du Collège de l’Île.  Ça peut aller dans les deux sens», soutient-il.  

Sylvain Gagné croit lui aussi au potentiel des cours à double crédit.  «Ce que je souhaite, c’est que le modèle soit intégré dans la machine au ministère de l’Éducation, qu’une structure stable soit mise en place pour normaliser la pratique», dit le président du Collège.  

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