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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 28 mars 2019

- Par Ericka Muzzo

Jocelyn Plourde enseigne les mathématiques et les sciences à l’école La-Belle-Cloche, et a complété sa thèse en juin 2018.


Nichée dans le détroit de Kattegat, au Danemark, l’un des pays précurseurs de la transition énergétique, la petite île de Samsø est un paradis pour tous ceux qui s’intéressent aux énergies renouvelables.  En seulement dix ans, ce territoire qui abrite une communauté d’environ 4000 habitants a réussi à délaisser complètement les combustibles fossiles; pétrole, charbon, hydrocarbures et gaz naturel.  L’enseignant Jocelyn Plourde a étudié ce cas de long en large, et réfléchit aujourd’hui à la manière d’appliquer cette recette à l’Î.-P.-É.

Pour sa thèse, défendue au mois de juin 2018 et intitulée «De la politique à l’action — L’énergie renouvelable à Samsø, au Danemark», Jocelyn Plourde s’est particulièrement intéressé au lien entre les politiques publiques et la mise en place de la transition énergétique.  «C’est faux de croire qu’on peut se fier au libre marché et attendre que ça se passe.  Les besoins sont grands et les obstacles sont nombreux», annonce d’emblée le chercheur devant une cinquantaine de curieux venus écouter sa présentation. 

L’argent, première motivation

D’abord, notre tendance à voir à court terme.  «Entre une auto à 18 000 $ et une auto électrique à 41 000 $, on va souvent préférer la première option, parce qu’elle semble plus économique.  Mais à long terme, avec toutes les considérations comme le gaz et l’entretien, le calcul montre qu’une auto électrique est un meilleur choix» exemplifie Jocelyn Plourde. 

Aux sceptiques environnementaux, il annonce que la première raison d’effectuer un virage énergétique, c’est l’économie.  «Ce serait irréaliste d’essayer de le faire autrement, la motivation principale c’est toujours l’argent.  C’est pourquoi il faut impliquer les communautés dans le projet, leur démontrer qu’eux aussi peuvent retirer des bénéfices de l’installation d’une éolienne, par exemple», explique le présentateur. 

À Samsø, le gouvernement a développé le plan directeur, mais c’est avec l’aval des habitants qu’il a été mis en place.  Un programme de Tarifs de rachat garantis (voir l’encadré) a été instauré, assurant à ceux qui investissent dans des panneaux solaires ou des éoliennes qu’ils pourront vendre leur électricité et rapidement rentrer dans leur argent.  «À l’Île, l’histoire c’est souvent que des compagnies extérieures viennent s’installer, peu importe l’avis de la communauté, sans impliquer ses membres.  C’est là qu’on tombe dans la confrontation et qu’on entend des commentaires négatifs», explique Jocelyn Plourde. 

Citant l’une des personnes interviewées dans le cadre de ses recherches, il note «qu’il est plus facile d’accepter le bruit et la vue d’une éolienne, si ça te rappelle que tu fais de l’argent quand le vent souffle». 

La carotte… et le bâton

Un autre cheval de bataille de l’enseignant, ce sont les taxes et les subventions.  S’il est important d’encourager les investissements dans les énergies renouvelables, il est également nécessaire de décourager l’utilisation des énergies fossiles et de réduire la consommation d’électricité dans la mesure du possible. 

«On ne paye pas assez pour l’énergie.  Ça n’est pas populaire comme idée, mais quand je vois des gens qui s’achètent d’énormes camions pour aller travailler chaque jour, ça me dit que l’on ne paye pas assez pour le gaz.  Quand les gens se construisent d’énormes maisons dont ils n’ont pas besoin, qui ne sont pas assez isolées, c’est que l’on ne paye pas assez pour le chauffage et pour l’électricité», martèle Jocelyn Plourde. 

D’un même souffle, il note que la majorité des bâtiments de l’Île sont chauffés à l’huile, une méthode coûteuse et peu écologique.  «Les grosses compagnies comme Irving et Maritime Electric n’ont aucun intérêt à ce que la transition énergétique se fasse.  Ça va prendre un gouvernement qui soit capable de prendre des décisions difficiles, qui vont frustrer certaines personnes, mais qui à long terme vont être le bon choix», laisse présager l’enseignant. 

D’une île à l’autre, certaines initiatives peuvent être adaptées, mais le tout doit se faire main dans la main avec les communautés.  L’un des facteurs ayant permis à Samsø de délaisser les énergies fossiles, c’est une communication constante entre les instances décisionnelles et la population, pour s’assurer l’appui de la majorité. 

Aujourd’hui, l’île danoise est reconnue à travers le monde, les touristes affluent de partout pour la visiter.  Les retombées économiques se traduisent en création d’emplois et en profits, qui ont été réinvestis dans les communautés.  «Imaginez si Montague pouvait s’acheter son propre traversier», laisse tomber Jocelyn Plourde.  De tout le Canada, l’Î.-P.-É. est peut-être le meilleur endroit pour devenir le futur «berceau de la transition énergétique». 



De nombreux intéressés ont écouté sa présentation, qui avait lieu dans le cadre d’une série de conférences sur les études de l’Île organisée par l’Université de l’Î.-P.-É.  (Photos : E.M.)


L’île de Samsø est situé dans le détroit de Kattegat.




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