Éducation
Par Jacinthe Laforest / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne - ATL
Anne-Marie Rioux, directrice de la programmation et de la formation à la CSLF. (Photo : La Voix acadienne)

Avec l’arrivée en grand nombre d’élèves ne parlant ni le français ni l’anglais, la Commission scolaire de langue française se voit confrontée à un défi additionnel.  Ces élèves issus de l’immigration ont besoin d’acquérir le français, ce qui est normal dans une école française, mais également l’anglais, pour obtenir leur diplôme d’études secondaires. 

Les familles qui immigrent à l’Île-du-Prince-Édouard peuvent choisir d’inscrire leurs enfants soit à la PSB (commission scolaire anglophone) ou à la Commission scolaire de langue française (CSLF). 

Dans bien des cas, ces nouveaux arrivants ne parlent ni le français ni l’anglais. Ceux qui s’inscrivent à la PSB doivent évidemment acquérir la langue anglaise.  Quand ils arrivent à la Commission scolaire de langue française, le défi est double.  En plus d’acquérir la langue française, qui est la langue d’enseignement et de vie à l’école, ces élèves ont besoin d’acquérir l’anglais, une matière obligatoire dans le système français, alors que le français ne l’est pas du côté anglophone. 

«Les exigences du cours d’anglais de 11e et 12e année sont telles qu’il faut les appuyer aussi dans cette langue.  Ça fait deux ans que je suis en poste et je dois dire qu’entre ma première année et cette année, l’augmentation du nombre d’élèves nouveaux arrivants a été fulgurante», dit Anne-Marie Rioux, directrice de la programmation et de la formation à la Commission scolaire de langue française de l’ÎPÉ. 

La pénurie d’enseignants complique tout

Le programme provincial d’enseignement de langue additionnelle est centralisé à la PSB.  C’est de là que les affectations des très nombreux enseignants itinérants de ce programme sont coordonnées.  «Nous avons leur collaboration.  Nous avons trois enseignants itinérants francophones pour nos six écoles.  À l’heure actuelle, cinq de nos six écoles ont des élèves suivis par le programme.  Je ne sais pas le nombre exact, mais c’est au-delà de 40.  C’est conséquent», dit la responsable. 

Ce sont les enseignants qui ont sonné l’alarme, devant la complexité de la tâche et les ressources insuffisantes dont ils disposaient.  «Nous sommes en train de voir comment nous pouvons faire en sorte de faciliter le travail des enseignants, tout en assurant une éducation de qualité à ces élèves qui veulent apprendre le français», assure la pédagogue. 

Lorsque les élèves arrivent à la CSLF à la maternelle et même en première année, le défi est moindre.  Les enfants apprennent assez rapidement et suivent un processus plus normal.  «Lorsqu’ils nous arrivent en 4e ou en 9e, là c’est autre chose.  Et nous en avons à tous les niveaux.  Quand ils arrivent à l’intermédiaire, on a une certaine flexibilité.  On peut changer un cours pour un autre dont l’élève a le plus besoin plus rapidement.  Mais quand on entre dans le système des crédits, on n’a plus cette flexibilité.  Et si l’élève n’obtient pas ses crédits, il n’a pas son diplôme», rappelle Anne-Marie Rioux. 

Pour la gestionnaire, la solution n’est pas évidente.  «C’est certain que nous aurions besoin de plus d’enseignants itinérants.  Mais où les prendrions-nous?  En période de pénurie comme celle que nous traversons, créer un nouveau poste dont on a besoin, sans contredit, ça enlèverait un enseignant de sa salle de classe.  Ça n’aiderait pas l’école ni les collègues.  Ça ne ferait que transférer le problème.  Les enseignants formés, bilingues, aptes à enseigner en milieu minoritaire, comme ceux que nous avons à la CSLF, sont très rares présentement au Canada.  La pénurie complique tout.  Entre les écoles et les équipes de programmation, ça prend les énergies de tout le monde», affirme la responsable. 

Elle est convaincue qu’entre la CSLF, la PSB et le ministère de l’Éducation et de la Petite enfance, des solutions seront mises en place pour appuyer les enseignants dans ce défi de taille, et assurer à l’élève une réussite scolaire. 

«Nous sommes imputables aussi envers ces élèves et la société.  Nos diplômes d’études secondaires sont un gage de compétence et de connaissance.  Nous devons à tous les élèves qui veulent ce diplôme de faire en sorte qu’ils l’obtiennent.»

Accompagner les familles 

En même temps qu’il acquiert deux langues qui lui sont étrangères, simultanément, l’élève et sa famille, vivent des bouleversements dans leurs vies, étant donné leur installation dans un nouveau pays.  «Nous les appuyons autant que possible.  La CIF nous aide.  Par exemple, au début du mois de mars, pour les rencontres parents maîtres, nous aurons des interprètes.  Parfois, nous avons des membres du personnel qui parlent la langue et qui peuvent appuyer.  Même des membres de la communauté.  Et parfois, les technologies aident aussi», assure Anne-Marie Rioux. 

Aux défis de l’hiver, des vêtements et de la nourriture, s’ajoute également le défi, pour le personnel, d’analyser les dossiers scolaires des élèves et de les placer au bon niveau.  L’âge de l’élève n’est pas toujours garant de son niveau de connaissances.  «Nous apprenons graduellement à comprendre les équivalences.  Nous devenons aussi de plus en plus à l’aise dans les questions d’immigration, un domaine très complexe», dit Anne-Marie Rioux. 

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