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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 11 septembre 2019

- Par Jacinthe Laforest

René Hurtubise, directeur de la division de l’Innovation, éducation et programmes en français au ministère de l’Éducation et Apprentissage continu, montre à droite la nouvelle entente signée par la ministre Joly et à gauche le document maintenant périmé qui devra être renouvellé d’ici mars 2020.  (Photo : J.L.)

 

Le 4 septembre dernier, la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, a annoncé le renouvellement du protocole d’entente relatif à l’enseignement dans la langue de la minorité et à l’enseignement de la langue seconde.

 

Le gouvernement du Canada et les gouvernements provinciaux et territoriaux se sont entendus sur le texte d’un nouveau protocole d’entente après plus d’un an de négociations, pendant lesquelles une entente de financement provisoire assurait l’intérim.  Ce nouveau protocole prévoit un investissement du gouvernement du Canada de plus d’un milliard de dollars sur quatre ans (2019-2020 jusqu’à 2022-2023) pour soutenir l’enseignement en français dans les communautés qui vivent en situation minoritaire au pays; l’enseignement en anglais dans les communautés d’expression anglaise du Québec; et l’enseignement de la langue seconde. 

 

Plus de 235 millions de dollars par année seront versés aux provinces et territoires pour la durée de l’entente.  À cette somme s’ajoute une enveloppe de 60 millions de dollars sur quatre ans, provenant du budget de 2019, en vue d’accroître l’offre d’une éducation de qualité dans la langue de la minorité.

 

La portion de l’Île-du-Prince-Édouard des 235 millions de $ sera de 2,6 millions de $ par année, soit 1 545 732 $ pour l’enseignement dans la langue de la minorité et de 1 076 602 $ pour l’enseignement de la langue seconde. 

 

La portion de l’Île-du-Prince-Édouard des 60 millions supplémentaires sera de 231 860 $ par année jusqu’à la fin de l’année financière 2022-2023 et sera utilisée exclusivement pour l’enseignement dans la langue de la minorité.

 

Une hausse nécessaire

 

Au ministère de l’Éducation et Apprentissage continu, René Hurtubise accueille les nouveaux chiffres avec soulagement, car une entente est survenue, mais il aurait aimé une hausse plus marquée.  «Ça fait 14 ans, donc depuis 2005, qu’on fonctionne avec 1 545 732 $ par année pour l’enseignement dans la langue de la minorité.  En 14 ans, les salaires ont augmenté, le coût de la vie a augmenté, tout coûte plus cher.  En estimant la hausse du coût de la vie à 2 % par année, on aurait eu besoin d’une hausse de 28 % pour nous mettre à jour.  Or, les 231 000 $ représentent une hausse de 13 % seulement de notre budget langue première.  Notre budget pour l’enseignement de la langue seconde est resté le même», dit René Hurtubise, prenant soin de préciser que le financement est toutefois bienvenu. 

 

Maintenant que la ministre fédérale a signé l’entente, les provinces et territoires doivent à leur tour développer et adopter un plan d’action pour l’utilisation de l’argent.  «C’est un gros travail qui doit être fait avant la fin de mars 2020.  Je dois consulter et négocier avec tous les partenaires en enseignement, au primaire, au secondaire et au postsecondaire, en enseignement dans la langue de la minorité et de la langue seconde.  Ce sera une période difficile, car tout le monde voudra plus que ce qui est offert», précise René Hurtubise. 

 

50 % provincial / 50 % fédéral

 

Pour avoir accès à cet argent du fédéral, le gouvernement provincial doit mettre une contribution équivalente ou supérieure. Cela inclut au moins 50 % du salaire des postes d’enseignants supplémentaires accordés à la Commission scolaire de langue française (CSLF) pour la poursuite de son double mandat. 

 

«Nous avons une formule de financement qui assure la base pour chaque école.  On peut aimer la formule ou la détester, mais elle est là.  La CSLF reçoit 13,75 postes d’enseignants de plus que la base pour ses écoles, et elle aimerait que ces postes soient entièrement financés dans la formule de base.  Au ministère, nous ne sommes pas d’accord.  Ce sont des postes supplémentaires et ils sont financés à 50 % par le fédéral, à travers cette entente.  La province paie l’autre 50 % et à ce titre, investit dans chacun de ces postes supplémentaires», soutient René Hurtubise, bien conscient que l’interprétation de son employeur sur l’utilisation des fonds diffère de celle de la CSLF. 

 

L’Î.-P.-É. reçoit sa bonne part

 

Selon nos calculs très sommaires, l’Île-du-Prince-Édouard, avec sa population de 153 000 personnes, représente 0,4 % de la population canadienne alors qu’elle reçoit 1,13 % du financement accordé.  Par comparaison, le Québec, qui compte pour 22 % de la population canadienne, reçoit 26 % du financement accordé, tandis que l’Ontario, qui représente 36 % de la population canadienne, reçoit 31 % du financement disponible dans l’entente.

 

Des réactions positives

 

Le président de la Commission nationale des parents francophones (CNPF), Louis Kdouh, a déclaré dans un communiqué de presse que «cette entente sera bénéfique tant pour les parents que pour leurs enfants inscrits dans les écoles de langue française au pays.  Le gouvernement fédéral reconnait dans le cadre de cette entente l’importance du rôle des conseils scolaires minoritaires sur tous les aspects de l’éducation qui touchent la langue et la culture.  C’est une condition essentielle pour permettre à nos enfants de s’épanouir en français et de construire leur identité francophone», a-t-il dit.  La CNPF regroupe les organismes provinciaux porte-paroles des parents francophones, comme la Fédération des parents de l’Î.-P.-É. 

 

Selon le Recensement de 2016 de Statistique Canada, les communautés francophones hors Québec représentent 3,8 % de la population et les communautés anglophones du Québec 13,7 %.  Le taux de bilinguisme des anglophones hors Québec est de 6,8 %.  Selon Statistique Canada, le nombre d’élèves inscrits dans les programmes d’immersion a augmenté de 47,8 % de 2006-2007 à 2016-2017, tandis que le nombre d’élèves inscrits dans des écoles francophones en milieu minoritaire a augmenté de 14,3 %. 

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