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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 16 octobre 2019

- Par Jacinthe Laforest

De gauche à droite, Ginette Arsenault, Debbie Rousselle-Montgomery, Felicity Montgomery, Maria Rayner, Chuck Arsenault et l’animatrice Darlene Arsenault.

 

Le vendredi 11 octobre, les élèves avaient congé.  Les enseignants eux, étaient au travail, pour une journée pédagogique.  À La Commission scolaire de langue française, la directrice de l’instruction, Julie Gagnon, avait mis au point un programme axé sur la construction identitaire.  S’il y avait dans la foule des enseignants qui doutaient de l’importance de leur travail, ces doutes ont été annihilés.

 

En plus de plusieurs ateliers avec des personnes-ressources très reconnues, les enseignants ont pu entendre les témoignages de cinq personnes ayant un parcours différent à l’intérieur du système scolaire francophone. 

 

L’histoire de Maria (Carragher) Rayner, qui enseigne maintenant à l’École Pierre-Chiasson, la même école où elle a obtenu son diplôme d’études secondaires, a retenu l’attention.  «Quand j’ai commencé l’école, dans les roulottes, je ne parlais pas français du tout.  Mais j’ai travaillé et avec les années, j’ai compris que le français était important pour moi.  Quand j’étais en 10e année, mes parents m’ont donné le choix de changer d’école.  Je suis restée à Pierre-Chiasson parce que j’avais un plan d’étudier en français, de devenir enseignante et de revenir à mon école pour enseigner.  Et c’est ce que j’aifait», se réjouit la jeune femme, qui est fière d’avoir surmonté les obstacles qui se dressaient devant elle. 

 

«À l’Université de Moncton, j’ai vécu ce qu’on appelle l’insécurité linguistique.  Je parlais français, mais tous les jours, je voyais que mon français n’était pas le même que celui des autres.  Et quand est arrivé le temps de passer le test des compétences langagières obligatoire pour avoir mon baccalauréat, j’ai travaillé plus fort que jamais, et je l’ai passé», a statué la jeune enseignante. 

 

Tout comme Maria qui voulait revenir enseigner à son école, Ginette Arsenault, qui a fait toute sa scolarité à l’école Évangéline voulait devenir enseignante.  «Demandez à ma tante Zita.  Je veux faire cela depuis que j’ai 5 ans.  J’ai toujours vécu en français.  Et j’ai toujours accordé de la valeur à mon français.  À l’école, c’était moi qui gagnais le prix du français, au Gala des étudiants.  C’était important pour moi», a raconté Ginette Arsenault, qui est dans sa 6e année d’enseignement dans une école de langue française.

 

Avoir un plan et s’y tenir 

 

Comme bien d’autres, elle aurait pu choisir d’enseigner dans le système anglais.  «En 2014, je venais d’accepter un contrat d’un an à la maternelle de l’école Évangéline et dans le même temps, une dame qui me connaît et qui travaillait à la Public School Branch m’a offert un poste en maternelle en me garantissant ma permanence dès la première année.  Mais je n’avais pas envie de travailler dans le système anglais.  Je voulais être dans ma communauté.  J’ai eu ma permanence après trois ans d’enseignement», conclut celle qui enseigne au secondaire à l’École-sur-Mer. 

 

Debbie Rousselle Montgomery et sa fille Felicity ont offert un témoignage très complet sur l’importance de la langue et de la culture dans leur vie. 

 

Debbie a grandi en français.  «Je me souviens encore d’avoir appris l’anglais.  J’ai marié un anglophone et la vie est devenue anglaise pour moi.  Les enfants sont arrivés et je faisais l’effort de parler français avec eux.  Et quand j’ai commencé à faire l’école à la maison, parce qu’on déménageait souvent, je parlais aussi en français.  Puis, j’ai eu deux grossesses difficiles.  En trois ans, j’ai passé 12 mois à l’hôpital.  Mes deux plus vieux ont joint l’école publique.  En quatre mois, ils avaient oublié tout leur français», a raconté la maman avec transparence. 

 

La vie a repris son cours.  Debbie a recommencé à faire l’école à la maison, mais en anglais cette fois.  «Je ne me sentais pas capable de refranciser mes enfants.  Puis, le grand déclic s’est produit lorsque James, mon plus vieux, a déclaré qu’il voulait aller à l’école Évangéline.  Pour moi, c’était impossible.  Mais avec des conseils, et l’assurance que l’école était prête à accueillir mes enfants, du moment que tout le monde travaillait fort, mes enfants ont commencé l’école en français», a renchéri Debbie. 

 

Sa fille, Felicity, était en troisième année, lorsque la famille a intégré le système français.  «Je me souviendrai toujours de cette journée.  Je pleurais, je ne voulais pas rester là.  Mais la maitresse est venue me chercher et m’a présentée à la classe.  C’était dur.  Il y avait une monitrice qui me forçait à travailler et je l’haïssais pour ça.  Et aujourd’hui, je peux dire que mon français est ma première langue.  Je ne peux pas me souvenir du temps où je ne parlais pas français.  C’est qui je suis», a indiqué la jeune femme qui est en 11e année. 

 

Plus qu’une langue

 

Le français, c’est une langue, mais c’est plus que ça.  «Mes parents, mon grand-père, ont travaillé très fort pour que j’aie l’éducation en français dans notre région, et je sais que ça fait partie de moi pour toujours.  Malgré ça, je dois continuer à travailler mon français, je dois penser avant de parler.  Et je veux aussi dire que mon français n’a jamais nui à mon anglais», a-t-elle ajouté, peut-être pour répondre à une préoccupation répandue chez les parents. 

 

Felicity, pour sa part, admet qu’elle s’interroge parfois sur la personne qu’elle serait, si elle n’avait pas persisté dans son apprentissage.  Il lui aurait manqué une partie d’elle-même.  Sa mère, Debbie a confirmé que la langue et la culture ne pouvaient pas être retirées d’une personne, sans qu’il y ait des conséquences.  «Lorsque j’ai vécu au Nouveau-Brunswick, dans un village complètement anglophone, dans une vie complètement anglaise, j’ai été malade.  Je me sentais mal physiquement même si je n’avais aucune maladie.  J’ai finalement compris que c’était ma langue et ma culture qui me manquaient», a raconté Debbie Rousselle Montgomery à la foule empathique composée d’enseignants et de personnel scolaire œuvrant chaque jour auprès d’enfants et de jeunes adultes qui naviguent à la découverte de leur culture et de leur identité.

 

Chuck Arsenault enseigne la musique à l’École Évangéline.  Lui même a navigué pas mal à la découverte de son héritage francophone.  Son navire est ancré à proximité de la région Évangéline depuis plusieurs années, où il poursuit sa mission. 

 

«Ma mission, c’est, je pense, de fournir aux jeunes un contexte dans lequel ils peuvent vivre en français à l’Île-du-Prince-Édouard.  C’est regrettable, mais nos écoles sont parmi les seuls endroits où nos jeunes peuvent vivre en français», a-t-il constaté, disant ainsi toute l’importance de la tâche des enseignants qui aident les jeunes à trouver leur identité et à la conserver, face à tout le reste. 

 

Les enseignants et le personnel scolaire de la CSLF ont écouté attentivement les témoignages touchants et motivants des invités.  (Photos : J.L.)

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